Poudensac, pour Podensac
2. Cf. à la date du 14 mai 1789 une lettre imprimée de celte société aux communautés de la sénéchaussée, A. D. Gir., C. 1465. La lettre est signée Brunaud, Marchand, E. Nairac. F. Seignouret, Lemesle, Chicou-Bourbon fils, Griguet.
20 mai. — Il vient de sortir un arrêt du Parlement qui défend les atlroupements en armes où bâtons, sous peine de vie, suivant la disposilion des ordonnances du royaume. On croit cependant que la Cour ne sera pas aussi sévère en pralique qu'en théorie, et que les deux bandes de perlurbateurs détenus dans les prisons ne seront pas punis de mort, Une flétrissure suffira pour l'exemple, d'autant mieux que ce sont des paysans chez qui le sentiment de l'honneur n'est pas aussi affaibli que chez la populace des villes. Celui qui allait commencer le soulèvement s'est noyé, comme on allait l'arrêter. C'est dans la paroisse d'Ambarès qu'il commença à exécuter ses projets. Cetle révolle n'a duré que deux jours el dans le Monferrand el le Blayais.
21 mai. — Les trois Ordres de la sénéchaussée de Tartas ont écrit une lettre au roi pour le remercier de la députation parliculière qu'il a accordée à ce pays. Par reconnaissance, ou aulrement, la Noblesse d'Albret a nommé pour son député aux États Généraux le comte d'Artois, qui a refusé celle commission, attendu que dans toute cette affaire, il n'ose ni ne veut prendre un rôle. Celte pusillanimité est blämable sous tous les rapports.
24 mai. — ,Mulliphicalion des vols.
On écrit de Saint-Sever (Gascogne) que les principaux habitants de cette ville ont 'ormé par souscription un capital de 20.000 I. à l'effet de procurer à leurs concitoyens les plus nécessiteux les moyens d'acheter du blé et du pain au plus bas prix. Ceux qui possèdent des moulins ont remis leur droit de moulage.
27 mai. — [Aux Cent-Trenle, on s'est occupé d'adresser une lettre au contrôleur général, pour se plaindre de ce que la ville de Bordeaux n'a pas obtenu, ainsi que plusieurs autres, un représentant pour l'administration municipale el la défense de ses privilèges 1.)
19 juin 1789. — On ne parle guère plus avec chaleur et constance des intérêts publics que dans les cafés. Nos Cent-Trente se relà chent de leur ardeur première *, Ils ne tiennent plus de longs conclaves, el les questions qu'on y agite ne sont pas débattues
avec énergie.
1. Le débat sur cette question occupa, en réalité, plusieurs séances. ?. L'inexactitude des membres des Cent-Trente est constatée au procès-verbal du ?0 mai 17S0.
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29 juin. — M. de Ladebat est parti pour Paris à la sollicitation de l'archevèque qui espère sans doute l'y faire figurer comme un député des dissidents. La limitation des pouvoirs de la Noblesse n'ayant pas élé vue d'un bon œil, on accueillera avec empressement les députés de la Noblesse qui ne seraient chargés d'aucun mandat restreint.
30 juin. — La disette des grains est considérable, et sans la surveillance du Parlement, nous avons à craindre la famine. Plusieurs boulangers, que la médiocrilé de leur fortune empêche de faire des achats de farine, auraient fermé boutique sans les secours pécuniaires qu'ils ont reçus du commerce. Il leur a déjà prêté 40.006 1. et le Parlement leur a permis de mêler des fêves et du blé d'Espagne dans le pain, afin qu'ils ne perdent pas dans sa vente. Il manque dans les campagnes. Les paysans l’ont eu bien- 1ôt enlevé de nos bouliques hier et avant-hier. On a envoyé des huissiers de l’amirauté pour décharger le minot des navires qui étaient à Pauillac. Pour la première fois, nous avons vu les étaux des revendeurs chargés aujourd’hui de pain de seigle.
2 juillet 1789. — II y a eu illumination générale à la suggestion des négociants dont l'influence devient malheureusement trop puissante. La moitié des illuminateurs ignoraient en quel honneur ils consumaient leur huile ; cela n’est pas étonnant !. Il n’y a pas de quoi se réjouir, surtout à la veille de manquer de pain. Les trois Ordres se sont réunis, mais sont-ils unanimement d'accord? Nous n'avons rien remarqué d'ingénieux dans les devises : Vive le Roi, Necker et le Tiers État, était la ritournelle courante. Un artisan demandait à son voisin le motif de ces réjouissances, « Je crois, avons-nous entendu, riposta naïvement celui-ci, que c’est pour la mort du dauphin. »
» juillet. — Il y a eu illumination rue du Chapeau-Rouge et aux Chartrons, et en ville chez les négociants protestants, tout fiers du succès de leur confrère Necker. Les placards qui avaient été affichés à cette occasion n’ont pas été guère respectés. Il est vrai qu'il était patent qu'ils avaient été mis par des épiciers plus jaloux de vendre leur suif et leur huile que de faire chose raisonnable.
1. 11 s'agissait de la constitution des États généraux en Assemblée nationale cons tituante. Le triomphe était tout entier pour le Tiers.
6 juillet.— La noblesse de la sénéchaussée s'est rassemblée hier pour envoyer à ses députés aux États généraux de nouveaux pouvoirs suffisants. A défaut du grand sénéchal, le vieux président Loret ! a été invité de se mettre à la tête de l'Ordre. Les Nobles dissidents s'étaient assemblés la veille, et avaient eu l'adresse d'attirer à eux le bon Dupérier qui s’est en conséquence dispensé de présider la grande assemblée. Cette démarche annonce son inconséquence. Quelle raison” peut-il donner pour excuser sa protection accordée à la minorité de nos preux? Ce schisme peut lui nuire.
8 juillet. — Le grand sénéchal est arrivé ce matin dans la Cham-. bre de son tribunal, où, après avoir appelé le procureur du roi, il a fait transcrire sur les registres son ordonnance, en conséquence des ordres du roi, pour enjoindre aux électeurs des trois Ordres qui n'auraient pas donné à leurs représentants aux États généraux des pouvoirs généraux el suffisants de leur en envoyer incessamment. Avant que lecture et publication en ait été faite, il a engagé le procureur du roi qui l’assislait de donner des conclusions. Celui-ci s’y est refusé, attendu que les lettres ne faisaient aucune mention de lui. M. Dupérier l'a menacé de dresser procès-verbal de son refus, l’autre lui a répondu qu'il en était autant le maître qu'il l'était lui-même d’en faire un. L'enregistrement s’est fait sans conclusions, mais non sans éclats de rire.
9 juillet. — Il avait plu aux jurats de contremander l'assemblée des Cent-Trente fixée à hier 2. Le Parlement les a mandés pour leur enjoindre de faire sonner la cloche, comme il était convenu dans le dernier conclave, et à ne pas s’immiscer de rien changer dans les convocations de la Commune, qu'il n’est pas plus en leur pouvoir de faire que de suspendre. La séance a donc eu lieu, mais elle était si peu nombreuse qu'on n’a pu y rien délibérer.
Il juillet. — L'archevêque Cicé est président du Comité national de vérification. Le sieur Paul Nairac est membre du Bureau chargé de s'occuper de la recherche des moyens de procurer au ‘peuple une subsistance plus assurée et moins chère. Ce négociant fas-
1. Jean Paul de Loret, conseiller au Parlement depuis 1728, resta président jusqu'à la suppression de la cour, en 1790.
2. On peut trouver la lettre des jurats, à la date du 7 juillet 1789, dans le registre des Cent-Trente. A. C., Bordeaux, BB 2.
lueux vient en conséquence d'annoncer la dignité dont il est revêtu à ses concitoyens, en les invitant, par la voie du journal, de lui faire parvenir les mémoires sur la disette des grains et les moyens de la faire cesser dans cette province. Il s'estbien gardé d'apprendre par la même lettre qu'il était ce négociant de Bordeaux dont le Journal des Élals généraux annonce le rejet de la motion tendant à éconduire de l’Assemblée nationale les députés des Colonies, auxquels on avait provisoirement donné rang !. |
13 juillet. — M. le commandant a fait annoncer dans le journal que, d'après le relevé exact des grains qui sont dans les divers magasins de la ville, il se trouve 770.640 boisseaux de seigle, de froment et de farine. En ce cas nous aurions pour deux mois de ‘ provisions. Cependant le pain est cher et fort mauvais; plusieurs de nos boulangers n'en font même pas. Les gens de la campagne qui viennent faire ici leurs provisions contribuent à sa rareté. On a permis aux boulangers de faire des mélanges, et Dieu sait s'ils mettent à profit celte permission! Il n’y a que le choine? de passable.
14 juillet. — Les protestants , comme on les surnomme, viennent de publier un écrit apologétique intitulé Observalions el Cahier d'une partie de la noblesse de Guyenne. Il n’a guère augmenté leurs partisans.
15 juillet. — Dans l'assemblée des Cent-Trente on a chargé le chevalier de Châteauneuf de faire tuer un bœuf, un veau, un mouton et un agneau, el d'en faire peser la viande après l'avoir fait morceler, afin de statuer sur le prix auquel les bouchers peuvent la donner à un profit honnête Cet essai pouvait être confié en des mains plus habiles. Nous doutons s’il sera ramené à exécution. Les suppôts de l’hôtel commun ont eux-mêmes tant d'intérêt que tout
aille mal !
1. Cf. le compte-rendu de la séance du 4 juillet, au Monileur.
2. Les boulangers de Bordeaux distinguaient trois espèces de pain, le pain choine, de la première qualité, le pain commun ou co, de la seconde, et le pain brun, de la moins bonne qualité.
3. Ce sontles dissidents de la Noblesse, comme Laffon de Ladebat et Durtort de Duras.
15 juillet. — La Société philanthropique justifie de plus en plus nos prédictions sur son existence. Les amis des pauvres étaient en petit nombre à sa dernière assemblée générale. Le négociant Lemesle opina pour une nouvelle invitation à toutes les classes d'associés.. |
1. La Société philanthropique avait été fondée en 1785. Daus ses Tablettes, Bernadau lui consacre un très long article à la date du 18 octobre 1787, à l’occasion de la publication des statuts de la Société. Le négociant Nairac en était l'un des principaux membres.