‹ Les débuts de la Révolution à Bordeaux: d'après les Tablettes manuscrites de Pierre BernadauChapitre 43 sur 47 · Bernadau trouve cette contrainte abusive · texte numérisé non relu

Bernadau trouve cette contrainte abusive

Arrêlé en l'Assemblée des Quatre-vingt-dix Électeurs des communes de Bordeaux, le 14 septembre 1789.

Signés :

Vilotte, président; Séjourné et Feuillerade, secrétaires.

23 seplembre. — Les Électeurs des communes ont fait luer, dépecer et vendre devant deux d’entre eux un bœufel un veau. C’est le Quatre-vingt-dix Gaube qui a été chargé du détail de l'expérience et de ses résultats. Aidé de celle qui avait été faite sans succès, il y a quelques jours, par les Cent-Trente, et d'un mémoire adressé il y a quelques années à la police sur le prix des chairs, il a dressé un gros rapport dont les démagogues devraient publier un extrait pour fixer le public sur le mode de leurs opérations. Les bouchers rient jaune, et commencent à voir qu’on obviera à leurs friponneries.

Les Libournais n’ont pas suivi l'exemple des troupes patriotiques de la province en adoptant pour leur général le duc de Duras !. Ils ont nommé pour les commander leur concitoyen, le baron de la Salle. Un d'eux a fait registrer dans le journal une longue description des fêles qu'a amenées cetle nomination. Elle est emphatique et plate.

27 seplembre. — Les volontaires du régiment Saint-Seurin ont aujourd'hui dégradé, avec les cérémonies accoutumées dans le cloître des Jacobins, un certain Desmarais, régisseur des Variétés, qui avait compromis ses camarades auprès du général.

28 septembre. — Il y à quelques jours que j'ai écrit aux États généraux pour les consulter sur la question de savoir si la liberté de la presse est déjà une loi de l'État. Comme la réponse à mon adresse larde à venir, je vais prendre leur silence pour un consentemènt. En conséquence, j'ai fait, auprès des Quatre-vingt-dix Électeurs de Bordeaux, plusieurs démarches de convenance pour les prévenir du dessein que j'ai formé, avec quelques gens de lettres, d'établir ici un nouveau journal. Ils ont gracieusement accueilli ma demande et je comple que le journaliste privilégié ? sera le seul qui verra mon établissement de mauvais œil.

1. On reconnait bien là l'esprit particulariste des Libournais. Ils se défendent contre la tutelle de Bordeaux. ; 2. Gaufreteau, du Journal de Guienne. 7

CPP

de ee 1 MA

30 septembre. — Les négociants de Bordeaux ont cru devoir renforcer leur dépulalion près l’Assemblée nationale de deux adjoints. Ils ont nommé de nouveau MM. Marchand et Béchade- Cazaux !. Ils pouvaient mieux choisir. L'assemblée où s’est faite celte élection était composée de tous les marchands de la ville, dont quelques-uns ont dit de très bonnes choses pour rabaisser la

morgue de ce qu'on appelle dédaigneusement le Æaul-Commerce .

2 octobre 1789. — [Mention d'une souscriplion patriotique. C'est à qui portera à la Monnaie son argenterie el ses boucles d’argent|.

l2 octobre. — Le duc de Duras s’est présenté aujourd'hui chez le libraire Pallandre ainé ? pour saisir un pamphlet intitulé Aurons-nous du pain? que la police de Paris avait cependant méprisé, quoiqu'elle y soit malmenée.

Les 5 et 6 de ce mois, la populace de Paris s’est portée à Versailles, a forcé le château et amené le roi, sa femme et sa famille à Paris, où ils vont résider aux Tuileries. On dit que le duc d'Orléans n’est pas étranger à ce coup de main, dont il espérait profiter. [1 paraît que ce prince a eu des vues secrètes d’ambilion qui lui ont fait embrasser la Révolution, dont il a dirigé les premières journées par l'intermédiaire du fameux Mirabeau.

15 octobre. — On a arrêté au bas de la rivière un navire suédois portant six barriques pleines d'argent monnayé chez l’empereur. Cette nouvelle a renouvelé nos alarmes sur l'existence des cabaleurs antinationaux que les exemples de la justice populaire n'ont pas suffisamment effrayés. Tout cela, joint à l'enlèvement que les Parisiens ont fait du roi qu'on avait, dit-on, dessein d'amener à Metz, nous font tenir sur nos gardes. On a établi un corps de garde patriotique au passage de La Bastide, un autre à la Poste, pour visiter les voyageurs et leurs effets.

16 octobre. — D'après l'invilation du comité de nos Électeurs, les jurats viennent de rendre une ordonnance qui fixe le prix de la livre ordinaire de viande à neuf sous le bœuf, et onze sous le veau et le mouton.

1. A. D., Gir., C 4259, 14 septembre 1789, délibération de la Chambre de Commerce. - 2. Pallandre devait être dénoncé plus tard par Bernadau, comme prenant part à

des conciliabules anticonstitutionnels.

Le receveur des vingtièmes n'a pas craint d'envoyer garnison chez la plupart de nos parlementaires qui ne se souvenaient pas d'avoir jamais payé leurs impositions. [ls n'ont pas refusé de sol der les huissiers, qui n'auraient pas osé leur signifier le moindre exploit il y a quelques mois !.

17 octobre. — Les Électeurs se sont opposés à ce que le directeur des Fermes fit passer de l'argent aux fermiers généraux. Vu sa rareté et son urgente nécessité dans le commerce, 1ls se contenteront de papier pour le présent.

18 octobre. — On ne voit dans le journal que listes de dons patriotiques et d’apports d'argenterie à la Monnaie, ainsi que réclamations de la part des particuliers taxés d'accaparement dans des placards.

20 octobre. — On va faire incessamment à l’hôtel-de-ville une expérience sur les diverses farines que nous consommons, afin de fixer le prix du pain d’une manière juste et proportionnée à celui des grains. Chaque compagnie des régiments patriotiques nomme son député pour celle expérience, à laquelle le général sera aussi appelé. Nous aurions désiré que, sans faire tant d'apprêts que les boulangers sauront faire Lourner à leur profit, on eût rendu une ordonnance d'après le résultat des travaux économiques de MM. Parmentier et Cadet de Vaux, physiciens estimables ? qui ont suivi les diverses manipulalions de boulangerie avec une sagacilé rare. Les opéralions, qu'ils ont répétées en divers lieux sur Loute espèce de grains, ont été imprimées par ordre du Gouvernement. Nos électeurs auraient-ils la prétention de rectifier ou de surpasser les expériences de ces Messieurs ?

24 octobre. — Des gardes du corps ont eu la plus grande frayeur, enlendant les huées avec lesquelles on les a accueillis au passage de la Bastide. Ils en ont été quittes cependant pour la peur; linvilation à la lanterne n'a pas élé comprise par la populace.

27 octobre. — Les compagnies patriotiques ont élé commandées au milieu de la nuit pour aller faire la visite des monastères suspectés de recéler des munitions de guerre. Les moines ont été

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