INTRODUCTION XI
Nous ne referons pas l'énumération de ses œuvres. Pour celles qui ont été imprimées, lui-même à pris soin d'en établir la liste. En ce qui concerne les manuscrits, Jules Delpit en a dressé le calalogue. Ce calalogue remplit 17 pages, à lui seul !.
En bon avocat que ne rebute aucune cause, Bernadau se sent de force, comme annalisle, à trailer tous les sujets, et il prodigue ses chroniques verbeuses dans tous les périodiques de second ordre ?, où il trouve à placer sa prose. Il écrit comme il parle. Dans les mémoires manuscrits, son style n'est qu'un bavardage aussi plat qu'abondant ; il est moins trouble, mais aussi plus sec, dans les livres mieux travaillés. Dans le cours monotone du développement, l'on se heurte parfois à des trivialités, comme on peut rencontrer aussi des réflexions originales où l’auteur se montre à découvert, et des expressions à images, qu'il forge ou qu'il emprunte aux auteurs les plus anciens. Entre tous les sujets, deux lui sont chers surtout, l'œuvre de Tourny en Guienne et la Révolution à Bordeaux.
Sur l'histoire de la Révolution, Bernadau a fait paraître plusieurs livres. Comme études particulières, sans compter les articles détachés, il nous signale lui-même les ouvrages suivants : « Le Règne des Quatre-vingt-dix Électeurs des communes de Bordeaux, 1790, in-$° »; «l’Abrégé de l'histoire des assemblées nationales, 1790, in-8° » ; «Du serment à prêter par la garde nationale, 1790, in-8° » ;: Lous Dreyts de l'Ome é dau Citouïen, ou Traduction en patois gascon de la Déclaration des droits de l’homme, mentionnée honorablement au procès-verbal de l'Assemblée Constituante du 12 octobre 1790 ; enfin, « Projet des Bureaux de secours de la ville de Bordeaux, 1792, in-8°. »
Ces plaquettes de Bernadau sont assez introuvables. On peut consulter plus aisément les ouvrages d'ensemble qu'il entreprend au lendemain de ses malheurs d'homme public. Dans ces études générales, ilapporte encore une contribution très importante à l'histoire de la Révolution, notamment dans ses « Annales’politiques, littéraires et statistiques de Bordeaux », publiées en 1803, divisées
1. Pages 281 à 298 du catalogue des manuscrits de la bibliothèque municipale de #ordeaux, par Jules Delpit, Bordeaux, 1880, in-4°. 1e
9. Le Courrier de la Gironde, le Journal Amusant, le Furel, le Tableau de Bordeaux. Voir à ce sujet l'étude d'Ernest Labadie sur la presse bordelaise pendant la
Révolution, p. XI de l’avant-propos.
en cinq parties formant ensemble, comme il le dit, un corps complet de recherches chronologiques, pour servir à l'histoire ancienne et moderne de cette ville, depuis sa fondation jusqu'à 1807, et dons son «histoire de Bordeaux depuis l’année 1765 jusqu'à l'année 1836», livre paru l'année suivante en 1837.
Le vrai Bernadau, d'ailleurs, n’est pas celui des imprimés. Ses livres lui coûtent cher; il se sent gêné par leur cadre trop étroit, il se sent gêné aussi par ce public des lecteurs devant lequel il pose. Le vrai Bernadau est’celui des manuscrits, des mémoires secrets, inépuisable source d'histoire. Ils se rapportent tous à la Révolution, aux événements dont Bernadau a été le témoin dans sa bonne ville de Bordeaux. C’est un opuscule, émaillé de petites pièces de vers, «les Curiosilés de la Foire, ou Tableau parlant de Bordeaux pendant la Révolution»; ce sont les « Chroniques bordelaises, civiles, politiques, littéraires, révolutionnaires, critiques, secrètes et polygraphiques »; ce sont enfin et surtout les « Tablettes manuscrites » qui vont de 1787 à 1852.
Bernadau ne cachait pas sa prédilection pour ses chères Tablettes. « Ces mémoires secrets, disait-il, sont utiles, précieux et uniques !. » Et Jules Delpit lui a donné raison quand il y a trouvé, « une mine précieuse et féconde pour l'histoire moderne de nos contrées ?. » Ce sont les Tablettes qui ont fait considérer Bernadau comme «le plus fécond, mais le moins scrupuleux de nos annalistes . »
Ces tablettes sont reliées en de forts volumes, petit in-4° carré, qui forment les tomes V à XII des Œuvres héréditaires complètes de l’annaliste, avec un total de 5.611 pages, soit 700 environ par volume. Bernadau a tenu à nous faire savoir qu'il avait mis en ordre seulement vers 1800 les cahiers épars de ce mémorial, mais que ces cahiers eux-mêmes avaient été rédigés, au jour le jour, en suivant les événements {.
Sur ce dernier point, quelques-uns sont sceptiques. Ils préten-
1. Bernadau, Aquilaine littéraire, dans la collection héréditaire, & XXXIII, D-1099! 2. Cité en appendice dans la sixième publication des Annales poliliques, littéraires
el slalisliques de Bordeaux, par Bernadau, p. 317. Cette publication a été faite par M. G. Bouchon, en 1884.