‹ Les débuts de la Révolution à Bordeaux: d'après les Tablettes manuscrites de Pierre BernadauChapitre 6 sur 47 · INTRODUCTION XV · texte numérisé non relu

INTRODUCTION XV

dent, mais nous n'avons pu en obtenir la preuve, que Bernadau aurait brûlé l'original des Tablettes !, en 1793, au moment de son arrestation, et que tout son récit d'avant celle date aurait été rélabli par lui, plus tard, au petit bonheur, au hasard de ses souvenirs et des informations des journaux. Cette hypothèse peut sembler plausible, parce qu'elle concorde avec un autre fait que nous révèle Bernadau. Lors de sa première arrestation, en 1789, l’annaliste se plaint, dans une lettre adressée par lui aux 90 électeurs, à la date du 24 décembre, qu'on lui ait enlevé ses papiers, ses « Tablettes rédigées et conservées dans le plus grand mystère, des manuscrits où, dans le dessein d'étudier l’élat actuel des mœurs de ma patrie, J'avais consigné, dit-il, quelques anecdotes avérées et publiques, propres à jeter un grand jour sur les opinions et les habitudes particulières à cette grande ville ?. » La première partie des Tablettes, sinon toute la suite de 1787 à 1793, a donc pu être reconslituée par Bernadau, après avoir élé perdue.

De ce qu'elle a pu l'être, nous ne croyons pas pouvoir inférer qu'elle l’a été, à coup sûr. Les souvenirs de Bernadau n'étaient pas si précis, et les informations des journaux n'étaient pas si complètes, qu'il ait pu rétablir sa chronique quotidienne aussi exactement qu'on peut le constater. La relation qu'il donne des faits est abondante et fidèle, et même les documents originaux qu'il a rassemblés précieusement dans son Spicilège n'en pouvaient fournir la matière à eux seuls. Enfin, si Bernadau avait écrit après les événements, pourquoi se serait-il donné le plaisir de jouer au mauvais prophète? Il annonce quelque part que l'application de la Constitution civile du clergé ne donnera lieu à aucune espèce de difficullés * ; il voyait bien, à peine quelques jours plus tard, que la réalité se présentait loute contraire.

Dans le même ordre d'idées, on pourrait comparer pour divers passages des Tablettes, écrits, suppose-t-on, à des époques différentes, l’écriture et le style de Bernadau. Un examen approfondi nous montre bien des corrections que l’auteur a pu apporter à son

1. À la page 6 du tome I des Tablettes, dans la Préface, Bernadau a écrit seulement : « Peut-être les jetterai-je au feu dans un moment de trouble ; car je crains fort que les circonstances où nous sommes ne deviennent extrèmement sérieuses. »

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