‹ Les débuts de la Révolution en Provence, 24 janvier, 1789-30 september, 1791Chapitre 101 sur 155 · RÉPONSE DILATOIRE DE M. DE BOISGELIN · texte numérisé non relu

RÉPONSE DILATOIRE DE M. DE BOISGELIN

naux et qu'il sera exécuté suivant ses forme et teneur. Puis, et c'est là le point important, Tenvoi doit en être fait suivant la forme ordinaire. « Cette forme est celle des Lettres « Patentes avec la signature du roi et le grand sceau de ce cire jaune. Alors même que la proclamation serait <ï suffisante, il faut que le décret soit signifié aux parties « intéressées (i) ».

Comme ces étranges prétentions témoignent bien que l'archevêque ne désire qu'une chose : gagner du temps ! Quoi ! depuis plus d'un an, les décrets de l'Assemblée Nationale parviennent dans les départements sous forme de proclamation; les Directoires qui siègent au chef-lieu les adressent aux districts, qui à leur tour l'envoient aux municipalités. Mais si la réclamation de l'archevêque d'Aix est admise, il faudra citer devant les tribunaux les Directoires de Départements et de districts, car ils ont commis autant de fautes constitutionnelles, autant d'abus d'autorité qu'ils ont communiqué de décrets. — Ce n'est pas tout. A ce compte il faudrait aussi que chacune des parties intéressées eût reçu de ces mêmes Directoires <( une connaissance « légale pour qu'elle pût dire ou faire ce qu'il appartien- « drait (2) ». Et M. de Boisgelin aurait dû recevoir « en « personne dans son diocèse les réquisitions qui le cona cernaient ! » — Mais où s'arrêter alors? L'Assemblée Nationale a renouvelé l'ordre judiciaire, l'armée, les compagnies de finance. Un seul des citoyens frappés a-t-il réclamé l'honneur d'une signification particulière (3), inusitée même d^ns l'ancien régime? Au fond, le Directoire du Département des Bouches-du-Rhône s'étonne peu de cette attitude. Il sait fort bien que M. de Boisgelin est un ennemi déclaré de la Constitution civile du Clergé. Son nom ne figure-t-il pas avec celui de M. du Lau, Archevêque

(i) Arch. Nat. D xix, 88.

(2). Arch. Nat. Dxxix *>>«, 15 Oct. 1790.

(3). Arch. Nat. D xxix W», 13 Oct, 1790,

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d'Arles, au bas de « l'exposé des principes sur la Constituée tion », véritable pamphlet contresigné de nombre d'Archevêques et d'Evêques députés à l'Assemblée Nationale ?

L'attitude de M. de Boisgelin, qui ne répond pas même directement aux prières du Directoire, qui dédaigne de venir en pacificateur dans son nouveau diocèse, inspire naturellement celle des autres Evêques, ses sufFragants, supprimés ou maintenus. Rien n'est plus humain et je ne songe pas à m'en étonner. L'Assemblée Nationale a ordonné que ses décrets seraient lus au prône par les curés. C'est le meilleur moyen sans doute de les propager, peutêtre aussi de leur communiquer aux yeux des paysans quelque peu de cette majesté divine empruntée au lieu où on leur en donne lecture. Jean Baptiste, Evêque de Senez (Basses-Alpes), s'oppose formellement à cette lecture (3). Sa défense est adoucie pourtant par un semblant de motifs: l'Evêque n'est pas si irréductible qu'il ne juge bon de prendre ses précautions. S'il blâme la lecture des décrets en chaire, c'est parce qu'ils empêchent que le prêtre « fasse « aux fidèles une instruction complète ». Puis, « toute « publication au prône avait été jusque-là soumise au juge- « ment de l'Evêque ». L'Assemblée Nationale a oublié, ce jour-là, de lui demander son avis. Inde irœ. Où en seraitelle si elle avait dû, au préalable, et dès le premier jour de son existence, solliciter l'avis des Evêques sur chaque décret à lire au prône ? Tout ceci n'est rien. Mais là où M. de Senez semble dépasser les bornes .et manquer au respect qu'il doit à l'Assemblée, c'est quand il « croit farce mement qu'une courte homélie sur l'Evangile est plus « avantageuse au peuple qu'un décret de cinquante pages ».

(i) Arch. Nat. D xvii, 41.

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