‹ Les débuts de la Révolution en Provence, 24 janvier, 1789-30 september, 1791Chapitre 103 sur 155 · LA CONSTITUTION DU CLERGÉ DE DU LAU · texte numérisé non relu

LA CONSTITUTION DU CLERGÉ DE DU LAU

« que la soumission et le respect à cet égard sont un devoir « que la religion impose à tous les sujets de l'Etat en tout « ce qui ne touche point à la loi divine ». S'il se permet à la fin de sa lettre une allusion à l'acquiescement du Pape à la Constitution nouvelle, c'est sous la forme d'un espoir et ■d'un désir, et il voit dans leur réalisation « le bien de la « religion et le salut des âmes (i) ».

En présence de tels sentiments exprimés par une âme aussi candide, on se prend à regretter que ce vieillard n'ait pas siégé à l'Assemblée Nationale Peut-être aurait-il contribué à l'apaisement tant souhaité. A coup sûr on peut prédire que, plus réservé que les députés de Provence (2), il n'eût pas mis son nom au bas de 1' « Exposé des principes « sur la constitution du clergé » qui n'est qu'un pamphlet.

Les évêques l'ont signé ; mais ce fut du Lau, l'Archevêque d'Arles, qui le composa. A ce titre, il inspire quelque curiosité. « Si la puissance civile, y est-il dit, veut faire des « changements dans l'ordre de la religion sans le concours ^ de l'Eglise, elle contredit les principes... Nous voulons <( connaître le vœu de l'Eglise afin de rétablir un accord <( nécessaire entre la puissance ecclésiastique et la puis- ^ sance civile et maintenir par leur union le repos des <( consciences et la tranquillité publique... Il faut que « l'Eglise soit représentée comme la nation. On ne peut « pas confondre l'exercice du pouvoir des citoyens avec <( l'expression de la croyance des fidèles... Nous propo- « sons la convocation d'un concile national ». — M. du Lau a raison sur certains points. Sans doute rien n'est plus désirable « que le repos des consciences et la paix des

(1) Arch. municip. de Marseille. F*^, vi, 5.

(2) L'abbé Royer, dép. d'Arles ; le comte de Juigné, dép. de Dragui- ^nan ; l'abbé de Villeneuve-Bargemon, comte de Saint-Victor, dép. de Marseille ; Pochet, dép. d'Aix ; le chevalier de Clapiers et le marquis de «Cipières, dép. de Marseille.

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d âmes ». La puissance civile s'efforçait d'y parvenir et ce n'était pas au dogme de TEglise qu'elle s'attaquait. Quand l'Archevêque d'Arles demandait que l'Eglise fût représentée, ignorait-il qu'elle l'était suffisamment dans l'Assemblée Nationale? Quant à ne pas confondre le pouvoir du citoyen et la croyance du fidèle, il faut reconnaître que rien n'était plus difficile, à moins que l'on n'instituât un double vote et pour le fidèle et pour le citoyen. Le vœu d'un concile était simplement platonique. Celui qui veut faire des réformes n'ira pas en solliciter l'autorisation des intéressés qui doivent en souffrir. En admettant qu'on eût convoqué ce concile, aurait-il abouti ? Quelques prêtres éclairés, comme M. de Belloy, auraient soutenu les réformes. Mais la presque unanimité, repoussant toute tentative de conciliation, nul n'aurait pu empêcher le déchaînement des colères dont le parti rétrograde se faisait l'apôtre au sein même de l'Assemblée Nationale.

L'Archevêque d'Arles avait au moins la prudence de séparer le pouvoir temporel du spirituel et de paraître ne vouloir à aucun prix de l'intrusion du premier dans les affaires du second. Malheureusement les limites qui les séparent l'un de l'autre sont si discutées, les empiétements réciproques ont eu lieu si souvent ! Que les Evêques de Provence pussent, dans leur manifeste, témoigner de leur réprobation pour ce mélange du sacré et du profane, rien de mieux. Ils étaient dans leur rôle et on ne pouvait regretter qu'une chose : c'est qu'ils n'eussent pas compris plus tôt la nécessité de leur protestation indignée. Mais leur fougue ne leur permit pas d'en rester là, et comme dans la violence de leurs anathèmes, ils font plus d'une fois irruption sur le terrain séculier, ils perdent le droit de reprocher à l'Etat son ingérence dans les questions religieuses. L'Evêque de Toulon n'écrit-il pas à ses fidèles, le i®'^ juillet 1790 : « Hélas! mes frères, la malheureuse « expérience que vous faites de la souveraineté que Ton

MANDEMENT DE l'ÉVËQUB DE TOULON 285

« VOUS a attribuée et dont on vous a flattés, devrait bien « opérer un retour salutaire sur vous-mêmes et vous (c prosterner aux pieds du monarque vertueux et bienfai- « sant qui nous gouverne, pour le conjurer de reprendre <r l'autorité dont vous n'avez jamais pu avoir le droit de « le dépouiller y>. Le Comité Ecclésiastique est informé de ces manœuvres. Il ne s'en émeut pas, sans doute parce qu'il sent l'impuissance des prélats qui s'y livrent. Les conseils ne lui ont pas manqué pour les réduire. Ecoutez ceux que lui prodiguent les Amis de la Constitution d*Aix : « Excitez en eux (les Evêques) l'appât du gain et la crainte <c de le perdre, si leur patriotisme est insuffisant. Les ce Evêques ressemblent à ces rochers perchés encore sur « de hautes montagnes dont la chute infaillible ne dépend « plus que de l'abandon des petites pierres qui les soutien- « nent(i) î). Qui donne ces conseils? Des athées, sans doute, dont le rêve est de faire table rase de la religion et de ses ministres ? Bien au contraire, « leur société adore -ce cette sainte religion dans laquelle il convient de puiser « les sentiments d'égalité et de fraternité qui unissent tous <ï les Français d.

Pour couper court à toutes ces menées, le meilleur parti à prendre est de déclarer vacants les sièges des Evêques rebelles ou qui ont fui, de ceux qui n'ont pas répondu aux sommations faites dans le délai réglementaire de deux mois et de convoquer les électeurs pour leur donner des remplaçants. C'est ce que les Directoires des trois Départements sont contraints de faire. L'Archevêque de Boisgelin n'a pas donné signe de vie malgré les lettres pressantes que le Département des Bouches-du-Rhône lui a envoyées;

(i) Arch. Nat. D xix, 88.

'28i) LE CLERGÉ

TEvcque de Fréjus est resté ;i Nice ; celui de Digne a refusé le serment. Les électeurs se réunissent à Aix le 23 février 1791 ; à Digne, le 21 mars; à Toulon, le 3 avril.

A Aix, Charles-Benoît Roux est élu par 363 suffrages sur sio (i) ; le curé d'Eyragues, petit bourg entre Châteaurenard et Saint-Remy, devient le nouveau Métrop> litain des côtes de la Méditerranée. Les plus grands honneurs lui sont aussitôt rendus. L'assemblée électorale l'accompagne chez lui à la lueur des flambeaux ; la garde nationale lui fait cortège, tambours battants, drapeaux déployés. Le nouvel élu marche entre le président et le secrétaire de l'assemblée. Le peuple crie : « Qu'il vive ! Que a Dieu le bénisse! ».

A Digne, Jean-Baptiste Villeneuve remplace Mouchel.

A Toulon, Aycardi, un ci-devant Dominicain est élu par 258 voix sur 411. Comme il réside à Marseille, on lui dépêche un courrier. 11 se récuse le 10 avril ; sa santé est chancelante, il craint de ne point paraître à la hauteur de sa mission. Le 11, nouvelle élection. Rigouard, curé de la Farlède-les-Solliès l'emporte sur Mougins, curé de Grasse, par 204 voix (2).

S'il est permis d'adresser une critique aux nouveaux dignitaires, ce n'est point au sujet de leurs vertus ni de leur zèle, mais de la modestie de leur condition. D'avance leurs prédécesseurs s'en gaudissent. Jugez donc ! M. de Boisgelin, un des plus grands noms de l'armoriai de France, remplacé par un simple curé ! Quel prestige aura-t-il aux yeux du peuple et comme le peuple fera vite la différence !

S'il se livre à ce parallèle, la faute en revient à l'Assemblée Nationale. Elle a cru devoir exiger d'un futur Evêque qu'il eût exercé les fonctions de curé pendant dix ans ou

(i) Arch. Nat. AD xvi, 34.

(2) Arch. Nat. pi» 479, Var.

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