‹ Les débuts de la Révolution en Provence, 24 janvier, 1789-30 september, 1791Chapitre 105 sur 155 · LES CHAPITRES CATHÉDRAUX · texte numérisé non relu

LES CHAPITRES CATHÉDRAUX

-« tuels qu'il leur doit, il permet à tous les vicaires et « prêtres approuvés de l'ancienne circonscription de son ^ diocèse d'exercer pendant une année leurs pouvoirs ». Mais en même temps, il défend à tous en de reconnaître ^ d'autres pouvoirs que ceux qui seraient émanés de lui et 4L il prend Dieu à témoin qu'il leur conservera jusqu'à son « dernier soupir le lien indissoluble qui l'attache à eux par « la mission seule légitime qu'il a reçue de sa consécration « et de la charité de Jésus-Christ (i) ».

L'Évêque donnant l'exemple, les chapitres qui sont sous sa dépendance immédiate croient devoir le suivre. Leur résistance se manifeste de deux façons : le refus de prêter serment à la Constitution, le refus de faire la déclaration de leurs revenus ou tout au moins les réticences calculées dont ils l'enveloppent.

Les chapitres cathédraux sont nettement hostiles à la révolution ; les mandements de leurs Evêques trouvent en eux « des oreilles disposées à les écouter et des langues « toutes prêtes à les répandre (2) d. Ils sont inquiets. Ils appréhendent une misère extrême si la révolution porte la main sur leurs maigres prébendes. Et il n'est que juste de reconnaître combien ils sont dignes d'intérêt.

Les chapitres en Provence n'ont presque pas de biens. Le pays étant très pauvre, ils vivent surtout des bénéfices qu'ils possèdent dans les Evêchés des provinces circonvoisines. Autour d'eux ils ne perçoivent que la dîme. Tous il 'ont pas d'ailleurs des biens « forains » ; le petit nombre seul est privilégié. Les décimateurs, qui en sont réduits à

(i) Arch. Nat A D xvii, 41.

(2J Àrch. Nat. A D xvii, 41.

290 LE CLEBGÉ

leurs seules ressources, ont encore pour surcroît de misère les congrues à payer. Si la dînïe rentrait, ils pourraient peut-être, en se privant, faire honneur k leurs devoirs ; mais, depuis le 4 août a un vent de désordre a couru sur « la Provence, de désordre et de mutinerie qui se traduit « par le refus de payer la dîme ». Les doléances du chapitre cathédral de Riez sont instructives à ce point de vue (i). <r A Oraison, la dîme a donné 67 setiers de grains « au lieu de 500 : déficit, 433 ». Et aucun moyen judiciaire de la faire rentrer. « 11 y allait de la vie sur la moindre € plainte, tant pour les décimateurs que pour leurs com- « mis ». D'autres villages ont imité Oraison. Malgré les compensations, le résultat final a été un déficit de 130 setiers de blé. Mettez le setier à 40 livres : cela fait 5.200 livres. Le déficit du vin a été aussi sensible : 660 coupes i 5 1. 4 s. Tune : total, 3.431 livres. Comment voulez-vous que vivent quinze bénéficiers titulaires et neuf serviteurs, soit vingt-quatre personnes, sur un revenu de 8.800 livres, quand il leur en manque 8.600?

Le chapitre avait espéré couvrir <c ce déficit effrayant par « des contributions qu'auraient fournies les prébendes « canoniales ». Mais les mêmes causes qui ont si fort atté* nué les revenus de la manse capitulaire ne pouvaient que peser sur les prébendes dont le revenu consiste Unique* ment en dîmes. Ces malheureux chanoines soumis depuis 1756 à la contribution annuelle du quart du revenu de leurs prébendes pour suppléer au déficit de la manse, en ont été réduits à la nécessité d'imposer un deuxième quart pour le même objet à l'époque de la dernière augmentatioi^ des congrues, c'est à dire en 1786. Ils ont religieusement payé ce deuxième quart pendant les deux dernières années^ ce qui a presque anéanti plusieurs prébendes et réduit 4c l'universalité à l'impossibilité de fournir aucune nouvelle « contribution ». Le clergé de France avait tellement égard

(1) Arch. Nat. D xix, 56, liasse 188. 1 4 Janvier 1 790.

Page 1