LA SUPPRESSION DES CURES
:métropole comptent. pour soulever le peuple sur un singulier moyen : la disette des saintes huiles qui « ne peuvent a être faites que le jeudi saint et par. un Evêque d. Or TEvê- •que que les électeurs avaient choisi était encore à Paris et ne pouvait rentrer pour la semaine sainte. Les prêtres en -furent pour leurs espérances ; le peuple ne bougea pas.
Si les velléités de résistance sont en somme, le chef-lieu 'de la métropole excepté, aussi clairsemées, cela tient sans -doute au vif désir de conciliation qui anime le bas clergé, mais aussi à ce qu'il a senti « que la réunion des biens du -« clergé dans les mains de la nation pouvait seule opérer n la juste distribution des biens de Téglise et la réforme « des abus qui y avaient trait (i) ». On touche ici à la question délicate entre toutes de la répartition nouvelle des paroisses. Le Comité ecclésiastique et après lui l'Assemblée Nationale ont pu trancher dans le vif quand il s'est agi des Archevêchés, et des Evêchés, sûrs qu'ils étaiçnt d'avoir avec eux pour les approuver la plus grande partie des curés qui souffraient, atteints par le luxe effréné de certains prélats non-seulement dans leur dignité, mais dans leur existence. Quand il s'agit de savoir quels curés seront conservés, quels ne le seront pas, il faut procéder avec une extrême réserve, car on s'attaque à ceux qui tiennent dans leurs mains l'avenir de la Constitution. Tenir compte des droits de chacun dans la plus large mesure, ne mécontenter personne : tel doit-être, ce semble, le mot d'ordre. Or, l'Assemblée Nationale trouve qu'il y a trop de curés et incline à convertir en vicariats perpétuels d'anciennes cures lorsqu'elles ont moins de 300 âmes éparses dans la campagne. Il y a sans doute ici une question d'économie qui n'est pas à dédaigner. Mais, comme le fait observer le curé de Croigne, l'Assemblée « va établir <3c l'aristocratie des grandes paroisses sur les petites d, et
(i) Arch. Nat. D xix, 36. Lettre de Gay, curé de Croigne, diocèse ^'Apt. 2 Mars 1790.
se prêter a aux vues étroites d'une minutieuse parcimonie « en enlevant leurs titres à des curés pour avoir le droit « de les priver d'une augmentation pécuniaire que la « bienséance réclame ».
Le curé de Croigne a raison. C'est surtout dans lesmontagnes de la Haute Provence où, six mois de l'an, la neige intercepte toute communication, que les curés doivent être multipliés sans qu'on regarde de trop près à une mince somme de cent livres. Toutes les charges pèsent sur ces malheureux, beaucoup plus lourdes que sur les prêtres des villes. « Ils ont un service pénible à faire, un « cheval à entretenir surtout dans le déclin de Tâge, des « porteurs à payer pour les comestibles, un domestique « et un clerc h salarier ]?>. L'Assemblée Nationale ne peut dédaigner ce langage marqué au coin du bon sens.
Ce n'est pas à dire qu'il n'y ait en Provence aucune paroisse à supprimer et qu'il faille obérer davantage lesfinances en les surchargeant de cures inutiles. Mais il convient de prendre à ce sujet l'avis des municipalités : alors* seulement il sera permis de se prononcer. Encore ne fautil pas qu'il dépasse certaine mesure. Quand les municipaux de Saint-Martin de La Brasque (diocèse d'Apt) demandent qu'on supprime leur cure, parce qu'ils ne sont que 36 <£ et qu'il est bien onéreux de payer 1.200 livres (i) », j'accorde qu'ils peuvent avoir raison. Ils me paraissent pousser un peu loin l'amour du lucre quand ils offrent « de louer leur église aux protestants des environs ».
L'opposition la plus vive contre les décrets de l'Assemblée Nationale et la Constitution civile du clergé a son centredans les couvents. C'est à la vie monacale que l'Assemblée-
(1) Arch. Nat. D xix, 71. 14 oct. 1790.