‹ Les débuts de la Révolution en Provence, 24 janvier, 1789-30 september, 1791Chapitre 110 sur 155 · LA TYRANNIE DES P.'IIEURS · texte numérisé non relu

LA TYRANNIE DES P.'IIEURS

Cette lettre donne idée de l'état des esprits dans les couvents provençaux. Prieurs et supérieurs mettront tout en œuvre pour faire durer les abus. Leurs frères qui en souffrent seront les auxiliaires dévoués de l'Assemblée. Elle rend ainsi « un grand service à la religion, à la décence, à « rintérêt pécuniaire des peuples de la Basse-Provence, à « Tordre public (i) ».

Les prieurs vont donc refuser d'obéir aux décrets. Aux municipaux de leur commune qui leur demandent au nom de la loi Tétatde leurs couvents « et le nombre des individus « qui les composent », ils donneront des renseignements tels quels, si tant est qu'ils en donnent. Mais le Comité ecclésiastique peut avec de la bonne volonté redresser les chiffres erronés qu'on lui communique. Des lettres, parfois iinonymes, lui arrivent d'un peu partout. Leurs auteurs ? Sûrement des moines indignés de la duplicité de leur supérieurs et qui désirent avant tout sortir de ces maisons ^< où les a forcés d'entrer une abominable tyrannie (2) d.

Les prieurs se gardent bien de mettre leurs frères en Jésus-Christ au courant de ce qui se passe. Les choses d'ici-bas ne les regardent point. D'ailleurs, c'est leur habitude. Ils tiennent secrète toute chose du dehors. <( Ils sont « dans l'usage de laisser ignorer à leur communauté ce € qu'il importerait à chacun de savoir. Contents de leurs <r lumières qui les égarent quelquefois, ils semblent mépri- « ser celles d'autrui (3) ». C'est là une erreur. Ils font plus que les mépriser : ils les redoutent. Ils se concertent entre eux et forment ligue. « Le prieur de Laverne est allé « deux fois à Toulon, furtivement (4) ». Le résultat de l'entente, c'est qu'à leurs yeux rien n'est changé et que les choses doivent se passer comme d'ordinaire. Chaque année

(i) Arch. Nat. D xix, 53, liasse 136.

(4) Arch. Nat. D xix, 46. Lettre de Redon, chartreux à Laverne. ^3 Mai 1790.

ils tenaient un conseil général. Mais l'Assemblée Nationale a supprimé tous les ordres qui font des vœux solennels. Les prieurs sont donc supprimés du même coup. Erreufr disent-ils. Les décrets de l'Assemblée n'existent pas pour eux et ils passent outre. Le prieur de la chartreuse de Laverne, près Saint-Tropez, envoie donc au prieur de la Valbonne et à tous autres de la province cartusienne de Provence l'avis suivant qui dénote la résolution bien arrêtée de désobéir : « Cum propter temporum angnstias nêcnon « imminentia undequaqne viarum discrimina tempore consueto « œngregari non potueruftt comitia generalia, nec tamen n debitis suffragiis privari debeant fratres nostri defuncti, € necessarium duximus officia defunctorum, cœleraque alia « denuntiare, ui sine mora solito persolvantnr sicut antio « prœterito. Datum Cartusiœ sub sigillo consueto (i) >. C'est signé: Hilarion, prior. Le document est tourné de façon habile. Les <r angustice temporum > et <r cœtera alia » peuvent s'entendre de deux manières, sans compter que les offices des morts viennent juste à point pour masquer les intrigues des vivants. Moins prudent que le prieur, soncoadjuteur dit aux moines en français <r que çà ne durerait pas et que l'Assemblée était une cabale ». Une oreille pieuse entendit le mot et le retint. Elle nous en a conservé quel* ques autres : « Plus aristocrate que les Favraset les Maille- « bois, il(lecoadjuteur)nousditily atroisjours qu'il espérait 4C que dans six mois ils tiendraient le chapitre soi-disant « général (2) ». Le coadjuteur est un homme aux « longs « espoirs ».

L'Eglise en effet n'est-elle pas bâtie sur la pierre, de même que Rome l'était sur le rocher immobile du Capitule? Jugez alors comment des gens qui estiment durer envers et contre tous recevront les importuns qui viennent leur rappeler que tout a une fin ici-bas, même la vie oisive. Us

(3j Arch. Nat. D xix, 46.

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