‹ Les débuts de la Révolution en Provence, 24 janvier, 1789-30 september, 1791Chapitre 111 sur 155 · LES MUXICIPAUI DANS LES COUVENTS · texte numérisé non relu

LES MUXICIPAUI DANS LES COUVENTS

tiennent la porte fermée aux municipaux assez osés pour y heurter, ou^ s'ils les reçoivent, déposent avec tant d'onction que les municipaux sont convaincus de leur désir extrême de continuer la vie commune. Parfois la réponse est plus brutale que la question. Les chartreux de Marseille reçoivent les délégués du conseil général. On leur demande : « Consentez-vous à rester assemblés ou dési- (( rez-vous reprendre votre liberté? d Silence général. Comme il se prolonge et qu'il devient gênant, un frère se dévoue : « No.us restons tous ; nous ne voulons point « sortir ». La visite finit là (i). A la maison d'Aix, même démarche, même résultat, mais la politesse manque. La communauté est rassemblée d'un côté de l'appartement, le vicaire en tête. « Monsieur le Maire demande si quel- « qu'un veut sortir. Nul ne souffle mot. Le Maire réitère « ses paroles. Même silence. 11 ne se décourage point et <L s'adresse au prieur, lequel se décide enfin à répondre a qu'il ne juge pas à propos de faire ses déclarations (2) ». Et là-dessus le Maire s'en va.

Faut-il parler des municipaux qui récusent cette besogne?" Par fierté? Non, mais pour des raisons peu avouables.. « Les municipaux d'Hyères ont dit qu'ils ne viendraient <L pas recueillir nos déclarations. Ils sont liés avec les « officiers de la maison qui les traitent anima meâ et les- « comblent d'autres reliqua (3) »? Reliques ou reliefs? Le mot est vague et autorise tant de suppositions fâcheusesque, pour l'honneur des municipaux, il vaut mieux n'en^ faire aucune.

Que peuvent valoir les renseignements recueillis de cette manière ? Qui veut rester au cloître ?Qui veut en sortir ?* Les districts ne le sauront guère au juste. Les lettresprivées que reçoit le Comité ecclésiastique sont heureuse^

(i) Arch. Nat. D xix, 46.

(2) Arch. Nat. D xix, 46.

(3) Arch. Nat. D xix, 46, Lettre de Redon',

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ir.tnî plus cxpar.sives. •< Nous nosons vous faire aperce-

* voir le d jsir que p.ous avons dctre délivres des embarras <- et des tracasseries qu'ourdissent les prieurs pour engager

«■ chaque religieux de rester Finem Jecreti prœstantuf

a ut txcaut de /£gypt? Jomino Jkentes : ytcat Lex^ ykat

* Rex, yiiat Saîio ! AlUluia ! (\ ) k

Je n'ose cependant trop garder rancune aux prieurs. Ils ont la partie belle. Ce sera miracle si les demandes affluent pour sortir des couvents, tant l'Assemblée Nationale Semble avoir mis d'entraves à l'émission de ce vœu. Ceux qui voudront n sortir d'Egypte i» et entrer dans la terre promise, devront exposer leurs raisons aux Evêques dans le diocèse desquels ils vont choisir domicile. Ce sont les termes d'un bref que le Pape vient d'envoyer au cardinal de la Rochefoucauld. L'Eveque déchu de Toulon s'en empare. Il a passé la frontière et s'est réfugié à Vintimille ; il se hâte de faire imprimer le bref du Saint-Père, raccompagne d'un mandement « plein d'insultes contre la ce nation » et dans lequel il menace ceux qui seraient assez hardis pour sortir de leurs monastères de suspen^on « a « di-vinis » et de privation de la confession. Mandement et bref sont affichés à la porte de chaque chœur. Le prieur lit les deux, les commente afin que nul n'en ignore et « pour Q les retenir dans ses filets de fer ». Qye va devenir la confiance du moine qui s'imagine voir l'Assemblée Nationale et le Pape d'accord? Est-ce une simple formalité, demande-t-on aux Directoires? Est-ce une loi? C2y'on y prenne garde ! Le moine « disposé à s'évader de ces « prisons pires que Bicetre d se trouve en délicatesse. De Redon, le chartreux de Laverne, écrit : a: Tous nos confrères (L d'ailleurs sont si embarrassés que la satisfaction que la « licence de la nation leur avait occasionnée versa est in a angîistias, ne dicam in periculo et que chacun d'eux aurait

(s) Arch. Nat. D xix, 46. Lettre de Redon.

l'inquiétude des religieux 305

<' préféré une complète suppression (i) 3>. Le Chartreux a raison. Beaucoup de moines qui auraient ndes motifs légitimes à avancer, préféreront se taire. Ils n'ont pas passé trente, quarante ans sous la férule -d'un prieur pour retrouver du jour au lendemain l'assurance de leur jeunesse. « Ils prétexteront leurs infirmités, € vapeurs, parleront de leur cerveau affecté par la retraite ». Supposez un Evêque peu disposé à accepter ces raisons. Les malheureux auront fait leur déclaration de sortie et se trouveront sur le pavé. « Et si un particulier n'a d'autres « motifs de sortir que les vices de la règle, les traitements a qu'il aura essuyés, TEvêque le recevra-t-il sans s'informer <r auprès des accusés si celui-là dit la vérité? (2) î>. Par :accusés entendez les prieurs. Les prieurs aussitôt crieront à la calomnie, qui ne respecte rien, pas même les saints monastères, et représenteront comme un paradis la maison »que le moine s'obstine à tenir pour un enfer. « D'où pro- € ces, conflit avec les supérieurs ». Comment tout cela se <iénouera-t-il ? Par une dénonciation à l'Assemblée Nationale. Et puis? En admettant que le religieux reçoive satisfaction, d'ici là quelle vie sera la sienne? L'angoisse de ces infortunés est poignante : <r Nous vous conjurons de fixer « bientôt notre sort. Autrement nos supérieurs devien- .« dront nos bourreaux et on pourra dire de nous : Melius a fuisset illis si naii non fuissent! »

Que l'Assemblée Nationale tranquillise donc ces moines par un décret. Qu'elle les débarrasse de la tutelle gênante de l'Evêque, qu'elle leur assure un peu de pain pour le reste de leurs jours et les couvents seront bientôt vides.

Cet état d'incertitude explique les déclarations contradictoires. Le jour de la clôture de l'inventaire fait dans leur communauté par les officiers municipaux de Marseille, les •Carmes déchaussés ce déclarent que leur intention est de

(i) Arch. Nat. D xix, 46.

(2) Arch. Nat. D xix, 46.

e demeurer dans leur ordre si on les laisse dans cette < maison où ils ont leurs habitudes >. Mais ils avouent dans une lettre secrète < qu'ils ne firent de concert cette m déclaration conditionnelle que par ménagement pour m certains esprits et bien persuadés d'ailleurs qu'on ne les m laisserait pas dans une maison qui offre de si grandes € ressources aux besoins de l'Etat et dont la vente s'effecc tuerait en peu de jours si on ouvrait les enchères >. On devine quels sont ces <r esprits ^ pour lesquels les Cannes prennent tant de ménagements. Ces deux déclarations ont été faites le 25 Mai 1790. Le 9 Juin suivant, dix Carmen écrivent « qu'ils voudraient déclarer pure et simple leur m sortie si la municipalité leur comptait une pension (i) >• Ils ajoutent : <i: Beaucoup d'entre nous n'ayant pas le soir « ne sortiront qu'après l'annonce des pensions (2). >

Pour savoir quelles pensions l'on devra accorder aux religieux de toutes sortes, il est indispensable de connaître le montant des revenus qu'ils touchent et dont on va les déposséder. La loi oblige les monastères de communiquer à qui de droit les états de leurs revenus. Voici comment ili s'en acquittent. Madame Merle de Beauchamp, abbesse dé Saint-Honorat, à Tarascon, ne se presse pas d'obéir. Elle excipe, pour justifier son retard, de l'état de faiblesse de son homme d'affaires. A rat)pui de son dire, elle produit au Comité Ecclésiastique un certificat de Laudun, médeciit de la Faculté de Montpellier. Ledit homme d'affaires est atteint de fièvre putride. — Le Comité prie « Madame « l'abbesse de ne pas différer plus longtemps ». Un* ait se passe. Le district se permet-il de la presser, en lut

(1) Arch. Nat. D, xix 46.

(2) Arch. Nat. D xix, 46. j

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