‹ Les débuts de la Révolution en Provence, 24 janvier, 1789-30 september, 1791Chapitre 113 sur 155 · LES DÉCLARATIONS I^ES RELIGIEUX · texte numérisé non relu

LES DÉCLARATIONS I^ES RELIGIEUX

cîpalités, des districts, en sont remplis. Parfois la déconvenue des notables devant une tentative de fraude inattendue y met une note gaie. Les religieux de certains monastères (i) ont trouvé un moyen habile de grossir leurs revenus. Ils ont fait « sur leur pécule des répara- « tions à leur chambre ; ils en ont chargé les portes et les « fenêtres, y ont mis des abat-jour et des contre-portes ». Qjje faire ? Leur donner une indemnité raisonnable, répond le Comité Ecclésiastique ; on leur permettra de reprendre ce qui leur appartient, à moins qu'on ne les contraigne, ce qui serait cruel, de tout remettre en état.

11 y a dans ces déclarations une différence frappante. Ceux qui sont pourvus de minces prébendes, de petites chapellenies, qui végètent dans une demi-misère, suivent les prescriptions du décret. Ils disent l'endroit où est situé le bénéfice, calculent à un denier près la valeur des charges et des revenus, ne font grâce d'aucun détail. Voici une chapellenie (2) fondée sur le maître autel de l'église métropolitaine d'Aix, dite de « l'habit ». Elle donne au titulaire le droit de percevoir 4 panneaux de blé et 30 pots de vin. Ce n'est guère. On a soin de dire combien tout cela fait d'argent. Les panneaux de blé valent en tout 14 livres 8 sols; les 30 pots de vin 3 livres 15 sols. Un homme peut-il vivre décemment avec un aussi maigre revenu ? Une autre chapellenie sur la même église rapporte 12 livres 7 sols: elle en paye deux d'imposition: calculez ce qui reste. Par exemple, quand il s'agit de gros revenus, le titulaire ne se donne pas la peine de compter. Peut-être éprouve-t-il quelque pudeur à établir la comparaison entre son opulence et la misère de son prochain. Il dit simplement le domaine ou l'église sur lesquels est assis son revenu. Le district cherchera les preuves si bon lui semble. Voici M. de Mazenod^ un grand nom de Provence ; en même temps que chanoine

(i) Arch. Nat. D xix, 48, Lettre du Départ, du Var, 8 Mars 1791. (2) Arch. desB.-du-Rh. L. 163.

sacristain, il est vicaire général du diocèse d'Aix. Sa décbh ration est ainsi libellée : « Conformément au décret de

< l'Assemblée Nationale du s de ce mois, sanctionnée par

< le roi, je déclare posséder un canonicat auquel est atta-

a chée la dignité de sacristain L'état des revenus et des

« charges se trouve mentionné dans la déclaration de <E ladite église i!>. Labbé de Lenfant est aussi dédaigneux des convenances. Si le district veut savoir ce que lui rapporte « sa chapelle de Téglise collégiale d'Arles », c'est affaire à lui. L*abbé de Thomassin de Saint-Paul (St simplement : « Je déclare que je suis capiscol de l'^Use « métropolitaine ». Cest avec des données aussi vagues que les districts sont obligés de faire la liquidation des pensions.

Leurs propositions faites, avant même que le Directoire du Département ait prononcé, voici que les intéressés réclament. Chaque ordre entend être traité mieux que Tordre voisin. Les frères convers des ordres rentes prétendent i une pension plus forte que celle des frères convers des brdres mendiants. La raison en est toute simple, disent ceux de Tarascon ; « Les frères des ordres rentes ont fait « choix de cet état par le motif d y trouver des commodi- <( tés d'un nécessaire qui équipollat celles auxquelles ils « renoncent daus le monde, tandis que les autres se sont « contentés d embrasser un état de pauvreté (i). Comme cette raison n'est pas absolument convaincante, en voici une autre qui touchera davantage le cœur des membres du Directoire : « Les biens immenses que nous, religieux ren- <c tés, nous offrons à la nation, nous méritent une distinc- « tion particulière sur les ordres mendiants (2) 1. Encore est-ce légèrement inexact. Ce ne sont pas les religieux rentes qui ont ofTert leurs biens à la nation, c'est la nation qui les leur a pris. Raison de plus pour leur servir une rente.

(i) Arch. Nat. D xix, 46.

(3) Arch. Nat. D xix, 46.

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