COMMENT ON A RÉPARTI LES PENSIONS 31T
maisons, des terres qui valaient peu ou rien, et il paye de grosses rentes pour un capital improductif.
Malgré tout, je n'en tiens pas rancune aux Départements» Ils ont un peu trop fermé les yeux et ouvert les mains en répandant cette pluie d'or sur les moines et les religieuses. La paix publique ne valait-t-elle pas le sacrifice de quelques sacs d'écus? On peut seulement déplorer qu'avant de fixer des pensions, les Départements n'aient pas connu rétat exact de leurs ressources. Ils se seraient ainsi épargné bien des ennuis et n'auraient pas grevé le trésor public de charges accablantes dans un moment de pénurie générale. La tranquillité publique n'était-elle pas aussi menacée par leurs promesses exagérées et les convoitises qu'elles faisaient naître? Pourraient-ils contenter celles-ci et tenir celles-là? Dans le cas contraire ils fournissaient un nouveau prétexte de calomnie à des gens qui n'en manquaient point; à l'épithète de spoliateurs allait s'ajouter cette autre plus outrageante de menteurs à la foi jurée.
On voit d'ici se dessiner la campagne que Ton mène en Provence vers la fin de septembre 1791 contre la nation banqueroutière et parjure. Les religieux qui ont été sciemment oubliés dans la distribution des rentes ne sont pas les plus acharnés. Il y a des ordres qui vivent « de quêtes ce et d'aumônes ». On ne leur a rien pris, on ne leur doit donc rien. Ils crient quand même. Les autres réclament non leur pension entière (car on a pu en payer une partie, le Comité ecclésiastique ayant fait passer au seul département du Var 100.000 livres d'un coup), mais le règlement de leur dû. On les prie d'attendre ; ils refusent. « Leurs ce suppôts, leurs parents, leurs amis, tous clament à d l'unisson (i) ». Il y en a qui « poussent la méchanceté d jusqu'à tendre la main aux passants et à leur demander « l'aumône »; Remarquez qu'ils ne font en somme que continuer le métier dont ils vivaient autrefois. La détresse * • — ^— ^
(i) D XIX, 81.
318 LE CLEB3É
cruelle dont ils souffrent doit retomber sur le gouvernement maudit qui en est la seule cause et hiter sa ruine.
Les plaintes affluent à l'Assemblée Nationale. Les frères convers des maisons de Marseille, à qui le Département a. donné 400 livres de pension pour chacun trouvent que « c'est insuffisant (1) ». Les Récollets de Cuers prétendent cumuler. Us touchent leur pension, mais s'indignent en même temps que la municipalité du lieu ait poussé Taudace jusqu'à « supprimer pour leur carême six quintaux de « viande et deux de morue qu'ils touchaient depuis 1663». Le plus iacheux dans toute cette levée de robes, c'est que les curés prennent parti contre l'Assemblée. A Rougiers^ canton de Saint-Maximin, le ci-devant curé Jourdan qui n'& rien perçu 4 se répand parmi les femmes des bbourenrs, € ne cesse d'alarmer leurs conscience, divise le mari d'avec € la femme, la fille d'avec le père. Réuni à un d-devant € vicaire, il ose, le 17 juillet 1791, célébrer la messe chez- « une femme (2) >. Presque tous les prêtres de cette région qui avaient prêté serment, le rétractent. Le district c les dénonce à l'accusateur public du tribunal; Taccusac teur répond qu'il n'agira qu'autant que les faits seront c nettement établis >. Les réfractaires se réjouissent de cette réponse : ils l'interprètent comme un encouragement à la désobéissance et au mépris des lois. Les liens de la discipline se relâchant, tout va à la dérive. Le curé de la Garde, aux portes de Toulon, s'occupe si peu des devoirs de sa cure a qu'il va en ville, y passe des semaines entières « (3)». Maintes fois des personnes meurent sans sacrements. Il lit les décrets, mais « il bredouille en les lisant, y mêle « l'esprit qu'il croit avoir ; on n'entend que les gasconna- « des grossières sur lesquelles il appuie en éclatant de rire ». Le 14 Juillet 1791, il s'éclipse, pour de bon cette fois, et
(T' Arch. Nat. D xix, 48.
(21 Arch. Kal. D xix, 80.
(3) Arch. Nat. D xix, 81.