LES CONCUSSIONS DB M. DE LA TOUR
:son bénéfice. Qye ne se contente-t-il de celui-là ? Ses fonctions aussi multiples que ses titres lui donnent l'occasion de gains illicites. Intendant de Police et de Finances des Terres, Pays, Comté de Provence et Terres Adjacentes, il ne se tient pas pour satisfait. Premier administrateur de Marseille, il est l'objet des attaques les plus violentes. Parmi ceux qui les formulent, je trouve au premier rang le futur conventionnel Barbaroux, alors simple avocat, et Chompré.
Chompré accuse M. de la Tour de s'être approprié le produit de la vente des meubles de l'arsenal de Marseille ; d'avoir nommé Directeur des Fermes un escroc, Rebuffel, venu pauvre à Marseille, enrichi en peu de temps. Ce Rebuffel, M. de la Tour l'a fait successivement acquéreur d'une partie de l'arsenal, entrepreneur des chemins, ponts et chaussées de la ville et du terroir. Lui-même s'est fait architecte, maçon. Aucun métier ne lui a paru indigne pour amasser sa fortune qui fait scandale. Chompré accuse «encore M. de la Tour d'avoir gagné des sommes immenses sur l'approvisionnement inutile décidé par la Communauté en 1783. Vainement l'intendant essaye-t-il de rejeter les torts qu'il ne peut nier sur un comparse. Le comparse ne peut lui répondre puisqu'il est mort. Mais, qui ordonnait, qui signait, qui ratifiait les actes passés à ce propos, qui ^autorisait les comptes trésoraires de la ville? M. de la Tour, et M. de la Tour seul.
L'accusé, d'ailleurs, ne se trouble pas. Sa sérénité est imperturbable. Poussé à bout, convaincu jusqu'à l'évidence, il déclare qu'il ne répondra pas. Sa conscience lui suffit et 5a réputation : « On le connaît affable et de bon accueil y>. Que peut-on demander de plus? Si la moindre plainte le disant parvenait jusqu'au ministre, le ministre la renverrait à M. de la Tour, et, M. de la Tour, se jugeant lui-même, ne pousserait pas la candeur jusqu'à se condamner. D'ailleurs, n'a-t-il pas su capter la confiance du Tiers Etat de la Province ? Le Tiers n'a-t-il pas tout récemment décerné aine médaille d'or « à son ami de quarante années? 3>
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Du premier Président l'accusation de concussion et de rapine retombe sur les conseillers et atteint la coiiipagin tout entière. En 1777, on s'est aperçu tout à coup qum h palais de justice d'Aix menaçait ruine. Un architedey Ledoux, est mandé de Paris. Il prépare les devis, évalue b dépense à 1.200.000 livres. Les Etats de Provence s'eng»* gent pour 400.000 1. ; le Roi promet le reste. Mais il ne fkut prêter aux promesses royales qu'une confiance des plus limitées. Le palais est commencé. L'adjudication en a été faite à Mignard, beau-père d'un conseiller. Rapide* ment les devis s'élèvent à trois millions. Or, le conseiller en question est un des puissants du jour. C'est celui4à qui est devenu député aux Etats Généraux et que nous avons retrouvé commissaire du roi, en 1790 (1).
Mais les réclamations s'élèvent de toutes parts. Les VIgueries d'abord, puis les communautés poussent des cris de détresse. Comment ! La Province est surchargée d'impôts à ce point qu'elle ne peut plus les payer ; le roi est obligé de lui faire de fréquentes remises ; cette année (1789), les récoites sont mauvaises, les oliviers ont gelé; tout le monde crie misère et famine, et le Parlement, sans Sie préoccuper de la désolation générale, gaspille dies sommes immenses dans le seul but d'enrichir quelques* uns des siens !
Les VIgueries et les communes ont beau se lamenter» M. de la Tour seul pourrait arrêter ce scandale. Comment le ferait-il, si lui-même en a donné l'exemple?
Au-dessous du Parlement vient la Cour des Comptes;. Leurs attributions sont tellement mêlées, l'endroit préds où finit le pouvoir de celle-ci, où commence la compétener
(i) D'André de Bellevue, ministre de la police sous Louis XVIIL