‹ Les débuts de la Révolution en Provence, 24 janvier, 1789-30 september, 1791Chapitre 15 sur 155 · LE COMITJÈ DE CORRESPONDANCE · texte numérisé non relu

LE COMITJÈ DE CORRESPONDANCE

-et qui les empêche d'avoir une influence égale sur tous. Les « cités » qui ont un député aux États Généraux « correspondent avec lui et se « dirigent d'après ses conseils ». Ces députés sont incapables de leur en donner de mauvais. Mais ils ne voient pas les intérêts locaux d'aussi près que les commissaires; en second lieu, ces avis donnés ^ tantôt par un noble, tantôt par un curé ou un membre «des communes ne sont pas toujours les mêmes, et rien « n'est plus capable de troubler Tordre général qui doit « être uniforme et dirigé du même centre et de la même « manière ». Et les Commissaires ajoutent : « Il serait « désirable que MM. les Députés de Provence n'eussent « de relation qu'avec nous à ce sujet et qu'il établissent -a: un Comité de correspondance avec nous que nous ^ sollicitons depuis longtemps sans que nous ayions € encore pu l'obtenir. Ce serait le seul moyen de générait liser nos opérations et de pouvoir nous diriger d'après « la sagesse de vos principes et de votre expérience pour ^ le gouvernement (i) ».

Les Commissaires avaient la vision nette de ce qui leur manquait pour exercer une action décisive sur l'esprit des communes quand ils sollicitaient des Députés aux Etats- Généraux l'établissement d'un Comité de correspondance. Renseignés de première source sur tout ce qui se passait à l'Assemblée, ils n'avaient qu'à transmettre les lettres reçues aux communes impatientes. Leur autorité croissait d'autant que derrière eux on aurait senti la main de quelque député influent. Dans cet espoir ils s'étaient adressés à Mirabeau. Mais leur déception avait été complète. Mirabeau, perdre son temps à une correspondance qui ne lui aurait laissé aucun répit ! 11 avait bien d'autres projets

(i) Arch. des B« du Rh. C, 1381. Lettre à Caraman, 2} Sept. i789«

en tête. Dans les quatre registres (i) où a été recueillie la correspondance des Députés avec les Commissaires, le nom de Mirabeau apparaît deux ou trois fois au début, puis s'éclipse pour ne plus se montrer. Les Commissaires, désabusés, frappèrent à une autre porte. Bouche les entendit et, d'abord, se prêta de bonne grâce à leur requête. Mais, au bout de trois mois, les rapports se tendaient, et, vers la fin de Septembre, Bouche demandait qu'on le remplaçât.

Je n'accuse pas, je constate seulement. De part et d'autre, l'irritation nerveuse est pour beaucoup dans les aigreurs et les malentendus qui se multiplient. Députés et Commissaires sont surmenés par leur manière de vivre. La vie que Bouche mène à Versailles est presque incroyable. En séance de huit heures du matin jusqu'à trois heures de l'aprèsmidi, de cinq heures à minuit le plus souvent, il n'a pas même le temps de « vaquer à ses affections de famille »• Quand il rentre de l'Assemblée dans sa petite chambre de la rue Royale, exténué de fatigue, brisé par les émotions qu'il a ressenties, surtout par l'énergie qu'il déploya jusqu'au • 14 Juillet, il ne peut prendre un moment de repos. Il faut qu'il écrive le résultat de la journée en Provence, car il sait qu'on attend là-bas. Puis, il est nommé membre de la Commission des Trente pour la Constitution du Royaume. Voilà qui va parfaire sa nervosité. A-t-il le temps de peser ses mots, de chercher ses tours de phrase ? En conscience, on ne peut lui tenir rigueur si dans ses lettres l'expression laisse parfois à désirer ou si la syntaxe n'est entrevue qu'à des distances peu parlementaires.

La question d'argent vient par surcroît augmenter les difficultés. Depuis qu'il est un des Trente, Bouche se trouve en vedette. On le choisit « pour point de mire » en Provence. On lui adresse, ce qui est louable, une multitude de projets où les âmes généreuses prophétisent la régénération du pays*

' (i) Arch. des B. du Rh. C, 1380, 1381, 1382, 1383.

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