‹ Les débuts de la Révolution en Provence, 24 janvier, 1789-30 september, 1791Chapitre 19 sur 155 · LE COMITÉ DE CONSTITUTION · texte numérisé non relu

LE COMITÉ DE CONSTITUTION

du département de Test de la ci-devant Provence, et il est à croire que les députés provençaux professent la même indifférence pour Chateaubriand ou Quimper-Corentin. Il y nurait donc eu dans cette disposition d'esprit réciproque un gage à peu près assuré d'impartialité de chaque côté de l'Assemblée, si l'Assemblée avait décidé sagement que les députés ne seraient pas à la fois juges et parties dans leurs causes. Que le Comité de Constitution les priât de comparaître par devers lui pour formuler leurs désirs et leurs vœux, rien assurément de plus légitime et qui dût moins prêter à la critique. Que le représentant de. telle ville fît valoir auprès de lui les raisons qui militaient pour qu'il fût attribué à cette ville le siège d'un district ou d'un tribunal, c'était là son droit absolu, sauf au Comité à en délibérer par la suite et à prendre telle décision que sa conscience lui dicterait en même temps que les intérêts plus ou moins puissants de telle ou telle localité. — Mais convoquer les députés de chaque province, remettre entre leurs mains la division de leurs départements et districts respectifs, leur dire bien haut ou leur faire savoir tout bas qu'on s'en rapporterait à ce qu'ils auraient arrêté, en ne se réservant que le moins souvent possible et comme par crainte de froisser leurs susceptibilités, de revenir sur leurs décisions et de les corriger lorsqu'elles auraient paru entachées trop manifestement de l'esprit de parti, voilà qui était imprudent, injuste et dommageable pour tous. Le Comité de Constitution amoindrissait son caractère, diminuait volontairement le rôle imposant qu'il eût dû jouer. 11 avait l'air de se dérober aux obligations qui naissaient de ses fonctions mêmes; il semblait se réserver le droit de dire plus tard aux collègues qui auraient conseillé tel partage ou dicté tel choix, si le partage avait excité des troubles, si le choix avait amené des querelles entre la ville désignée et sa voisine moins heureuse : «Je n'y suis pour rien; c'est vous qui -« l'avez voulu ». — La Comité avait, ce semble, une autre conduite à tenir. C'était, après avoir entendu les députés,

de recueillir les mémoires des villes, d'écouter les récriminations ou les plaintes des citoyens qu'elles envoyaient à grands frais à Paris pour y plaider leur cause; puis, de préparer un décret et de le soumettre à l'Assemblée sans qu'il fût permis aux députés de la province intéressée de venir à la tribune appuyer ou combattre les conclusions du Comité et de s'y faire l'écho des passions mesquines ou des haines étroites de villages. En vain aurait-on argué de la liberté de la parole et du droit qu'a tout mandataire de défendre ses mandants. La liberté de la parole n'avait rien à voir ici, puisque les députés avaient tout loisir d'exposer leurs griefs devant le Comité ; quant au droit de défendre ses mandants, il rencontrait forcément une limite dans le devoir impérieux qu'avait le Comité de défendre ceux qui n'étaient pas représentés.

Les Députés provençaux répondirent donc à son appel, mais leurs divergences furent telles qu'on dut aller aux voix ; ce vote démontra nettement que l'esprit de tolérance dont chacun se targuait n'était encore qu'un vain mot. Les mêmes députés qui, au moment des grandes crises, oubliaient généreusement sénéchaussées et bailliages, se laissèrent aller aux compétitions les plus misérables lorsqu'il s'agit de leur clocher.

Les Députés de la Sénéchaussée d'Aix votèrent pour qu'il n'y eût en Provence qu'un seul département; leur ville en devait être tout naturellement le chef-lieu. L'énormité de cette prétention fait douter de la sincérité de ceux qui réminent ou dénote le plus déplorable des aveuglements. Peut-être les Députés d'Aix n'ont-ils voulu que donner un gage de bonne volonté à leurs mandants ; ils ne pouvaient guère, ce semble, compter sur le succès de leur proposition et ils prévoyaient bien qu'elle serait rejetée sans plus ample examen. La Provence formant un seul département ! Mais alors à quoi bon cette révolution qui était en train de s'accomplir? Pour le plaisir un peu puéril de changer les noms, tout en laissant subsister les

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