‹ Les débuts de la Révolution en Provence, 24 janvier, 1789-30 september, 1791Chapitre 20 sur 155 · DOLÉANCES DES DÉPUTÉS DE MARSEILLE · texte numérisé non relu

DOLÉANCES DES DÉPUTÉS DE MARSEILLE

abus et ceux qui en vivaient? Car il est évident qu'un seul chef-lieu à Aix aurait rendu aux administrateurs de cet immense département le pouvoir de l'ancienne Intendance. Ce pouvoir eut été sans doute partagé entre plusieurs, mais le despotisme n'en eût pas moins existé, plus dangereux seulement à cause de son anonymat, chacun des administrateurs pouvant rejeter sur son collègue la responsabilité des décisions arbitraires prises en commun. La tentative des députés d'Aix ne doit donc pas être prise iiu sérieux. — Plus défendable, moins illogique était la demande des Députés de Marseille que leur ville et son terroir fussent distraits de la Provence, pour former un département. Le rapport du Comité leur fut contraire et l'Assemblée Nationale confirma ce rapport par un décret qui obligeait la Ville de Marseille à faire partie d'un des trois départements que formerait la ci-devant Provence.

Le décret rendu, il fallut entendre à nouveau ces députés sur la formation des départements. Le Comité de Constitution les réunit dans une seconde conférence contradictoire le 1 8 Janvier 1790. Les Députés de Marseille y apportèrent leurs doléances et développèrent les motifs de leurs prétentions (i). Jamais Marseille n'avait fait partie de l'administration provençale ; « suivant son titre d'annexé à cette (( province, elle ne lui avait été unie que comme un tout à « un autre tout et sans lui être subalternée ; c'était en vertu a de ses pactes qui ont subsisté jusqu'à ce jour que Mar- « seille avait de tout temps une administration supérieure <i. et indépendante. Remarquez, disaient-ils, que cette <L antique prérogative de Marseille n'a jamais été un vain « privilège de concession, mais bien un droit constant et <t sacré, dérivant d'un titre primordial de souveraineté, « conservé par des conventions sociales et politiques, res- « pecté et juré par tous les rois ; que la Provence a vaine- « ment tenté d'étendre sa domination sur cette ville ; que

I (i) Arch. nat. D. IVbis, 5,

a toujours elle a été ramenée à des principes de justice par « les lois des contrats et par le gouvernement chargé de « les maintenir, et qu'elle a vu ainsi dans tous les temps a ses prétentions condamnées et ses espérances déçues »,

Les Députés marseillais ne se méprenaient pas sur le succès qui attendait leur tentative. Se pourrait-il que, dans un temps où l'on détruisait tout privilège, on en conservât un et qu'on fit pour Marseille une exception ?... 11 est plus sensé de reconnaître qu'ils plaidaient ici le plus pour le moins et qu'ils espéraient, en cédant sur ce point après une résistance honnête, finir par arracher quelque concession sur un autre.

Ils demandèrent en effet que, puisqu'on avait adopté la division en deux départements du territoire qui s'étendait au sud de la Durance et du Verdon, Marseille fût placée dans celui de l'Est. On lui aurait adjoint les anciennes Vigueries de Toulon, Hyères, Brignoles, Barjols et Saint-Maximin.De la sorte, on aurait eu un département fort bien composé, comprenant toute la côte provençale ou à peu près, et les ports marchands et militaire. Quant aux Vigueries de Grasse, Draguignan et Lorgues, l'Assemblée Nationale les aurait réunies au département du Nord.

Vouloir unir Draguignan et Grasse au département du Nord était une chimère. Les Alpes de Provence et les rivières qui en descendent le témoignaient assez. Les montagnes séparent en effet ces deux villes de Castellane qui en est la plus voisine, et le Verdon au cours mouvementé oppose une seconde barrière à leurs rapports. Cette double réunion atteindrait-elle d'ailleurs le but poursuivi par les Députés de Marseille ? Le département du Nord en recevrait-il, comme ils le prétendaient, un surcroît appréciable de population, de commerce et de richesse territoriale ? — De population ? Oui, sans aucun doute; de richesse territoriale ? peut-être. Quant à s'imaginer que le commerce en deviendrait plus florissant, c'était une erreur manifeste. Il eût fallu corriger la nature, tracer des

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