ÉTAT DU DÉPARTEMENT DU VAR
y est mince, les transports se faisant presque tous par mer. Mais si une guerre survient et que le cabotage soit interrompu, un roulage continuel ravine les chaussées : « Leur aire, détrempée par les eaux pluviales, n'offre plus < (\ue des gouffres de boue où disparaissent les chevaux, 41 les voitures, et jusqu'aux conducteurs (i) d.
On sent les conséquences de cet état : les communes du tlaut département ne communiquent avec celles du Sud que 4L par des chemins capillaires d. A voir a leur tortuosité, 4: leur escarpement, leur peu de largeur, on croirait qu'un « génie malfaisant a voulu retrancher ce pays contre les 4 approches du commerce et de l'aisance qui en est la suite. 4: Quelques bêtes à bât conduites à la file y entretiennent ^ à peine un chétif colportage des objets de premier besoin. 4 Aussi la moitié des champs reste inculte et la population 4C décroissante s'affaiblit chaque jour par l'émigration 41 dans les contrées plus méridionales ». Cet état lamentable a été soigneusement entretenu par la criminelle insouciance -des Etats de Provence, ce Soumise à la taxe commune pour 4: la construction et l'entretien des routes, cette contrée 4t n'a jamais pu obtenir le moindre subside pour réparer « ses imperceptibles sentiers ». On s'explique alors avec quelles difficultés le Comité de Division doit être aux prises quand il s'agit de partager ce nouveau département. S'il répartit les faveurs administratives sur les localités de la -côte, il ruine celles de la montagne. Il est donc forcé de multiplier les districts, puisque les communications entre eux sont si peu favorisées. Il en crée neuf : Toulon, Grasse, Hyéres, Draguignan, Brignoles, Saint-Maximin, Fréjus, Saint-Paul et Barjols (lo Février 1790). Mais, quand il s'agit de désigner le chef-lieu du département, tant d'intérêts se heurtent, tant de protestations s'élèvent que le Comité db Division de veut pas prendre sur lui d'avantager telle ville au détriment de telle autre. L'Assemblée Nationale
(i) Arch. nat. AD xvi, 78.
renvoie la question aux électeurs du Var. Les Electeurs se réunissent, discutent trois jours durant, sans pouvoir parvenir à s'entendre. Lassés eux-mêmes, ils déclarent s'en rapporter à l'Asemblée Nationale.
La question est épineuse. Quatre villes se disputent l'honneur du chef-lieu : Draguignan, Brignoles, Grasse et Toulon. Draguignan et Brignoles déclarent qu'elles «doivent « profiter l'une et l'autre du Directoire. Grasse demande <r l'alternat. Elle soutient en faveur de ce système que si la <r présence de l'administration ne seconde pas les villes de a l'intérieur du département, on aura donné un régime « moins favorable que l'ancien (i) ». — Quels sont les droits de Grasse ? Elle a un commerce a: étendu d, 15000 habitants, ce qui est quelque chose. Elle avance que, si on repousse sa demande, elle se dépeuplera ainsi que les « campagnes qui l'environnent ». N'est-elle pas la deuxième « ville du département? Rien ne peut l'indemniser des « pertes qu'elle a subies si elle n'obtient pas l'alternat du « Directoire avec la ville de Toulon i>. Grasse est logique dans ses revendications. Elle ne peut réclamer pour elle le siège inamovible du Directoire, sa position géographique le lui interdit. Elle ne peut non plus arguer de sa population. A ce point de vue, Toulon l'emporte encore sur elle. Elle se tire donc d'affaire en demandant l'alternat.
Malheureusement, Grasse avait contre elle le Comité. Le Comité pensait avec sagesse que les moindres inconvénients de cet alternat seraient ceux du transport continuel « des <r papiers, de la caisse du département et la suspension des « fonctions des employés » qu'une administration aussi considérable devait toujours emmener avec elle. A ces inconvénients « se joindraient les dépenses des divers « établissements dans chaque ville, des domaines natio- « naux qu'on y réserverait, dont on voudrait empêcher la « vente pour les affecter à cette destination, les frais que
(i) Arch. parlcm. Séance du 4 Sept. 1790. Disc, de Gossin.