LE NOMBRE DES DISTRICTS DANS LE VAR
de la justice, ailleurs qu'à Barjols. Dans cette supposition, que gagneraient Saint-Maximin et Cotignac à être séparés de Brignoleset Aupsde Draguignan ? On observera peut-être que si le district de Barjols est supprimé, Rians, Ginasservis, Saint-Julien et la Verdière se trouveront trop éloignés de Brignoles. Mais ces trois cantons sont peu importants et leur position par rapport à ce chef-lieu serait encore plus favorable que celle de Saint-Tropez, de Gassin et de Ramatuelle par rapport à Draguignan.
Essayerait-on de former un cinquième district et de lui donner pour chef-lieu Saint-Maximin ? — -. Dans ce cas, il faudrait réduire ceux de Brignoles et de Toulon et les composer de telle manière que leurs inquiétudes en seraient éveillées. On détacherait de ce dernier district Cuers, le Puget, Pierrefeu et Collobrières ; or, les vœux et les intérêts de ces localités les lient à Toulon de la manière la plus intime. D'autre part, on devrait séparer aussi de Brignoles, Signes et la Roquebrussanne. On nuirait encore à ces deux communes ; on porterait un plus grand préjudice à Salernes qu'il faudrait absolument séparer de Draguignan. — Un cinquième district blesserait donc toutes les convenances, sauf celles de la ville privilégiée. Et encore, pour la servir avec succès, on substituerait à d'anciennes relations des liaisons nouvelles dont le premier désavantage ce serait de <L nécessiter de plus fortes contributions ».
Pour tous ces motifs, les Commissaires se prononçaient de préférence en faveur de 4 districts. Le district de Toulon comprendrait, en plus de son territoire actuel, celui d'Hyères, sauf les cantons deCarnoules et de Forcalqueiret. Le district de Grasse engloberait Saint-Paul, le canton de Fayence pris dans la subdivision de Draguignan, et le canton de Callian, pris dans celle de Fréjus. Le district de Draguignan absorberait celui de Fréjus avec Aiguines, Aups, Bauduun et Regusse pris à Barjols. Enfin le district de Brignoles s'arrondirait de celui de Saint-Maximin et de ce qui resterait du canton de Barjols. Par l'effet de cette
circonscription nouvelle, Toulon et Brignoles comprendraient chacun 143 électeurs, Draguignan 137, Grasse 136, L'affouagement du premier serait de 337 feux i /4, du second de 329, du troisième de 313 3/4, et celui du dernier de 310 1/4. Les Commissaires n'atteignaient pas sans doute par ce système à une égalité absolue. Mais ils en approchaient du moins, autant que le leur avait permis la nature des lieux. Ces in:galités même qu'ils n'avaient pu faire disparaître n'étaient qu'apparentes ou fondées sur la raison et la justice.
Prenons par exemple le district de Toulon. Il est tout à la fois dans cette hypothèse un des plus peuplés puisqu'il a 143 électeurs et le plus imposé, puisqu'il contribue pour 337 feux 1/4. Mais sa dépense pour son administration particulière et pour son tribunal étant plus forte que celle des autres districts, puisque juges et administrateurs doivent y jouir d'un traitement plus considérable, il est aussi raisonnable et juste de lui attribuer un peu plus de ressources. Celui de Grasse est le moins peuplé, puisqu'il n'a que 1 36 électeurs, et le moins imposé, puisque son affouagement ne va qu'à 310 feux. L'inégalité disparaît encore si l'on veut observer que les terres des ci-devant privilégiés ne sont point portées sur l'affouagement qui a servi de base aux Commissaires.
La suppression des districts désignés procurait au département une économie appréciable de 125.000 livres par an. Elle opposait le moins d'obstacles possible à la tenue des Assemblées électorales de département, car les quatre chefs-lieux de cette division nouvelle étaient en état de recevoir et de loger leurs 559 électeurs. La bonne composition des tribunaux était en même temps facilitée ; les charges particulières d'administration et de justice réparties sur un plus grand nombre de contribuables en devenaient plus légères.
Tous ces avantages réels auraient-ils suffi par eux-mêmes pour faire adopter le projet et par le Directoire du dépar-
LE DÉrAETEMENT DES BASSES-ALPES C3
tement et par TAssemblée Nationale ? II est permis d'en douter. Jamais l'Assemblée n'eut donné son approbation à un projet qui favoriserait Toulon, la ville des émeutes. Mais. les Commissaires, en gens avisés, s'étaient appliqués à annihiler l'influence toulonnaise. Dans le projet élaboré par le Comité de Division, le district de Toulon comptait 103 électeurs ; à elfe seule la ville en fournissait 59. Elle était donc maîtresse des élections, puisqu'elle avait une majorité minime mais assurée. Le projet des Commissaires renversait la proportion. La campagne disposerait de 86 électeurs sur 143.
En outre , une foule d'avantages politiques devaient résulter de cette égalité de population et de contribution. Chacun des quatre districts prendrait un intérêt égal à l'administration générale du département. L'égalité de représentation aux Assemblées électorales en donnant à chacun d'eux l'influence à laquelle il avait droit entraînerait probablement pour chacun d'eux aussi l'égalité de représentation tant aux Assemblées administratives qu'à l'Assemblée Nationale. Fallait-il compter pour rien la bonne harmonie qui en résulterait entre ces districts ? Parfaitement égaux en droits, en intérêts, en représentation, n'ayant plus aucun sujet de méfiance réciproque, ils auraient désormais les mêmes raisons pour viser au bien commun d'un département à la direction duquel ils pourraient participer d'une manière égale.
Ce projet fut adopté par l'Assemblée du Directoire du Département le 29 septembre 1790. Seul, M. de Baux déclara faire les plus formelles réserves. — L'Assemblée Nationale le vota à son tour.
La division du département des Basses-Alpes en cheflieu et districts offre un caractère tout particulier. Dans les Bouches-du-Rhône, la lutte a été circonscrite entre deux
villes ; la question des districts est devenue subsidiaire, et tout rintérêt est allé au duel sans merci engagé entre Aix et Marseille. Dans le Var, l'intérêt est déjà plus partagé, car cinq villes se disputent les districts avec des chances à peu près égales. Mais si notre curiosité a été sollicitée, si nous avons suivi et noté avec un certain plaisir toutes les phases de la lutte, au fond nous étions tranquilles sur son issue. Nous sentions qu'alors même que Marseille aurait le dessous, elle n'en recevrait pas pour cela un coup mortel et que les bénéfices de son commerce immense lui permettaient de dédaigner les minces avantages pécuniaires que lui aurait valus la présence des autorités constituées ; que, dans le Var, la proximité plus ou moins grande de la mer des villes de Brignoles, Draguignan et Grasse, assurait à chacune d'elles quelque participation au mouvement et au trafic qui ne manquent jamais de s'opérer par les côtes et qu'elles en retireraient sinon la richesse, du moins l'aisance. — 11 en va tout autrement dans les Basses-Alpes. Ce malheureux département se débat contre tous les désavantages. Les montagnes le couvrent : « presque toujours « nues, blanches de neige en hiver, brûlées en été par des- « chaleurs torrides, gercées de vallées de pierres, de ravins « d'érosion, semées de roches blanchâtres qui sortent, <3C comme des ossements, d'un lambeau de sol végétal où « languissent des buissons, quelques fleurs et des arbres « rabougris, couvertes de talus d'éboulement et de traînées « de blocs descendus des côtes effondrées sous le poids « des neiges, sous la foudre, sous les pluies d'orages, ces « montagnes forment un effrayant désert : c'est le Sahara « sans le soleil d'Afrique, avec les neiges de la Sibérie ». Seule la vallée de la Durance, à laquelle il faut joindre quelques parties des vallées de TUbaye, de la Bléone et du Verdon, témoigne d'une certaine fertilité. Quelques oliviers apparaissent çà et là dans de maigres herbages. Toute la ressource des habitants consiste dans les pâturages naturels des montagnes. — La conclusion s'impose d'elle-même :