THORAME BASSE, ENTRECASTEAUX, GRIMAUD
les paysans se chargent de le rappeler à Tordre. Le Maire d'Entrecasteaux écrit à Aix : <t 11 est d'usage que nous « allions chercher le lieutenant de juge pour ouvrir le € conseil. Nous ne le ferons pas ; nous serions hués et 4f peut-être pis(i) ». Pis, c'est le réverbère, et à défaut, le premier arbre venu.
Le Maire laisse donc faire le peuple, comme à Thorame Basse, où il arrache les carcans de la prison seigneuriale (2); comme à Entrecasteaux (3), où il enlève le banc du Seigneur, à l'église, et le remplace par le banc municipal. A Grimaud, le peuple ose s'attaquer à M. de Castellane; il entend que le banc du marquis disparaisse, qu'on fasse faire des chaises et qu'on les afferme. Le Maire qui prévoit le conflit, qui connaît le caractère du Seigneur et craint tout de sa violence, a essayé, sous maint prétexte, d'en retarder l'éclat ; « les affaires pressantes ne nous permet- « tent pas de nous en occuper [du banc] ; puis la paroisse « est trop petite et ne peut contenir le nombre de chaises « voulues D. Le peuple finit par s'impatienter et le requiert de faire assembler le conseil. 11 faut bien s'exécuter. Le Maire ordonne donc qu'on sorte de l'église le petit banc de M. de Castellane, car M. de Castellane en a deux : le grand « tient cinq à six places de bancs ordinaires ». Le Maire le relègue à « un enfoncement dans les arceaux laté- « raux de la nef ». Le peuple l'apprend. 11 pénètre la nuit dans l'église et met le banc en pièces.
Mais ce qui contribue le plus à entretenir la discorde, c'est que le Maire doit compter non-seulement avec les privilégiés, mais aussi avec les membres de son Conseil.
(i) Arch. des B. du Rh. C, 1382.
(a) Arch. des B. du Rh. C, 1383 (3) Arch. des B. du Rh. C, 1383.
90 LES MUNICIPALIT]£s
Un pouvoir sorti de la même urne entre en lutte avec le sien. Le dernier officier municipal est féru de son titre et entêté de sa dignité nouvelle. La plupart du temps, il a été nommé par les ennemis du Maire ; sa pensée exclusive sera de le trouver en faute, de lui faire quitter la place, s'il le peut. Les décrets de l'Assemblée nationale en main, il l'épie et le contrôle. Le Maire, qui se sent surveillé, s'observe tant qu'il peut. Mais avec un règlement nouveau, en présence de prescriptions dont on n'a pas eu le loisir de pénétrer suffisamment l'esprit, il est bien difficile, pour ne pas dire impossible, d'être impeccable. Or, à la plus légère défaillance, l'officier municipal se plaint d'être lésé dans ses droits et en écrit aux Commissaires des G>mmunes (i). Si le Maire, par exemple, décacheté les paquets administratifs hors du conseil, voilà la guerre allumée. Le Maire exaspéré s'affirme despote et agit comme tel. A Châteaudouble(2), « le Procureur de la Commune, Audibert, « veut parler. Le Maire lui impose silence. Le Procureur « lui lit l'article du décret où il est dit qu'il doit être admis « à chaque séance du conseil général et entendu. Le Maire « lui réplique qu'il ne veut pas absolument qu'il parle 3>. A Tarascon (3), il agit comme si son conseil n'existait pas. Seul il répond aux compliments que les différentes communautés de la ville adressent aux municipaux suivant l'usage. 11 parle en son nom privé, passant sous un silence dédaigneux ses collègues présents. Seul il donne des ordres à la milice nationale, seul il écrit à ses commandants. Seul encore il désigne les ouvriers de la ville, indique les réparations à faire aux bâtiments publics et dont l'entretien reste à la charge de la commune. Et si par hasafd ses collègues offensés lui déclarent qu'ils veulent bien le reconnaître « pour chef, mais non comme supérieur i>, en homme
(i) Arch. des B. du Rh. C, 1383. Ollioules, 26 Mars 1790.
(2) Arch. Nat. Div. 66.
(3) Arch. Nat. Div. 16, I 417.