LA TYRANNIE DES MAIRES
à qui échappe cette subtilité de raisonnement, il leur demande avec arrogance de quel droit ils viennent chez lui sans qu'il les ait fait mander.
Faut-il parler des Maires qui érigent leur caprice en droit et appliquent le « sic volo, sic juheo >, avec une désinvolture sans pareille ; du maire de Rognes ( i ), qui casse de son autorité privée cinq notables le lendemain de leur élection et convoque une nouvelle assemblée pour qu'il soit pourvu à leur remplacement ; — du maire de la Fare qui « met une petite diligence à nommer un procu- « reur de la commune d [11 faut dire qu'il a ses raisons, le procureur en fonction étant son beau-frère et trouvant, paraît-il, la place aussi honorable que lucrative (2)]; — du maire de Draguignan « refusant de prendre jour pour le « serment civique (3) »? Quelques-uns, mais plus rares, affichent pour le régime nouveau un insultant dédain, s'oublient même jusqu'à l'outrager. A Bourbon (4), le sieur Saint-Michel « dit en pleine séance que les décrets de « l'Assemblée Nationale ne sont pas les siens, qu'il ne « veut pas les reconnaître ici ni qu'ils s'exécutent J). Celui des Martigues (5) renchérit encore. Louis Puech proclame avec emphase « que le serment civique est une « talonade et qu'un verre d'eau fait plus de bien que tous « les décrets du monde d. Or, l'Assemblée Nationale, quoique armée contre ces malappris, ne prend aucune mesure. Le mépris public combat pour elle. A ne parler que de ce Puech, chacun sait que c'est te un fripon », et que depuis son entrée à la mairie, la commune « est « endettée de neuf mille livres qui sont passées on ne sait « où ».
(1) Arch. Nat. D xvi, 16, 1.^417.
(2) Arch. des B.-du-Rh. C. 1383.
(3) Arch. Nat. D iv, 66.
(4) Arch. Nat. D iv, 1 6,1. 417.
(5) Arch. Nat. D. iv, 20, 1. 418.
92 LBS MUNICIPALITES
Il ne faut pas cependant que le Maire s'imagine en imposer toujours avec son despotisme, ni que les conseillers fassent trop durer leurs querelles. Le paysan n'a pas entendu les nommer les uns après les autres pour qu'ils emploient tout leur temps en discussion sur la place d'un banc ou l'à-propos d'un carillon. La suppression des honneurs aux ci-devant, leur attribution aux nouveaux Maires, passe encore ; mais enfin ce n'est pas là le dernier mot des réformes. 11 convient d'aborder enfin les questions brûlantes. La commune doit s'occuper sans délai, et toutes affaires cessantes, des travaux indispensables à faire sur son terroir ; donner du pain à ses habitants et à bon marché ; veiller à ce que les deniers communs soient à l'avenir gérés avec une économie plus sévère. Voilà le meilleur des programmes municipaux. Si les paysans ont raison de tenir à ce qu'on l'exécute, on va en juger.
Cabasseest dans la Viguerie de Brignoles. Depuis 1750, elle demande qu'on reconstruise un pont sur la rivière d'Issole. A cette époque, le vœu de la commune fut pour la première fois consigné dans le cahier de l'Assemblée de la Viguerie et présenté par ses chefs aux Procureurs du Pays. Pendant trente huit années, les Procureurs dédaignèrent de donner suite à ce vœu. Le 21 Mai 1788, ils déli-, bérèrent enfin qu'il y avait lieu de reconstruire le pont ; ils désignèrent même 1.200 livres à prendre sur les fonds imposés dans l'Assemblée des Vigueries. Le 14 Mai, l'ingénieur se rend sur les lieux pour lever les plans. Ces démarches, l'annonce des travaux prochains firent croire que Cabasse allait enfin se voir rendre justice. La communauté se trompait. La visite de l'ingénieur n'était qu'une formalité dilatoire. En août, les consuls se plaignirent à la Viguerie. On ne leur répondit pas. Us en référèrent aux