LE CAS DE CABASSE
Procureurs. Les Procureurs firent savoir qu'ils prenaient TafTaire en main. Puis on n'en reparla plus.
En mai 1789, quand la Viguerie s'assemble, le député de Cabasse met de nouveau l'affaire sur le bureau. Une nouvelle délibération est prise. On fera une seconde descente sur les lieux pour s'assurer une fois de plus que la reconstruction du pont s'impose. Mais on n'en fait pas davantage. Les consuls se tournent alors vers les Commissaires des Communes. Pourquoi les laisser ainsi dans l'embarras ? D'où vient cet étrange parti-pris ? Comment ? Les pouvoirs publics reconnaissent le bien fondé de leurs doléances et ils restent impassibles ? t)e quel nom appeler leur conduite? Inertie ou crime? — La route de Cabasse à Carces qui traverse l'issole, est « essentielle au « commerce du pays ; il y a là des matières premières en « abondance pour les tanneries et les fabriques de soie ». Les consuls ajoutent que la communauté paye à la Viguerie 390 livres par an pour l'entretien des chemins. En prenant pour moyenne les quatre dernières années, sur 1 560 livres que Cabasse a versées à la Viguerie, celle-ci a dépensé : en 1789, 34 livres; en 1788, 100 livres; en 1787, rien; en 1786, rien. « Du moment qu'elles ont des « fonds, pourquoi les Vigueries n'établiraient-elles pas <i dans tous les cantons des ateliers publics pour la « reconstruction et la réparation des routes, afin d'avoir <ic le moyen d'occuper utilement les pauvres gens auxquels « la cherté des denrées et le défaut d'ouvrage pourraient « bien servir de nouveaux prétextes pour s'agiter? 3)
Cette petite commune, isolée dans la montagne, offre un exemple de ce que peuvent la maladresse et l'avidité du plus fort. Que la Viguerie veille avec un soin jaloux sur la gestion financière des communes de son ressort, qu'elle contrôle leurs dépenses et prévienne leurs dilapidations, c'est son droit et son devoir. Elle est la première intéressée au bon emploi de leur argent. Bien géré, elle paie facilement les charges ; dans le cas contraire, elle risque d'en
pâtir. Mais que, sur le plus mince prétexte, elle s'immisce dans la vie municipale, la suspende à son gré, bride les officiers des communes, les empêche d'étayer un pan de mur qui menace ruine ou les fasse attendre un demisiècle pour leur délivrer en bonne et due forme un arrêté qui permette de bâtir un pont, c'est faire par plaisir du despotisme administratif, le pire de tous.
Faut-il s'étonner que les municipalités impatientées prennent des arrêtés d'allure extravagante, d'apparence révolutionnaire ? Elles ne peuvent guère faire autrement. Elles comprennent fort bien qu'elles commettent des illégalités, elles en gémissent, mais s'y résignent. Elles cèdent la mort dans Tâme, sous la menace populaire, mais elles cèdent. On les en a blâmées, bien à tort. Il ne faut point leur reprocher les fautes commises, mais leur savoir gré de n'avoir commis que celles-là, d'avoir, sinon tenu tête à la populace irritée de tant d'atermoiements, au moins rusé avec elle, certaines qu'il y allait de leur tête à ce terrible jeu, et qu'elles étaient perdues le jour où leurs commettants s'apercevraient qu'ils étaient leurs dupes. A chaque instant, ce sont de nouveaux assauts à supporter^ des exigences subites à satisfaire. On leur pose ce dilemme : ou vous soumettre ou vous en aller. Nous vous avons choisies pour nous délivrer de toute servitude, a: Nous ne « voulons plus tenir même par le plus petit bout à la « chaîne féodale ». — Le plus petit bout, le dernier qui reste à couper, c'est l'impôt qu'il faut payer encore, le plus impopulaire de tous, le droit de piquet.
En général, les officiers municipaux ne demandent pas mieux que de soulager le peuple. Ils n'ont guère été élus qu'en se déclarant bien haut les ennemis jurés de toutes charges. Une fois aux affaires, si leur conscience n'a pas fléchi et que leurs sentiments soient demeurés les mêmes^ ils comprennent aussi quelle responsabilité pèse sur leurs épaules et risque de les écraser. Volontiers, s'il ne dépendait que d'eux, ils aboliraient le piquet de la farine qui