‹ Les débuts de la Révolution en Provence, 24 janvier, 1789-30 september, 1791Chapitre 4 sur 155 · LES PRIÈTENTIONS DES PRIVILÉGIÉS · texte numérisé non relu

LES PRIÈTENTIONS DES PRIVILÉGIÉS

que son vote eût été noyé dans les votes réunis des deux premiers ordres ?

Le Tiers avait donc pour lui le bon sens et le bon droit. Pourtant, avant même qu'il s'assemblât, il ne voulait guère s'en prévaloir, mais seulement donner « à ses frères aînés » une leçon de délicatesse. Sans doute il avouait s*être abstenu d'user dans les Etats précédents de son droit imprescriptible ; il n'y avait envoyé que peu de représentants eu égard à son importance numérique. Mais il n'entendait pas qu'on^ conclût de là qu'il avait abdiqué ses très légitimes prétentions. Il était simplement honnête et ne voulait pas, dans sa bonne foi, abuser de son nombre si l'on en venait k voter par tête. Naïve candeur singulièrement méconnue ! Quoi ! Malgré les iniquités dont elles étaient victimes depuis tant d'années, malgré les lacérations constantes de cette charte que tous les rois de France avaient solennellement juré d'observer en arrivant au trône, malgré les impositions accablantes sous lesquelles elles pliaient : créations arbitraires de charges qu'il fallait ensuite racheter par des abonnements répétés, taillons, fouages, subsides et tant d'autres qu'elles payaient avec une inébranlable fidélité, ces communes oubliaient tout quand le Roi-Comte leur faisait appel. Elles accouraient, prêtes à se saigner encore, à rouvrir, s'il en était besoin, leurs vieilles veines taries, protestant mieux que par des motstie leur dévouement à la patrie française, et comment leur répondaient les privilégiés ? En leur déniant le droit de voter ces impôts qu'on allait lever brutalement sur elles ; en prétendant, eux qui ne payaient rien ou à peu près, imposer leurs volontés à elles qui payaient tout, étouffer les réclamations qui pourraient se produire sous le vote d'une majorité trois fois plus forte. Si le Tiers eût subi ces prétentions, c'en était fait pour cette fois encore de tout espoir de délivrance. Jamais, ou de longtemps au moins, il n'eût pu dévoiler les iniquités commises qu'il importait de mettre au plus tôt en lumière pour que le redressement s'en imposât.

Ce n'est pas tout. On allait envoyer des députés aux: Etats-Généraux : les Etats de Provence, composés commeil a été dit, tenaient ce mandat entre leurs mains. La Provence pouvait-elle avoir la moindre confiance dans les^ opérations auxquelles ils allaient se livrer ? Ils se préparaient à exercer « Pacte de juridiction le plus solennel et <c le plus important ». Mais puisque le Tiers déniait aux: députés des ordres privilégiés le caractère de représentants du Pays, pouvaient-ils donner à d'autres ce caractère qu'ils n'avaient pas ? Le vice de leur origine ne suivrait-il pas partout les nouveaux députés, « en infectant toutes les 4i opérations qui seraient. faites concurremment avec eux « (i)? »

Rien n'était plus sage que ces réflexions. Le bon effet qu'on attendait des Etats-Généraux dépendait uniquement des dispositions de ceux qui allaient les composer, et <( l'acquiescement nécessaire de la nation aux délibérations d qui y seraient prises ne pouvait être que le résultat de <i la confiance qu'elle placerait dans ses mandataires ». Comment pourrait-elle avoir confiance en eux si elle ne les avait pas librement choisis et si l'élection des citoyens préposés à la dénonciation des abus était présidée et faite par ceux-là qui avaient intérêt à les perpétuer ?

C'est d'après ces motifs que le Tiers dirigea sa conduite. Le 28 Janvier 1789, il refusa de coopérer avec le cierge et la noblesse à la vérification des pouvoirs des députés. C'eut été de sa part jouer un rôle de dupe que d'y consentir ; « sans puissance pour juger les élections des « autres, il leur permettait de se prononcer sur les

(i) Arch. des B. du Rh. C, 1380. Les Vigueries à Necker, 24 Février

Page 1