LES MILICES ARMÉES
résister à des gens armés ? Car les milices ont des armes. Elles ont mis du temps pour en arriver à leurs fins ; rien n'a lassé leur persévérance, et elles ont su déjouer toutes les ruses imaginées par l'Etat pour ne pas se dessaisir des armes requises. Une fois en possession de leurs poufs et panaches, sans oublier les bannières remises en grande pompe, elles pensent tout naturellement aux fusils. Qui en délivre ? L'Etat. Qui représente l'Etat ? Caraman. Elles s'adressent à lui. Mais le vieux soldat entrevoit le danger. Sans doute les milices ne lui demandent des armes qu*à titre précaire; elles les lui rendront sans faute quand l'ennemi ne sera plus à craindre. Caraman sceptique en réfère à Saint-Priest, et Saint-Priest répond qu'il serait abusif de forcer l'Etat à fournir des armes et des munitions à chaque commune. « Si les municipalités en veulent, qu'elles « en achètent ! » 11 avait ses raisons pour parler de la sorte. Le commandant de Colmars, M. de Jouan, avait « prêté « des armes » aux habitants. Quelques mois se passent ; un jour, il s'avise de les leur redemander, « le garde-maga- « sin en étant comptable ». Le Maire de Colmars, sans plus d'affaire, répond simplement « qu'il ne les rendra « pas y>.
Repoussées par Caraman qui s'abrite derrière Saint- Priest, les communes s'adressent aux Commissaires. Que répondre ? Ce qu'ils disent au Maire de Signe, « à « savoir que la persuasion est la meilleure arme (i) ». Tous ne seraient peut-être pas d'accord avec eux sur ce point. Le roi vient de sanctionner la loi martiale. La persuasion suffirait-elle pour faire exécuter cette loi-là? Les Commissaires cherchent donc d'autres arguments. « Il est <3C peu probable que les magasins du roi leur donnent tant « de fusils à la fois ». — « Qu'à cela ne tienne! Nous les « prendrons en détail ». Et la difficulté est résolue. — Aîguines (2) leur fait observer que ce la troupe armée refuse
(1) Arch. des B.-du-Rh. C. 1383.
(2) Arch. des B.-du-Rh. C. 993, 6 Dec 1789.
« le service ». Les Commissaires répliquent par leur éterofit argument : attendez le nouveau Directoire. — Tout ceci me semble peu logique. Il ne fallait p^ créer des milices i mais, puisqu'on les a créées, il faut les armer.
L'irrésolution, la défaillance viennent d'en haut. Partout on en subit les conséquences. Le Maire de la Bastidonne se plaint a qu'un lieutenant de le garde bourgeoise « ne veut pas monter la garde à son tour, et que ses € hommes font comme lui(i) ». Il demande si on peut leur infliger une amende. — Réponse des Commissaires) : <i Vous ne devez infliger des punitions qu'avec ménage- «. ment dans les temps difficiles où nous sommes». — La difficulté des temps> que de défaillances morales ne couvre-t-elle pas ? A Gemenos (2), les milices refusent de prêter le serment décrété par l'Assemblée Nationale^ « Faites d'abord prêter le serment à ceux qui y consen- « tent ; puis constatez le refus des autres, déclarez-les « indignes de servir la partie et prononcez contre eux les « peines du règlement ». Le règlement ? Mais c'est celui que les Commissaires ont imaginé et il n'est pas bien féroce. Dans l'espèce, voyons ce qu'il prescrit : faire \m verbal, mais n'y incriminer personne et attribuer seulement ce manque de formalité à un défaut de comparution aux jour et heure assignés. Mais où la pusillanimité passe toutes les bornes, c'est quand cette même autorité termine ainsi sa lettre : « 11 n'est pas besoin pour faire son devoir « d'ajouter les formes extérieures à un serment déjà pro- « fondement gravé dans le cœur de chaque citoyen ». Pourquoi alors l'avoir décrété?
Les milices se savent donc toutes puissantes et le font sentir. Quelles raisons ont dicté leur création? Celles deprêter main-forte aux autorités pour la perception des impôts, pour
(i) Arch. des B. du Rh. C, 1383.
(3) Arch. des B. du Rh. C, 1381.