LA DISCIPLINE
]a libre circulatioa des grains et farines, (décrets des 26 «ptembre et 5 octobre 1789), pour le maintien de la tran- •quilité publique. A cts articles, les milices en ajoutent d'autres de leur façon. A Estoublon, près Digne, elles emprisonnent trois notables, malgré les prières de leurs capitaines. Pourquoi? Parce que les notables, chargés de porter leurs doléances à la Sénéchaussée, avaient brûlé le cahier à leur retour. A ChafiFaut, elles vont trouver le :seigneur, le contraignent de faire des quittances pour ce <]ui lui est dû et de payer la taille d'un an pour tous les contribuables. A Aups, elles font signer un placet à l'Assemblée Nationale pour lui représenter que la commune jî'a pas à racheter les droits féodaux, « attendu que le fief c n a été inféodé qu'au premier titulaire et à ses enfants ^ mâles. Or la ligne masculine de cette famille est éteinte; « le nouveau titulaire n'a plus aucun droit, il n'est pas « seigneur ».
11 est certain que le paysan, une fois entré dans la milice, n'écoute plus son chef, celui qu'il a choisi ou que d'autres lui ont imposé. A lui n'en revient pas toute la faute. Dans la plupart des compagnies se sont glissés d'anciens mililitaires qui entendent faire observer par ces novices la discipline rigoureuse qui règne dans une troupe régulière. Ils se trompent d'époque et de milieu. Pourquoi forcer ces ^ens à venir chaque jour à la parade? Le soldat peut le faire, c'est son métier; le paysan vit d'autre chose (1). Le journalier « qui revient le soir de sa journée désirerait « qu'on lui permît de se délasser un moment et surtout « de souper. On le contraint de venir pendant une heure, €l droit sur une place, exposé au froid, pour attendre que « chaque volontaire qui doit composer la garde soit ren- ^ du ». — De ces exigences naissent des émeutes. Les désertions aussi se font plus nombreuses. Ce système de rigueur ne valant rien pour retenir les recrues, peu à peu
(i) Arch. Nat. D. iv, 20. Salernes (Var).
on glisse jusqu'à la répression. A Camps, le lo mai 179a, les Maire et officiers municipaux avertissent par écrit les trois capitaines de la garde nationale d'avoir à assembler leurs compagnies pour prêter le serment. Au jour dit, <r cinq ou six lieutenants, sous-lieutenants et sergents se « rendent à Theure indiquée sur la place » ; mais il n'y a pas un soldat (i). 11 est sept heures du matin. On se disperse pour aller appréhender les retardataires. A midi, « orr «, a pu réunir péniblement douze hommes )).Les capitaines* donnent leur démission. Le 26 avril 1790, les municipaux de Correns, Viguerie de Brignoles, écrivent : « Nos « milices sont tombées dans une défection presque entière.. « La dernière convocation que nous avons faite de la nôtre « nous a pleinement convaincus que vouloir la rassembler* « encore serait produire un simulacre dangereux et ridicule « à exposer... Ce serait hasarder notre autorité et celle des « officiers de la troupe (2) ». — Ce ne serait pas lar hasarder ; elle n'existe plus.
L'Assemblée Nationale est sans doute au courant de cette dissolution qui menace les milices, car le 12 Juin 1790elle rend son décret sur la garde nationale. Elle croit prévenir toutes les difficultés et ne réussit qu'à en susciter de^ nouvelles : ce Nul ne peut servir dans la garde nationale,. c( dit-elle, sans avoir la qualité de citoyen actif». La contribution directe qui décide de « l'activité » a été certaine* ment fixée à une somme fort modique. Cependant, ua grand nombre <( d'hommes honnêtes, industrieux, vont « être privés de ce titre par l'impuissance de payer ». J. F. Lieutaud, Commandant de la garde nationale de Marseille,, s'exprime ainsi : « Elle compte dans ses bataillons ua
(i) Arch. des B. du Rh. C, 1383.
(2) Arch. Nat. D. iv, 66, Var.