‹ Les débuts de la Révolution en Provence, 24 janvier, 1789-30 september, 1791Chapitre 6 sur 155 · LE SYNDIC DU TIERS · texte numérisé non relu

LE SYNDIC DU TIERS

tions dont un pouvoir jaloux les avait tenus si longtemps éloignés ? Le Syndic seul pouvait édaîrer leurs consciences ; le Syndic, c'était <c l'âme du Tiers ». Dans les discussions difficiles qui ne manqueraient certainement pas de se présenter, lorsqu'il y aurait une résolution importante à prendre, à défaut du Syndic, le Tiers allait donner le spectacle d'opinions divergentes, disons le mot, d'anarchie lamentable dont les privilégiés ne manqueraient pas de tirer parti et de se réjouir.

Le Tiers en référa aux Commissaires du Roi, et les Commissaires du Roi, après avis longuement pris et m^ûre délibération, accordèrent le Syndic demandé. Mais en même temps, ils lui interdirent l'entrée aux séances. Le Tiers réclama de nouveau, sans se lasser. Les privilégiés déclarèrent alors « qu'on pouvait après tout laisser à ce Syndic « l'entrée aux états, mais qu'il faudrait lui opposer un Syn- <( die nommé par les deux premiers ordres ». C'était un piège nouveau tendu à la naïveté et à l'inexpérience du Tiers. Les premiers ordres ne pouvaient avoir sérieusement besoin d'un Syndic. Mais la présence de ces deux représentants d'intérêts si opposés devait donner lieu à des contestations de chaque minute, donc à des plaidoieries interminables qui lasseraient l'Assemblée entière et « embarrasse- « raient sans cesse la marche des affaires ». L'obstruction en serait parfaite et aurait pour résultat immédiat de faire révoquer, comme une « concession meurtrière », le rétablissement du Syndicat.

La seule solution possible d'une situation aussi embrouillée et aussi tendue qui ne pouvait se prolonger indéfiniment, c'était l'ajournement de l'Assemblée. D'ailleurs un point était acquis ; les communes avaient consenti les impôts royaux. Les Commissaires du Roi sus-

pendent donc les Etats jusqu'au lo Mars. On signifie à chaque député individuellement la suspension des Etats et en même temps on annonce, non une Assemblée générale des trois ordres comme le demandait le Tiers par la bouche de Mirabeau, mais des Assemblées de chaque ordre pour la députation aux Etats-Généraux. C'est l'aveu implicite que la nation doit être enfin consultée et que Ton « ne peut traiter sans son concours des objets majeurs ». Les « dépositaires des intentions du Roi faisaient donc le « premier pas vers l'exécution d'une chose juste et « indispensable (i) ».

* Mais en même temps, et pour prévenir toute manœuvre ennemie, le Tiers envoyait à Paris une commission formée des députés de la Ville d'Aix afin de représenter au Roi et à Necker combien une Assemblée générale des trois ordres était indispensable. 11 écrivait en même temps à Monsieur, Comte de Provence, au Ministre Villedeuil, au Maréchal de Beauvau, et les priait avec instance de vouloir bien appuyer sa démarche. Enfin il nommait, pour veiller pendant la suspension des Etats, une commission permanente de quatre membres avec ordre de résider à Aix et d'y entretenir la correspondance nécessaire avec les Ministres, les Communautés de Provence et les Députés eux-mêmes.

Peu après Necker répondit. Il promettait aux communes de mettre sous les yeux du Roi leurs justes plaintes ; annonçait que Sa Majesté allait autoriser dans tout son royaume et particulièrement en Provence des tenues d'Assemblées légales pour la députation aux Etats ; leur demandait de s'en reposer sur sa justice ; sollicitait de leur prudence, comme un service personnel, d'attendre que leurs réclamations fussent portées au pied du trône par leurs députés aux Etats-Généraux, et leur représentait toutes ces concessions comme autant de sacrifices à la paix publique.

(i) Arch. des B. du Rh. C, 1380. 6 Fév. 1789.

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