LA CONTRIBUTION DU QUART DU REVENU
honneur, ils auraient « donné ouverture à une foule d'in- € justices partielles )^, et livré â l'arbitraire de quelques communes le sort d'une imposition que la loi avait déclarée la propriété de toutes.
En août 1791, toutes les liquidations étalent terminées et les impositions mises en recouvrement d'après les anciennes formes, mais en distinguant par états séparés celles des six derniers mois de 1789 et celles de 1790, puisqu'elles avaient en effet une destination différente.
C'était un succès en somme, et on en avait grand besoin, car, tandis que les dons extraordinaires affluaient à l'Assemblée Nationale, la Provence semblait se désintéresser de toute offrande. Non qu'elle fut moins patriote que les autres provinces françaises, mais elle avait éprouvé tout récemment des pertes énormes par la mortalité de ses oliviers et les inondations de la Durance, et sa misère était si profonde qu'elle lui interdisait de suivre les élans du zèle généreux « qui l'avait distinguée dans tous les <t temps y>.
Une occasion s'était offerte de réagir contre son indifférence apparente. Par deux décrets, les 26 septembre et 2 octobre 1789, l'Assemblée Nationale avait voté la contribution du quart de revenu. Il fallait à tout prix trouver les cent soixante millions d'extraordinaire que demandait Necker pour 1789 et 1790. Necker, en les demandant, profitait habilement de la popularité qu'il avait acquise et l'Assemblée Nationale était non moins habile que lui quand elle présentait au public son projet cornme émanant d'un financier patriote et qui avait quelque peu souffert pour la liberté.
Mais était-il bien sage de compter sur le patriotisme « pour vivifier les finances de l'Etat », surtout d'employer
21rl: LES FINANCES
pour cet impôt à peine déguisé le mot de « contributions? On avait beau faire : une contribution, toute patriotique qu'elle fût, était toujours une contribution, et par cela même devait produire sur les esprits un effet fâcheux, car elle éveillait Tidée d'une obligation à laquelle il était impossible de se soustraire. Les Commissaires des Communes avaient beau dire « que l'Assemblée Nationale comptait « sur la loyauté et la générosité française pour ne pas souc( mettre à des perquisitions l'exactitude des déclarations « des contribuables (i)». Us reconnaissaient par là même que le rendement de ce nouvel impôt était peu sûr. Us annonçaient, il est vrai, que l'Assemblée Nationale « avait <L autorisé le gouvernement à traiter avec des compagnies « de finance pour obtenir des avances sur son produit d, et affirmaient que <r des sommes considérables avaient été ce versées dans les coffres du roi sur l'assignation de ce « même produit». 11 leur paraissait impossible qu'on ne dégageât pas la parole des Représentants du pays.
Les communes provençales firent la sourde oreille. De bonne foi on ne peut guère leur en garder rancune. On leur avait si souvent tendu la main avec des paroles engageantes, en essayant de les émouvoir au nom des intérêts du roi ! Les Commissaires des Communes ne se découragèrent pas. Ils avouaient que la contribution nouvelle était lourde, le peuple exténué, mais que cette demande de fonds était vraisemblablement la dernière et qu'elle ne semblait pas au-dessus de ses forces. Que de circonstances plaidaient en sa faveur ! la longueur du terme accordé pour son entier payement et qui faisait qu'elle n'était plus que la contribution du huitième du revenu, puisqu'on avait deux ans pour s'en acquitter ; la faculté de payer en trois termes; le long intervalle d'un payement à l'autre, intervalle qui atteignait douze mois; la facilité de s'acquitter de quelque façon qu'on l'entendait, en argent, vaisselle,
(i) Arch. des B. du Rh. C, 1383, 23 Dec. 1789.