‹ Les débuts dramatiques de Victor HugoChapitre 8 sur 12 · I. — Amy Robsart et Leicester selon l'histoire · texte numérisé non relu

I. — Amy Robsart et Leicester selon l'histoire

AmyRùbsart a réellement existé. Elle était la fille de sir John Robsart. Née en 1532, elle devint la femme de Robert Dudley ; le mariage eut lieu le 4 juin 1550 au palais royal deSheen(Surrey). Les deux époux avaient l'un et Tautre 18 ans. Lorsque Elisabeth monta sur le trône d'Angleterre (lo58j, Robert Dudley devint favori de la reine et prit bientôt une grande influence à la cour. L'historien .\sbmole, que Walter Scott cite dans l'Introduction de KenUworth, dit formellement : « On pensait et racontait communément que, s'il eût été célibataire ou veuf, la reine eût fait de lui son épiiux (l). »

Le 8 septembre 1560, la « première comtesse de Leicester », qui vivait alors, loin de son mari, au manoir de Cumnor, à trois milles d'Abingdon, fut trouvée morte dans sa maison. Ashmole expose qu'on avait d'abord essayé de l'empoisonner, et qu'ensuite on s'était décidé à l'assassiner ; les meurtriers l'avaient étranglée, puis précipitée du haut en bas d'un escalier de deux étages, et elle s'était rompu la colonne vertébrale. L'affaire fut étouffée. Mais parmi les gens de l'époque, personne ne doutait que la comtesse n'eût péri d'une mort violente et préméditée. Et comme cet événement survenait d'une manière « si opportune » pour servir les ambitions de Leicester, la rumeur publique attacha les plus noirs soupçons, a the most f'iul suspicions », à cette mort subite. On en fil remonter la responsabilité au comte lui-même. C'est celle tradition que Walter Scott, guidé par Ashmole, a suivie (2). Après le meurtre d'Amy, la liaison de

(1) Introduction to Kenilworth (1831).

,2) Depuis le roman de Walter Scott, l'histoire d'Amy Robsart a donné lieu à plusieurs études, publiées de ISoO à 1886. Voir \^ Grande Enojclopédie, article sur Amy Robsart, bibliographie.

Leicesler et d'Elisabeth put s'afficher publiquement ; mais Elisabeth n'en resta pas moins pour les Anglais la « vierge-reine ».

II y eut réellement des fêtes au château de Kenihvorth, en l'honneur d'Elisabeth, au mois de juillet 1575. Elles furent d'une extraordinaire splendeur. Robert Laneham a laissé de ces fêtes une relation à laquelle Walter Scott renvoie le lecteur (chap. xxx-xxxi). C'est le 9 juillet au soir que, selon Walter Scott luimême (chap. xxx), Elisabeth arriva à Kenihvorth. Notons cette date : Elisabeth, née en 1533, avait alors, tout comme Leicester, dépassé la quarantaine. Walter Scott a donc commis un anachronisme en faisant des fêtes de Kenilworth un événement contemporain de la mort d'Amy ; mais, en somme, c'est bien autour de l'époque de celle mort, c'esl-à-dire autour de l'année 1560, que se groupent les péripéties principales du roman, et l'auteur a pu très légitimement nous montrer Leicesler et Elisabeth, comme je l'ai déjà dit (i), « dans tout l'éclat de la jeunesse et de la beauté. »

Le 22 septembre 1576, mourut à Dublin le maréchal d'Irlande, Walter Devereux, comte d'Essex. Le comte de Leicester passait pour être l'amant de la comtesse d'Essex, la belle Lettice Knullys ; et le bruit courut qu'il avait fait empoisonner le comte d'Essex. Mais ce bruit paraît sans fondement. Quelques mois plus tard, Leicester épousasecrètementla belle veuve(1578); au mois d'août 1579, Elisabeth apprit ce mariage, et alors eut lieu la scène d'effroyable colère que rappelle M. Paul Deschanel (2). Une scène tout aussi violente se produisit encore quelques années plus tard, quand Elisabeth apprit le mariage secret de son jeune favori, Robert d'Essex, avec la veuve de Philippe Sydney. Robert d'Essex avait en effet remplacé dans les bonnes grâces de la reine Robert Dudley, mort en 1588. Or, au moment de son mariage (1590), le jeune comte d'Essex avait 23 ans et Elisabeth 57, ce qui n'empêchait pas la reine de se montrer envers lui exigeante et jalouse et de lui donner des rivaux. Quelle femme !

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