LES PREMIERS CONGRÈS OUVRIERS
Nous avons vu que le Congrès de Paris de 1876 n'avait à aucun moment émis une opinion socialiste, estimant que la coopération était le seul moyen d'améliorer le sort des prolétaires.
Le Congrès qui se tint à Lyon à la fin de 1877 et continua ses séances jusqu'en janvier 1878 devait être aussi modéré que le précédent.
Cependant si les idées collectivistes n'y furent pas favorablement accueillies, il y eut un progrès sensible sur la première assemblée ouvrière en ce sens qu'une motion collectiviste y fut présentée et discutée.
Pour la première fois en France les ouvriers furent appelés à se prononcer nettement sur l'orientation qu'ils entendaient donner à leur programme politique.
Une proposition signée de MM. Dupire et Ballivet, demandait au congrès d'émettre un vœu invitant les associations ouvrières à étudier les moyens pratiques pour mettre en application le principe de la propriété collective du sol et des instruments de travail.
Après une assez longue discussion, la majorité du congrès se prononça contre cette motion, mais il est à noter que pareille proposition n'aurait même pas pu être développée à Paris, l’année précédente.
Il y avait donc un progrès très important de l’idée socialiste, et, si nous rapprochons la date de ce congrès (décembre 1877) de l'apparition de la première Egalité (novembre 1877) nous voyons que ces deux manifestations collectivistes furent absolument contemporaines.
Nul doute que la propagande de M. Jules Guesde et de
en
ses collaborateurs ne fut pas étrangère à la motion de MM. Dupire et Ballivet.
Depuis la Commune le parti radical s'était montré singulièrement prudent et circonspect, sachant que les ouvriers. qui avaient encore présente à la mémoire la sanglante répression de Mai 1871, ne viendraient que peu à peu et d'abord timidement grossir leurs rangs.
Le parti ouvrier n'existait pas alors, il n'avait pas de chef, pas de plan de campagne et cherchait encore la voie dans laquelle il devrait s'engager.
Mais un journal franchement socialiste et révolutionnaire vient à se fonder : ses rédacteurs ont un but précis, une ligne de conduite bien arrêtée : c’est le collectivisme qui seul résoudra la question sociale, et ce n’est que par la révolution que l’on aboutira au collectivisme. Et aussitôt nous voyons la nouvelle propagande porter ses fruits.
Le collectivisme ? les prolétaires ignoraient sans doute encore ce que c'était, et leurs délégués à Lyon ne devaient pas être à cet égard beaucoup plus instruits.
Mais voilà qu'un but précis leur est oïfert, et cela a suffi aux forces révolutionnaires, alors dispersées et qui n’attendaient qu'une occasion favorable pour se révéler, cela leur a suffi pour se grouper autour de ce nouveau programme.
Sans doute ce ne fut qu'une simple manifestation sans résultat pratique, mais le premier pas était fait et la voie était désormais ouverte aux révolutionnaires.
Le Congrès de Lyon, avant de se séparer, avait décidé de profiter de l'Exposition Universelle qui allait avoir lieu à Paris l’année suivante (1878) et de tenir à cette occasion un congrès ouvrier international.
Mais le gouvernement, qui jusqu'alors avait regardé d'un œil plutôt bienveillant les premières assises ouvrières, ne pouvait rester indifférent aux motions collectivistes qui s'étaient fait jour au dernier congrès, et estimant qu'il fallait dès le début arrêter cette renaissance de l'esprit révolutionnaire, il interdit la réunion de la future assemblée.
Le Comité d'initiative chargé d'organiser ce congrès était en effet composé de MM. Jules Guesde, Gabriel Deville et d'autres citoyens de tendances aussi avancées et qui, depuis plusieurs mois, ne se faisaient pas faute de prêcher