‹ Les débuts littéraires d'Emile Verhaeren à LouvainChapitre 4 sur 6 · LE POÈTE OLIVIER · texte numérisé non relu

LE POÈTE OLIVIER

Olivier, le poète obtus.

Le rimailleur hérésiarque.

Pour y pêcher des hiatus, Sur un lac, promène sa barque.

(i) Origines estudiantines, p. a4.

(a) Allusion à un séjour de Max Waller à Bonn.

Son cœur, les bêtes l'ont mangé.

Qu'en reste-t-il pour sa donzelle ?

Rien qu'un amas en vers changé.

Rien qu'im paquet de vermicelle.

Ce poète a chétif poignet.

Il se dit « bien » quand il cheville ; Il prend sa tête à la Viennet Pour la crinière de Banville,

Il a beau s'acharner, suer.

Afin de gonfler sa manière.

Et beau souffler et se piquer Une paille dans le derrière.

Son vol dans le ciel déplié

Se mesure sans astrolabes.

C'est en comptant ses doigts de pied

Qu'il attrape ses dis syllabes.

Et sa muse, chacun le sait.

Etant maigre conmae une latte, n lui fourre dans le corset Deux balles de crin et d'ouate.

Pour l'instant, aux <»des du lac Il demande l'enthousiasme, Et les flots avec un flic-flac Lui répondent par un miasme.

Il ne trouve qu'im vers pesant.

Un vers dont la ponte est un crime.

Dont les grenouilles, coassant.

En chœur, lui fournissent la rime.

Et triste, il regarde le bord Où se déploie un rang de saules.

Têtards crevés aux vents du Nord, Rongés de lèpres à leurs épaules.

Têtards hideux, bossus, tordus.

Têtards que les haches désignent...

Quelqu'un a dit : « Poète obtus.

Tiens, voilà tes vers qui s'alignent ! » (1)

Il y a aà un vers que seuls les initiés pouvaieiil comprendre : « Son cœuir, les bêtes l'ont mangé ». C'était une allusion à une pièce qui, d "après ume information de la Semaine, avait paru dlans le premier numéro du Type sous la signatume d'Olivier. Voici cette pièce •

ZOLISME

Ne cherchez point mon cœur, les bêtes Tout mangé. (Bausblairb.)

O mon cœur ! ô mon cœur ! j'ai jeté dans l'espace Ce long cri de respect, d'angoisse et de doulexir, Et l'écho de ces bois, comme une ombre qui passe. M'a répondu : « Ton cœur !

Ton cœur. Jocrisse, était pourri dans la vermine, SouiUé de fange, infâme et de vers tout chargé ; Il en venait partout, inépuisable mine. Les bêtes l'ont mangé !

Ton cœur, l'ingratitude avec ses dents cruelles S'y glissa, la sournoise, et te l'a saccagé ; Ivre, elle y promena ses lèvres sensuelles... Les bêtes l'ont mangé !

Ton cœur, tu l'as jeté comme une pourriture. Comme on jette un outil biscornu, mal forgé. Ton cœur ! qu'en as- tu fait ? une Tile pâture I Les bêtes l'ont mangé !

(i) 37 novembre i88o. Vers déjà reproduits par M. O. Thiry, daas la Miraeuiease aventure det Jeunes Belgiques, p. 388-89.

Ton cœur, don Juan, tu l'as donné comme un bavière A quelque Margoton qui l'a si bien grugé. Qu'il n'en reste plus nen qu'une intime poussière. Les bêtes Vont mangé !

Ton cœur, pauvre maudit, se décompose immonde ; L'enveloppe est tordue et le sang est figé.... Ce n'est plus qu'un débris dans les débris du m(Mide. Les bêtes l'ont mangé ! » (1)

Les admirateurs de Max Wallex (qui, outre la sigiiature d Olivier, avÉÙt déjà adopté celle de Siebel) auroat plaisir, sans doute^ à lire cet essai de jeunesse. lia apprendront peir la réplique de Verhaeren comment on discutait à Louvain ea 1880 et comment on s'y battait à coups de poèmes.

Mais les attaques ne s'en tinrent pas là ; elles devinrent de plus en plus vi>-es, et l'autorité académiqxie supprima les deux joiunaux. La Semaine mourut en février 188L Elle annonça son décès dans un faire-part encadré de noir et dont on devine le ton plaisant. Rodolphe figurait en tête des pairents de la défrmte : « Messieinrs Rodolphe, Max, Erasme, Pamphile, Bock, Montaigle, >'emo, Blokker, Georges, Marcel, Fritz, Fox, Fantasio, Sphinx, Eblay, Etienne C, la Vieille Casquette et la Vieille Branche vmiversitaire ont la profonde douleur de vous faire part de... » La pauvre petite feuille, « morte à l'âge d'un an et quelques mois », se rendait à elle-même trois hommages par le moyen des usuelles citations bibliques :

Elle a toujours combattu les Philistins. (P«. XXXIII, V, 5).

(i) 10 novembre i88o.

Elle aimait à riro et prêchait la joie. (Livre de la Sagesse).

Son cajactère était doux et son cœur large. (Cantique des cantiques).

La douce et rieuse Semaine, en s'en allant, donnait à ses lecteurs, comme un suprême adieu, cette fantaisie macabre de Rodolphe. Elle occupe ravant-demière colonne du dernier numéro. Elle nous paraît avoir dix>it aux honneurs d'une reproduction complète :

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