L'ENSEIGNEMENT DES RHÉTEURS
Ce n'est pas chez le rhéteur que se font les débuts de l'enseignement ; Fenfaiit va d'abord chez le grammaticas. 11 semble que, primitivement, les attributions de ce personnage fussent, ou déterminées d'une façon vague, ou voisines de celles des rhéteurs; car, dans Suétone, nous voyons plusieurs grammatici exercer en même temps le métier de rhéteur, ou l'adopter sans transition {de Gramm. 4? 7 ; 6, i ; 7, 3). A l'époque de Sénèque, le grammaticus fait faire des exercices variés (i) à des classes souvent très nombreuses (I Préf. 2; Quintilien 10, 5, 21) ; les principaux sont : vers à mettre en prose; petits récits; examen d'une pensée générale placée dans la bouche d'un personnage; « éthopées », où les élèves doivent faire tenir à des personnages déterminés un langage conforme à leur rang, à leur âge, à leurs passions; parallèles et descriptions de tout genre ; enfin discussion d'idées générales considérées en elles-mêmes (2) ; tout cela meuble la mémoire des enfants, avive leur imagination, les habitue « à mettre de l'ordre dans leurs idées, à les disposer en vue d'un effet, » à les exprimer dans la forme qui convient. En même temps, on les accoutume à louer ou à blâmer tel ou tel personnage, ce qui leur fait connaître un des genres d'éloquence, celui que Quintilien appelle laudatif (3, 3, 14 ; cf. de Oratore, i, 3i, 141)
(1) Cf. Jullien, op. cit. chap. VIII.
(2) N'est-ce pas à ces exercices qu'il faut rattacher le sujet bizarre, discuté à Bayeux en 1752, un jour de fête scolaire, et que signale la Revue Universitaire (i5 juillet 1901) : Ciijiis sors miseratione dignior, an Statuarii, cui abscissae manus ; an Oratoris, cui avulsa lingua ; an Pictoris, cui eruti ocuU ; an adulescentis exsurdati?
Univ. de Lille. Tr. et Mém. Dr.-Lettres.