Tome I
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et qu'on nomme plutôt « démonstratif ». Lorsque les enfants possèdent toutes les matières de ce programme (Quintilien 2, 2, i), ils quittent le grammaticas ; mais ce personnage, se rendant bien compte que toute la considération va au rhéteur, garde les enfants le plus longtemps possible {ib. 2, 2, 3) ; d'autre part ceux-ci sont évidemment d'intelligence inégale, de sorte qu'il est impossible d'indiquer d'une façon précise à quel moment ils arrivent dans les écoles de déclamation : suivant Sénèque (III PréJ. i5), on y trouve des pueri et des juvenes; suivant Tacite (Dial. 35), des pueri et des adulescentuli; c'est dire que l'âge de ceux qui y entrent varie entre douze ou vingt ans au plus, et, par suite, que l'on ne saurait admettre avec M. Jullien (i) qu'ils y arrivent vers seize ans.
Chez le rhéteur, ils commencent par traiter des Suasoriae, qui sont considérées comme plus faciles (Tacite Dial. 35) ; en effet elles se rapprochent des éthopées (2), traitées chez le grammairien, avec cette différence que l'éthopée place le personnage auquel elle se rapporte en face d'un fait accompli ou d'une résolution prise (discours du père d'Achille, quand on lui annonce que son fds est mort ; Sylla explique pourquoi il renonce à la dictature), au lieu que les suasoriae portent sur une action à accomplir ou sur une décision à prendre : elles ont, en effet, la prétention de représenter, dans les Ecoles de Rhétorique, le genre délibératif. Ce sont donc des monologues mis dans la bouche de personnages qui hésitent sur ce qu'ils doivent faire en présence de telle ou telle circonstance, ou des discours par lesquels on s'efforce de démontrer [Etymologie : suadere « persuader »] à un auditeur imaginaire la nécessité de se déterminer dans tel ou tel sens. On distinguait les suasoriae simples, doubles ou triples (Quint. 3, 8, 18-19 ; 33), selon que l'on se borne à poser la question à résoudre (Suasoriae i et 6), que l'on indique, dans la matière, une considération qui peut influer sur la décision à intervenir (Suasoriae 2-5 ; 7), ou enfin que le personnage est placé entre trois alternatives : on ne trouve pas, dans Sénèque, ce der-
(1) Op. cit., p. 189.
(2) Cf. le cours de M. Jules Maitlia, dans la Reme des Cours et ConférenceSj^ X I, p. 438 sqq.
l'enseignement des rhéteurs
nier type de Suasoria, d'ailleurs plus rare (Quintilien, 3, 8, 33) ; Quintilien {ib.) en propose le modèle suivant : « Pompée délibère s'il se rendra chez les Parthes, en Afrique ou en Egypte. » On voit quelle peut être l'utilité de ce genre d'exercices ; il donne à l'élève le sentiment des convenances oratoires, et lui rend, par suite, le même service que les discours ou les lettres à nos rhétoriciens d'aujourd'hui.
Les controverses, regardées comme plus ardues et demandant plus de réflexion (Tacite, Dial. 35), ont pour but de préparer à l'éloquence judiciaire : ce sont des cas douteux que l'on suppose soumis à un tribunal. Sénèque y distingue trois éléments primordiaux, en premier lieu les sententiae ; ce mot, qui désignait d'abord une pensée générale (Quint. 8, 5, 3 sqq.), et qui veut dire également : « pensée exprimée d'une manière brève et piquante (i) », indique ici l'opinion des déclamateurs sur la culpabilité ou la non-culpabilité de l'accusé, sur l'application au cas proposé du texte de loi exprimé, lorsqu'il y en a un. Ce matériel apporté, il faut le mettre en ordre : c'est l'objet du plan (diçisio). On y distingue les quaestiones et les tractationes. La quaestio, dit M. Emile Thomas (2), est « le point de discussion, qui -naît de l'opposition entre la thèse soutenue par l'accusation {intentio) et la thèse de la défense (depulsio). » Si l'accusation dit : « Tu as tué », et la défense : « Je n'ai pas tué », la quaestio est: « A-t-il tué?*» Dans Sénèque, souvent, la quaestio se définit pas aussi facilement ; elle est généralement, à ce qu'il semble, relative à ce qu'on a le droit de faire {licet), tandis que le domaine de la tractatio, c'est ce qu'on aurait dû faire ipportet), c'est-à-dire les considérations d'équité (cf. II 2, 5 ; 5, 16 ; VII 3, 3). La quaestio^ qui doit être très forte (II 3, i5), est soutenue par des preuves (I 5, 9) ou des témoignages (YII Préf. i) ; au contraire, le développement des tractationes varie avec chaque orateur (I 4. 6). J'ajoute que les limites entre le droit et l'équité ne sont pas toujours très exactement tracées ; le développement sur l'équité est appelé parfois
(1) V. nfra, p. 106.
(2) Cicéron, Morceaux choisis tirés des traités de Rhétorique, p. 374- — Cf. Navarre, op. cit. p. i53.
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quaestio, quelquefois pars (VII 8, 9), et telle quaestio, modifiée très légèrement, peut devenir une tractatio (II 3, i5-i6 ; 5^ i5).
Après les sententiae et la divisio restent les colores, considérations destinées à faire paraître un acte plus coupable ou moins criminel, à le revêtir de telles ou telles couleurs. Il ne s'agit plus, comme dans les sententiae, de faits positifs, que l'on présente à sa guise, pour charger ou innocenter l'accusé ; ce sont des explications que les orateurs tirent de leur imagination (Quint. 4, 2, 88), et par lesquelles ils s'efforcent de montrer sous un jour favorable les actes de leur client et défavorable ceux de la partie adverse. Ainsi, à propos du sujet Incesia de Saxo, on cherche mille raisons plus ou moins naturelles afin de prouver que, si la prêtresse ne s'est pas tuée dans sa chute, les dieux n'y sont pour rien (I 3, II): à propos de la Fille du Chef des Pirates, Pollion, qui voudrait que le jeune homme la répudiât, prétend qu elle ne l'a pas suivi par amour (I 6, 11), et, dans le développement du thème suivant, on essaye d'enlever au jeune homme la sympathie que lui vaut son titre d'assassin du tyran, en avançant qu'il avait d'abord été son complice (I 7, 17). On voit bien maintenant que le nom vient, comme le pensait Spalding (ad Quint. 1. c), de la teinture que l'on met sur la peau pour l'embellir. Il y a une couleur pour rendre compte de toutes les circonstances qui, d'après la matière, peuvent charger l'accusé; dans la Controverse 3 du Livre II, on cherche à justifier le jeune homme d'avoir imploré d'abord le père de la jeune fille séduite et celuici d'avoir si vite accordé son pardon ; dans la Controverse 7 du Livre YII, on trouvera trois couleurs séparées pour expliquer que le père ait posé sa candidature contre son fds (§ i3 sq.), qu'il soit parti pour le racheter sans consulter le Sénat (§§ iS-i^), et enfin que le malheureux général, sur la croix , ait dit aux ambassadeurs : « Prenez garde à la trahison (§ 20). » Comme la meilleure façon d'excuser quelqu'un est souvent de charger une autre personne, on comprend que, dans plusieurs Controverses, on se demande avant tout, comme couleur, s'il faut attaquer tel ou tel personnage (II i, 24; 5, 2 ; VII I, 20 ; IX i, 12).
l'enseignement des rhéteurs
Aux Suasoriae et aux Controverses, convient-il, avec Eckstein (i) d'ajouter un troisième genre d'exercices tenant le milieu entre les deux autres ? 11 s'appuie sur le texte suivant de Quintilien (3, 8, 55) : Soient in scholisfingi materiae ad deliberandiim similiores controçersiis ex utroqiie génère commixtae, ut ciim apiid C. Caesarem consultatio de pœna Théodoti ponitiir. En réalité, il s'agit de Suasoriae à sujet plus voisin des Controverses que ceux qu'on proposait d'ordinaire, et formant, en quelque sorte, la transition : le texte de Quintilien le prouve et aussi le contexte (§§ 56-57), ^^i' division qu'il indique : iitilitatis ratio, de honesto, rentre dans la division classique des Suasoriae (Quint: 3, 8, 22 sqq.), qui cherche les motifs d'agir dans le domaine de l'honorable, de l'utile ou du possible : dans les Controverses, au contraire, on considère simplement le droit et l'équité.
D'ailleurs, ce qu'il importe de bien savoir, c'est que ces trois parties séparées par Sénèque : sententiae, diçisio, colores, ne sont pas celles que l'on distinguait habituellement dans les Déclamations. Pour la diçisio, il nous en avertit lui-même (1 Préf. 22) : ce qu'il nous donne, c'est uniquement le plan que Latron indiquait avant de commencer à parler et qu'il se proposait de suivre dans son développement ; il y a ajouté celui qu'avaient adopté d'autres rhéteurs. D'autre part nous rencontrons, assez souvent, des sententiae qui sont en même temps des couleurs (v. par exemple I i, 11 et 21 ; VII I, 7 et 21; IX I, 7 et 12 ; X 5, 5 et 20). Les différentes parties entre lesquelles se répartissait le développement des controverses, nous pouvons les retrouver. En elfet, lorsqu'il parle de Passiénus (III Préf. 10), Sénèque nous signale l'existence d'un commencement (principium), d'un milieu et d'une fin. Ailleurs, nous apprenons qu'on discutait la question de savoir quelle partie du discours, la narration ou V argumentation, doit recevoir la couleur : d'après Pollion, il faut l'indiquer seulement dans la narration et la développer dans l'argumentation (IV 3, 3) ; mais il semble que les contemporains de Sénèque, malgré les sages recommandations de
(i) Lateinischer Unterricht, p. 5o3
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Pollion, la révélaient tout entière dans la narration (v. VII 2, ii Marullus. . . sic narraçit, les couleurs commençant au §10; IX 5, i4 Montanus Votienus Marcellum Marcium aiehat sic narrasse, les couleurs commençant au § 9). Sénèque est encore un peu plus précis lorsqu'il reproche à Albucius de traiter chaque quaesiio comme une Controverse : chez lui, écrit-il (VII Préf. 2), « toute quaestio avait sa proposition, son exposition, ses digressions, ses passages d'indignation et aussi sa péroraison. » Dans l'Anthologie latine de Riese (pièce 21), figure une Controverse en vers avec le titre des parties ; ce sont : Exorde {Proœmiurn). — Narration. — Digressions. — Preuve. — Exemple. — Réfutation. — Péroraison. Enfin le plan suivi par Ennodius au cours de sa Dictio 21 est le suivant : Préambule {Praefatio). — Exorde (Pinncipium). — Narration. — Objection. — Digressions. — Exemples. — Péroraison. Si nous rapprochons tous ces textes, nous arriverons à la conclusion que, dans toute Controverse, comme, en général, dans n'importe quel discours, on pouvait trouver un exorde, une proposition, une narration, une argumentation, une réfutation, une péroraison pathétique, avec, accessoirement, des digressions et des exemples. Le plan dominait l'ensemble , et les sententiae fournissaient les ressources nécessaires au développement de la narration et de l'argumentation, sur lesquelles s'étendait le voile des couleurs. C'est ce que l'on voit bien dans la seule Controverse (II 7), où Sénèque nous donne la plaidoirie complète du seul Latron, sans distinguer les parties qu'il sépare habituellement.
Les choses étant ainsi, comment expliquer que Sénèque ait adopté cette division en Sententiae, Diçisiones, Colores, qui, en apparence, ne semble pas correspondre à la pratique de la réalité ? Sans doute, on peut dire qu'il s'adresse à ses enfants, qui veulent avant tout entendre des arguments présentés de façon piquante, sous forme de traits (I Préf. 22 ; IV Préf. i ; VII Préf. 9), et qu'il songe au public, lequel s'intéressait particulièrement aux couleurs (i), comme metlaul en lumière l'imagination et l'originalité, à telles enseignes qu'il y avait sur
(i) Cf. Juvénal, (>, 279 sq. : Die Hic aliqaein, sodés, die, Qiiintiliane, coloreni^
l'knseignement des rhéteurs
cette matière des traités spéciaux, entre autres celui d'Othon (I 3, II ; II I, 33). Cependant il est difficile d'admettre que Sénèque ait adopté ce plan, sans que rien lui en ait fourni l'idée. Or la controverse, en somme, rentre dans les trois parties que distingue Sénèque; en outre, pour apprendre aux élèves les ressources de l'invention (sententiae), les rendre maîtres en cet art d'exposer les faits, où excellait Cicéron (colores), et les mettre en mesure de diviser leur discours d'une façon logique, claire et complète, la méthode la plus sûre était de leur faire étudier successivement et isolément ces trois parties ; d'ailleurs on procède d'une manière analogue lorsque l'on veut développer un sujet donné : l'on réunit toutes les idées qu'il comporte, avant de les classer dans un certain ordre et de les exposer suivant certaines tendances directrices qui déterminent le ton. D'autre part, nous le savons, l'on ne traitait les déclamations entières qu'à des intervalles déterminés et relativement éloignés (Quint. 2, 7, i cei^ta die; 10, 5, 21 certis diebus; Juvénal 7, 160-161 sexta quaqiie die; Suét. de gramm. 7 nundinis). Enfin Suétone à propos d'Antonius Gniphon, distingue dans son enseignement deux parties, apprendre à ses auditeurs les préceptes de l'éloquence et déclamer ; dès lors, on en arrivera sans doute à la conclusion que l'on enseignait d'abord aux élèves, par analyse, les différentes parties de l'art oratoire, avant qu'ils en opérassent la synthèse, qu'on se préoccupait de leur faire connaître à fond, en les séparant, les divers éléments qu'ils auraient à réunir un jour pour en former un tout harmonieux.
Gomment se développait cet enseignement préparatoire, nous n'en savons rien; nous sommes mieux informés, au contraire, pour les séances où l'on traitait les Controverses. Entrons dans une école un jour ordinaire, où le rhéteur n'a pas convoqué de grands personnages pour entendre un de ses élèves ou lui-même ; toutefois, à Latron ou à Nicétès, qui se bornent à parler sans jamais donner la parole à leurs disciples (IX 2, 23), nous préférerons un maître plus libéral ou, si l'on veut, moins sûr de lui et recherchant davantage la popularité, Arellius Fuscus ou Gestius Plus. Le rhéteur est assis dans une cathedra^ sur une estrade mobile (pulpitiim); s'il doit parler
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latin, il est en toge; grec^ en pallium (i). Devant lui sont assis (Juvénal, 7, i53 ; Pline le Jeune, 6, 6, 6) ses élèves et les autres auditeurs. Un sujet de Controverse a été proposé aux élèves, qui ont réfléchi — Sénèque nous signale les seuls Hatérius (IV Pi^éf. 7) et Argentarius (IX 3, i3), comme parlant d'inspiration — et qui ont traité la défense ou l'accusation, quelquefois la défense et l'accusation : Montanus et Vibius Rufus excusent Flamininus (IX 2, 19), qu'ils attaqueront quelques instants après (iô., 22 et 26) ; Triarius vient de montrer qu'une fillette n'a pu servir de complice à sa mère, accusée d'avoir tué son beau-fils (IX 6, 8) ; au paragraphe 9, il soutient la thèse contraire; dans cette Controverse, Sénèque cite même à la file les couleurs invoquées par Silon pour et contre la mère (i4i5). La déclamation est préparée par écrit, car Votiénus (IX Préf. i) dit : Qui declamationem parât, scribit non ui çincat, sed ut placeat. Le jour fixé pour traiter la Controverse, les élèves prennent successivement la parole. A l'époque de Juvénal (7, i53-i54; cf. Pline le Jeune, 6, 6, 6), ils lisent d'abord leur développement de leur banc, puis ils le débitent debout, sur un ton déclamatoire (S. 2, 10 ; Aulu-Gelle, 10, 19, 2) et avec des gestes appropriés : un sarcophage, actuellement au Louvre, nous montre le jeune Cornélius Statius dans l'attitude de la déclamation (2) ; mais nous ne savons si les choses se passaient déjà ainsi au temps de Sénèque.
Dès qu'un des élèves a fini de parler, le maître, toujours assis, fait ses observations, quelquefois fort dures (I 3, 10); « il signale les omissions, complète les parties traitées superficiellement et critique les endroits défectueux ; » c'est ainsi en effet que procédait, à l'égard de son petit-fils, Asinius Pollion, dont Sénèque nous dit qu'il était pour lui une sorte de professeur (IV Préf. 3 : quasi praeciperet). Vraisemblablement l'élève se défend, car les auditeurs présents interviennent : ce qui le prouve, c'est que nous voyons Latron prendre part à de véritables discussions (I 5, 9, avec Cestius ; VII 8, 10, avec Pompeius Silon); or, nous savons que, chez lui, personne n'était
(1) Jullien, op. cit. y 171-172.
(2) Boissier, Dict. Daremberg et Saglio, art. Déclamation.
l'enseignement des rhéteurs
admis à prendre la parole (IX 2, 23). En dehors des élèves, les assistants pouvaient-ils, eux aussi, traiter la matière ? Rien ne le prouve (i) ; toutes les observations placées dans la bouche des diflerents rhéteurs ont pu être faites par eux, soit dans leur école, soit au cours des discussions mentionnées plus haut : de plus, ce serait bien mal connaître les rhéteurs que de les supposer capables de fournir à un rival l'occasion de briller dans leur propre école et à leurs dépens : aussi bien les voit-on s'abstenir de donner le corrigé, par lequel il ont coutume de terminer le développement d'une Controverse, avant de passer à une autre, lorsqu'ils craignent de rester au-dessous d'un de leurs élèves, dont le succès a été vif (I i, 22) (2).
Mais, la plupart du temps, quand tous les élèves ont déclamé, au bout de deux jours (I 7, i3 ; II i, 26) ou même davantage (13, 11 illis diebus), ils prennent la parole à leur tour : ils commencent par quelques remarques préliminaires {praelocutio III Préf. 11), s'y décernant des louanges à euxmêmes {ib. 16), y raillant leurs confrères avec plus ou moins d'esprit (3) (VII Préf. 9) , indiquant le ton à prendre (S. I, 5 sqq.), ou faisant connaître d'avance, comme Latron (I Préf. 21), le plan qu'ils comptent suivre et les idées qu'ils vont développer. Ensuite ils se lèvent, au moment d'aborder le sujet (Pline le Jeune 2, 3, 2), non pour feindre l'inspiration, comme l'a supposé Chassang (4), s'appuyant sur un passage qui concerne le seul Albucius (VII Préf. i), mais simplement pour être mieux entendus. Ils commencent alors à débiter leur corrigé ; toutefois, tandis que certains pi>ofesseurs, nous apprend Quintilien (2, 6, i sqq.) développent toute la controverse, traitant les moindres lieux communs avec autant de soin qu'au temps où ils étaient écoliers, d'autres se bornent à quelques indications générales , pour les parties qu'ils
(1) Tout le raisonnement de Hess (p. i3 sqq.) repose sur un passa jçe (X PréJ. 10: Latro numquam solebat sqq.), que je regarde comme une glose et sur une confusion entre une cause plaidée réellement et les déclamations
(2) Gf. Plancus et Albucius, dans Suétone, de rhet. 6.
(3) Pour juger dans quelle mesure les rhéteurs sont spirituels, v. les passages suivants : III Pré/. 16-ûn ; IV Préf. 10 ; VII Préf. 9 ; 4, 8 ; IX 3, 14 ; X Préf. S; 10; S. I, 5 ; 6 ; 8.
(4) De corriipta sqq. p. 4i.
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estiment avoir été bien comprises, et s'étendent seulement sur celles qui leur paraissent incomplètes ou mal présentées : ainsi procédaient Albucius (VII Préf. i), ce qui ne l'empêchait pas de parler neuf heures d'horloge {ih.), ou Blandus, dans la bouche duquel, au milieu d'une tractatio, nous trouvons cette brève indication (I 8, lo) : Hic exempla. Ce corrigé était vraisemblablement travaillé avec soin; Gestius est le seul rhéteur dont Sénèque nous dit qu'il l'improvisait (IX 3, i3) ; au contraire nous savons que Latron préparait ses discours de très près (I Préf. i4, 17 r 18), ainsi qu' Albucius (VII Préf. 2) et Lindner (i) arrive à la même conclusion pour Fuscus : il semble même que certains déclamateurs donnaient trop de soin au détail (I Préf. 18), et l'on sait qu'Albucius, oubliant que les questions n'étaient qu'une partie de la controverse, développait chacune d'elles comme une controverse (VII Préf. 2).
Cependant l'auditoire écoute les discours sans interrompre (IX Préf 1), mais il ne cesse de manifester son opinion : il témoigne de son admiration par des rires approbateurs (III Préf 16; VII PréJ. 9), des cris (VII 2, 9; 4, 10), des applaudissements (II 3, 19), ou ce silence (I 7, 16), que Pline le Jeune préférait à tous les applaudissements (2, 10, 7). Le public est d'autant moins avare de ces marques d'approbation qu'il y voit un moyen d'encourager la timidité d'un débutant (IX Préf. 2 laudationihiis crehris sustinentur), et que chacun les donne, pour ainsi dire, à titre de revanche, et avec l'espérance de les recevoir à son tour. Nous ne trouvons pas de signe spécial d'improbation; mais l'habitude de louer à tout propos, que critique Votiénus Montanus (ib.), comme Quintilien le fera plus tard (2, 2, 10), était déjà si établie, les éloges étaient si communs, que leur absence suflisait à marquer la désapprobation (VII Préf 9).
Tel est le cadre où se déroulent les déclamations ; il reste à voir ce qu'on y mettait, c'est-à-dire à étudier les lois invoquées en tête des controverses, et, d'une façon générale, le droit dans les controverses, puis les sujets proposés, enfin la manière de les traiter.
(i) Dp ArelUo Fiisco sqq. p. '22