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abondance d'idées (VII i, 27), infériorité d'autant plus sensible qu'il improvisait (IX 3, i3) ou qu'il voulait parfois imiter des écrivains de génie, comme Virgile (VII i, 27), pour lequel il semble avoir eu une prédilection, ainsi que son compatriote Fuscus (v. p. i5i). Cependant ses élèves n'ont pas l'air de s'apercevoir de ces défauts, et la raison dernière de leur enthousiasme, c'est que Gestius réalise à leurs yeux l'idéal du déclamateur : il est impossible de trouver ailleurs des traits plus subtils et plus recherchés, des couleurs plus artificieuses et plus propres, par leur nouveauté et leur piquant, à soulever les bravos des auditeurs ; je ne parle pas des figures, qui sont semées à pleines mains (i). C'est là aussi ce qui a séduit l'auteur des Excerpta qui, nous l'avons vu, cite Cestius très souvent (2).
D'ailleurs Cestius ne se cachait pas de chercher la popularité. « Je sais bien, dit-il quelque part (IX 6, 12), que ce trait n'est pas à sa place ; mais il y a bien des choses que je dis, non parce qu'elles me plaisent, mais parce qu'elles doivent plaire à mes auditeurs. » Homme d'école, il le resta toute sa vie, ne plaidant pas, si bien qu'il devint incapable de répondre à une interruption (III PréJ. 16) et qu'il finit par oublier complètement la réalité, témoin les procès extraordinaires qu'il se laissa intenter par Cassius Sévérus (3) (III Préf. 17). Il semble avoir publié les discours qu'il écrivit en réponse à ceux de Cicéron (ib. i5).
Bibliographie : Lindner, de L. Gestio Pio,
M. Claudius Marcellus Aeserninus , petit -fils de Pollion , fils , sans doute , d'une fille de Pollion et de M. Claudius Marcellus, qui fut consul en 22 av. J.-C. Luimême devint préteur pérégrin et curateur des rives du Tibre. Sénèque nous apprend qu'il reçut les leçons de Pollion (IV Préf. 3), et que, encore enfant, il possédait un rare talent de })arole {ih. 4), au point que son grand'père le considérait comme l'héritier de son génie oratoire, bien qu'il eût un fils, Asinius
(1) Cf. Lindner, p. 11.
(2) V. p. 35 sqq.
(3) Cf. pp. 63 et 67.
Gallus, lui-même grand orateur : aussi bien son éloquence nous est-elle attestée aussi par Tacite (Ann. 3, ii ; ii, 6) et nous le voyons l'emporter sur Gestius dans l'expression d'une idée (S. 6, lo). Malheureusement les paroles qu'il prononce dans les Controverses ou les Suasoriae (II 5, 9 ; VII i, 5 ; 22 ; 2, 10 ; 4' I ; S. 2, 9 ; 6 , 4) sont trop brèves pour nous permettre de connaître, d'une manière exacte et complète, ses qualités et ses défauts.
Clodius Sabinus, personnage dont Sénèque nous dit seulement qu'il déclamait le même jour en grec et en latin, ce qui lui attira les railleries de Gassius Sévérus, d'Hatérius et de Mécène (IX 3, i3-i4). On se demande s'il faut l'identifier avec le rhéteur silicien Sex. Glodius, qui enseigna à Antoine l'éloquence grecque et l'éloquence latine (Suet. de rhet. 5. Gf. Gic. Phil. 2, 17, 43 ; 3, 9, 22 et ad AU. 4» i5, 2). Les dates ne s'opposent pas à cette identification, mais le rhéteur du temps d'Auguste semble avoir manqué de talent, alors qu'on admirait vivement celui de Sex. Glodius (Suétone ib.).
Clodius Turrinus le père, très riche et très haut personnage (X Préf. 16), passionné pour les déclamations {ib. i4), et avec lequel Sénèque se lia intimement pendant le séjour qu'il fit en Espagne (cf. p. 11 sq.), car Turrinus ne quitta jamais ce pays (X Préf. 16). Vraisemblablement Turrinus était le contemporain de Sénèque. Son talent, que Sénèque semble priser beaucoup {ib.), était grand et aurait été plus grand encore, si Turrinus n'avait suivi la doctrine d'Apollodore, qui lui avait enlevé beaucoup de sa force, quoiqu'il lui en restât encore assez {ib. i5). En effet, si, par prudence, il ne recherche que des couleurs faciles à faire passer {ib. 16), ses traits étaient vifs, insidieux et avaient un but {ib . i5) ; aussi donnent-ils une impression de précision et de vigueur (voir surtout X 4? 6 et 5, 2), mais de concision un peu sèche ; quelques-uns sont aussi d'une finesse un peu subtile (X 3, 9) ou touchent à l'invraisemblable (X 4» 16). En même temps que déclamateur, il était orateur ; Sénèque nous apprend que, grâce à son talent, il put relever le crédit et la fortune de
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sa maison, l'un et Fautre affaiblis durant les guerres civiles (X Préf. i6). Le fils de Turrinus, que Sénèque aimait à l'égal des siens (X Préf. i4), semble avoir eu des dispositions pour l'éloquence, mais s'être distingué surtout par une indolence, qui nous est présentée comme de la modération {ib. i6).
Cornélius Hispanus, déclamateur que nous connaissons uniquement par Sénèque, qui le cite assez souvent, mais ne donne aucun détail sur lui, nous apparaît comme un orateur de second ordre : dans ses traits et ses couleurs, il y a de la précision, de la justesse, de la force (v. I 2, 2 ; II 3, 17; VII I, 7; 6, 5; S. 2, 7; 6, 7) et même de l'éloquence (I I, 9) ; mais ces qualités sont malheureusement gâtées par l'obscurité (I 3, 5), la subtilité (14' ^ 5 22) et surtout l'outlrance (IX 6, 4). que Sénèque et ses contemporains lui reprochaient déjà (VII i, 24).
Corvus , déclamateur de mauvais goût , dirigeait une école à Rome vers 3o av. J.-C, puisqu'il y parla devant G. Sosius, qui avait triomphé des Juifs : ce triomphe se place en 34 av. J.-G. Nous ne connaissons Corvus que par Sénèque (S. 2, 21).
CrSiton (KpQtTwv), rhéteur grec qui vécut à Rome. Tout ce que nous savons de lui se tire du passage de Sénèque où il est question de lui (X 5, 21-22), d'où il ressort qu'il vivait à l'époque d'Auguste, plaisait à l'empereur, était de caractère indépendant, d'esprit fin (çenustissimus), et, comme déclamateur, adversaire déclaré des Attiques.
Damas (Aà[jt-aç), surnommé, sans qu'on sache pourquoi, Scombrus (SxoaSooç), déclamateur grec né à Tralles, en Carie (Strabon i4, 649), comme Dionysoklés, est cité ou mentionné assez souvent par Sénèque : d'ailleurs Strabon (ib.) le compte au nombre des 'pT,Tos£ç sTrtcpavelç. Dans l'ouvrage de Sénèque, il nous apparaît comme assez inégal, souvent de mauvais goût (I 4» 10 ; X 5, 21), ailleurs plus sobre (S. 2, i4) et imité même par Gestius (X 4? 21). Il semble (S. 2, i4) qu'il ait été
entendu par Sénèque, et, par suite, qu'il ait passé à Rome une partie de son existence.
Diodes, rhéteur grec, de Garyste, en Eubée, est cité par Sénèque avec les plus grands éloges (I i, 25 ; VII i, 26; surtout 18, 16 : dixit sententiam, quae non in declamatione tantum posset placere, sed etiarn in solidiore aliquo scripti génère). Les passages, assez rares, que les manuscrits nous ont conservés (I 3, 12; 8, 16; II 3, 23; 6, i3 ; VII i, 26; X 5, 26) nous permettent de vérifier qu'il est, tout au moins, plein de force et de clarté dans sa concision. Il semble qu'il n'ait pas déclamé en Italie (X 5, 26 aiunt et Dioclen Carystium dixisse).
DionysiuSf déclamateur grec, fils du Dionysius qui fut précepteur du fils de Gicéron, par suite contemporain de Sénèque, ou à peu près, est mentionné en un seul endroit (I 4? n)» comme possédant plus d'élégance que de force : c'est tout ce que nous savons de lui et nous ne pouvons même pas dire si le jugement est impartial, puisque le mot qu'il accompagnait ne se trouve plus dans les manuscrits.
Dionysius Atticus, rhéteur grec (car c'est le résumé de ses paroles que donne Sénèque), disciple d'Apollodore (II 5, II). Il semble bien, avec Blass (op. cit., p. i56) et Baumm (op. cit., p. 19 sqq.), qu'il faille assimiler ce personnage avec ce Dionysius, surnommé Atticus, que Strabon (i3, 624) nous présente comme le compatriote et le disciple éminent d'Apollodore, et avec cet Atticus qui, suivant Quintilien, fut, de tous les élèves d'Apollodore, celui qui enseigna avec le plus de zèle, en grec, la doctrine du maître (3, i, 18). Il est à remarquer que Sénèque rapporte l'opinion de Dionysius pour fortifier celle de Gxallion : il ne l'aurait pas choisie si c'eût été un rhéteur de quatrième ordre, ce qui confirme l'hypothèse. Dès lors, étant donné que la naissance d'Apollodore se place vers io5 av. J.-G. (v. p. i4o), il est vraisemblable que Dionysius est né aux environs de 80 avant notre ère. Sur les caractères distinctifs de son talent, nous avons
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le seul témoignage de Sénèqiie (ib.) ; mais le surnom du personnage indique suffisamment ses tendances générales.
Cn. Domitius Ahénobarbus, père de Néron, consul en • 32, né par suite au plus tôt vers le commencement de l'ère chrétienne, accusé en 87, mourut en ; tout ce que nous savons de lui, comme déclamateur, c'est qu'il se livra à ces exercices après son consulat seulement (IX 4» i^)-
Dorion, déclamateur grec. Sans dire, avec Sénèque, qu'il est fou (X 5, 23), ou qu'il a dépassé en mauvais goût tous ceux qui l'ont précédé (S. i, 12), il est certain qu'on remarque de l'enflure dans les couleurs que Sénèque cite sous son nom (IX I, i5; X 5, 23), même dans celles qu'il juge favorablement (I 8, 16); toutefois, l'une de celles qu'il déclare éloquentes ne nous a pas été conservée par les manuscrits (S. 2, II), non plus qu'une autre dans la même Suasoria (22). D'ailleurs Sénèque semble n'avoir connu ce déclamateur que par ouï-dire (S. i, 12; 2, 11).
Euctémon, déclamateur grec, était, d'après Sénèque, un orateur sans grand fond, mais amusant (I i, 26) et très spirituel (VII 4» 8)- Les traits de lui qui nous sont rapportés justifient cette appréciation (VII 5, i5 ; IX 2, 29 ; X i, i5; 5, 21).
Fabianus, v. Papirius.
PauUus Fabius Maximus, d'une illustre famille (nobilissimus II 4i n î cf. Sénèque le Philosophe de clem. 1, 9, 6 et Juvénal 2, 146 ; 8, i4 ; ^91)? né vraisemblablement vers 60 av. J.-C, consul en 11 av. J.-C, mort en i5 ou 16 ap. J.-C. : c'est l'ami d'Auguste, d'Ovide et d'Horace (v. Prosopogr. II 48, 38, et Tacite Ann. i, 5 éd. Andresen). Comme déclamateur, Sénèque nous dit qu'il n'était ni inconnu, ni illustre (X Préf. i3), et, de fait, il ne cite de lui qu'une seule couleur, artificielle dans la forme (II 4» i^)- Le trait de Romanius Hispon que Fabius Maximus admirait (II 4' 9) mérite d'être loué, ce qui prouve en faveur de son goût. Il
plaida souvent, car nous savons qu'il accusa Gassius Sévérus (II 4^ II) 6t Sénèque lui reproche d'avoir introduit au forum le vice dont il souffre (ib.), sans doute l'imitation de ce qu'il y avait d'artificiel dans le style des déclamations {ib. 12).
Festus, rhéteur, qui nous est connu uniquement par Sénèque (VII 4> ^"9) 6* semble avoir manqué de goût.
Plorus, déclamateur mentionné et cité uniquement par Sénèque, qui l'avait entendu directement (IX 2, 23-24); élève de Latron, il semble avoir aimé ce qu'il y avait d'artificiel dans le style des rhéteurs. Il se rapproche par là de l'historien, qui est peut-être un de ces descendants.
Fulvius Sparsus, rhéteur latin, qui tint une école, associé avec un personnage incapable (X Pi^éf. 11) ; il était en rivalité constante avec Julius Bassus (ib. 12). Il avait été entendu par Sénèque, mais non par les enfants de ce dernier, car, après avoir parlé de Sparsus et arrivant à Julius Bassus, Sénèque dit, s'adressant à ses fils : cum Basso.... quem ços qiioque aadisiis (ib.) : si celle hypothèse est juste, il faudrait placer la mort de Sparsus vers l'an i5 de notre ère. II nous est présenté comme un personnage de bon sens parmi les hommes d'école, mais comme un homme d'école parmi les personnages de bon sens (I 7, i5), parlant avec force, mais non sans une exagération (X Préf. 11), qui trahissait son manque de goût (X 4> î ^3) ; c'était un disciple enthousiaste de Latron, dont il reprenait les pensées en les revêtant de ses paroles (X Préf. 12 ; 5, 26) ; mais il n'égalait son maître que lorsqu'il le copiait (X Préf. 12). Dans les morceaux, généralement très courts (sauf X 4' 8-10), que Sénèque cite de Sparsus, ce qui frappe, c'est l'abus des oppositions, des antithèses, des membres de phrase savamment balancés. Cette recherche était, d'ailleurs, vraisemblablement, une qualité aux yeux des contemporains de Sparsus et elles ont encore séduit l'auteur des Excerpta (v. p. 36).
FuriiiS Saturninus, déclamateur et orateur (Vil 6, 22), celui qui fit condamner Volésus : iL était plus célèbre comme
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avocat que comme déclam ateur, mais simplement parce qu'il était moins familiarisé avec les exercices d'école. Sénèque ne cite de lui qu'une couleur (ih.) prononcée, à ce qu'il semble, dans une déclamation d'apparat. Peut-être Saturninus était-il d'origine grecque, puisque c'est en grec qu'est écrite la seule phrase que nous ayons de lui.
Gallion, v. Junius.
Gargonius, le même vraisemblablement que celui dont nous parle Horace {Sat. i, 2, 27), fut élève de Butéon, puis lui succéda à la tête de son école (1 7, 18) ; il a donc vécu sous le principat d'Auguste. Sénèque l'appelle le plus aimable des sots (S. 7, i4) et ne manque jamais d'accoler à son nom une épitliète injurieuse (IX i, i5; X 5, 26; surtout S. 7, i4), ou de le ranger dans une catégorie de gens auxquels il en applique une (S. 2, 16); de fait, les passages de Gargonius cités (v. les références données plus haut) justifient l'opinion de Sénèque. Il faut ajouter que cette intelligence était servie par un organe bizarre, une voix à la fois sourde et forte
Gavius Sabinus, qui figure dans quatre déclamations (VII I, 16 ; 2, I ; 6, 19 ; 21 ; S. 2, 5), semble n'avoir manqué ni de bon sens, ni d'intelligence, ni de force : d'ailleurs Sénèque note les applaudissements qui accueillirent une de ses couleurs (VII 6, 19). Il est peu probable qu'il faille l'identifier avec le grammairien Gavius, dont parle Quintilien (i, 6, 36).
Gavius Silon, déclamateur et avocat d'Espagne, vraisemblablement de Tarragone. Son talent, d'après Sénèque, est merveilleusement défini par ce mot d'Auguste, qui aimait à l'entendre parler au barreau : « Je n'ai jamais entendu de père de famille plus éloquent (X Préf. i4). » Mais les fragments que contiennent, sous son nom, quatre déclamations du Livre X (2, 7 ; 16 ; 3, i4; 4' 7 î 5, i), nous le montrent, dans les Controverses, tout à fait semblable aux autres déclamateurs, à telles enseignes qu'un grand nombre de ses traits ont passé dans les Excerpta (cf. p. 36).
Glaucippus, de Cappadoce, rhéteur grec, mentionné et cité en un seul endroit (IX 2, 29).
Glycon (rXuxwv), surnommé Spyridion (Quintilien 6, i, 41), semble avoir vécu à Rome, puisque Sénèque paraît l'avoir entendu souvent (solebat S. i, 16) ; son àx^x/j dut se placer à la fin du règne d'Auguste et au commencement de celui de Tibère, du moins si l'on en juge par les orateurs dont son nom est rapproché (cf. infra). Quintilien (6, i, 4^) raconte sur lui une anecdote plaisante qui prouve qu'il a plaidé. Gomme déclamateur, il reçoit de Sénèque tantôt des éloges (I 7, 18 ; II I, 39 ; IX 5, 17 ; S. i 11 ; 2, i4) ; tantôt des blâmes, les uns légers (X 5, 21), les autres exprimés en termes très forts (X 4? 22 ; 5, 27-28), tantôt enfin l'un et l'autre à la fois (I 6, 12 ; S. I, 16). Les passages de Glycon cités par Sénèque étant très courts, et quelques-unes des couleurs annoncées (car Sénèque ne cite de lui que des couleurs) ne se trouvant plus dans nos manuscrits (I 5, 9; S. i, 16; 2, i4), il est difficile de contrôler les jugements de Sénèque : ce qui est sûr, c'est que, avec Nicétès, Artémon, Dioclès et Hybréas, il compte parmi les rhéteurs grecs le plus souvent cités ; d'autre part certaines des paroles qu'il avait prononcées étaient célèbres (S. i, 11; 2, i4) ; enfin il est plus d'une fois imité par les Grecs (Artémon I 6, 12), comme par les Latins (Lépidus II 3, 23 ; P. Asprenas X 4» ^95 Triarius X 5, 20), de sorte que, vraisemblablement, il doit être rangé parmi les déclamateurs grecs les plus remarquables. Il semble, de son côté, s'être inspiré d'Ovide (X 4> 24-26); cela ne doit pas nous surprendre, car, non plus qu'Ovide, il ne savait se borner ; il gâtait toujours un joli trait en y ajoutant des mots inutiles et trop forts (S. i, 16).
Gorgias, rhéteur grec, dont Sénèque cite deux couleurs (I 4) 7)5 l'une comme remarquable, l'autre comme déplacée, mais agréable : aux deux endroits, d'ailleurs, le texte est tbmbé dans les manuscrits. Il s'agit là du Gorgias, qui avait été le maître de déclamation du jeune Cicéron à Athènes (ad Fam. 16, 21, 6 : erat in cotidiana declamatione utilis) ;
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mais le père, au grand désespoir du jeune homme, l'avait forcé à renoncer à des relations qui l'auraient porté vers la boisson et le plaisir (Cicéron ib. Plutarque Cic. a^). D'autre part Quintilien nous apprend que Gorgias avait composé, sur les figures de pensée, un traité en quatre livres, que Rutilius Lupus avait résumés en un ; il nous donne même quelques détails sur l'ouvrage (9, 2, 102; io3 ; 106).
GrandaÛS, déclamateur grec de l'école asiatique, comme nous l'apprend Sénèque dans le seul endroit où il parle de lui, d'après Scaurus (I 2, 23).
Q. Hatérius, d'une famille sénatoriale (Tacite Ann. 4» 6t), consul siiffectus on ne sait en quelle année (Tacite Ann. 2, 33 le nomme consulajnê, sans qu'il figure sur la liste des consuls), est mort à la fin de 26, d'après Tacite, de 24 d'après Saint- Jérôme (i); comme nous savons par Saint- Jérôme qu'il est mort presque nonagénaire, nous pouvons conjecturer qu'il est né en 63 ou 62 av. J.-G. ; il se signala, sous Tibère, par l'excès de son adulation (Tacite ib. et 3, 37 ; Suétone Tib. 27). Il perdit un fils dont il ressentit la mort si vivement, qu'il ne put jamais l'oublier, et qu'un jour, traitant une controverse, il dut à sa douleur toujours nouvelle un succès d'émotion (IV Préf. 6).
Ce fut un orateur éminent (Saint Jérôme ; Tacite Ann. 4? 61 : Sénèque IX 6, i3) ; son éloquence se distinguait par l'abondance (Tacite Ann. 4» Sénèque le Philosophe ad
Lucil. 40) et le mouvement (Tacite ib.) plus que par le travail (Tacite ib.). C'est ce que l'on notait aussi dans les sujets sur lesquels Hatérius déclamait en public, ce qu'il faisait quelquefois, mais rarement (IV Préf. 7) ; seul, il transporta dans la langue latine la facilité du génie grec , si bien qu'Auguste disait de lui, plaisamment et justement, qu'il avait besoin d'un frein (ib.). Sur tous les sujets, il trouvait des idées, des mots, des figures toujours nouvelles, mais il ne connaissait pas la mesure ni la composition et il avait
(i) On ne sait pas si c'est lui que renferme le tombeau de Q. Hatérius, trouvé sous la Porta Nomentana. Cf. Corpus VI 1426.
LES DÉCL AMATEUR S
besoin d'être dirigé (IV Pré/. 7-8) ; enfin il montrait dans les Controverses la même impétuosité (I 6, 12) que dans ses discours (cf. S. 3, 7). Mais, afin de ne pas employer de mots tirés de la langue commune^ il allait rechercher des termes tombés en désuétude depuis Gicéron (IV Préf. 9) ou recourait à des tournures ridicules {ib. 10).
Dès lors on comprend qu'il semble, comme Fuscus, avoir préféré les Suasoriae, car c'est là qu'on trouve de lui les morceaux les plus longs et les plus caractéristiques (S. 6, 1-2 ; 7, i) ; en outre, quelles que soient ses qualités, imagination (I 6, 12), qui touche d'ailleurs au bizarre (IX 6, 8), ou au subtil (VII I, 24), bon sens (X 5, 24), esprit (IX 3, i4), élégance (S. 2, i4), ses invraisemblances, que signalait déjà Cestius (IX 6, i3) et surtout son manque de mesure et d'ordre expliquent comment sa réputation est morte avec lui (Tacite Ann. 4? 5 Sénèque le Philosophe ad Lucil. 4^, 10 Q. Haterii, suis temporibus oratoris celeherrimi).
Hermagoras, rhéteur grec Gomme il était disciple de Théodore de Gadara (Quintilien 3, i, 18), dont rà>c[jt,Yi, d'après Saint Jérôme, se place en 33 avant J.-G., nous nous trouvons en présence d'Hermagoras de Temnos et non du premier Hermagoras, qui vécut dans la seconde moitié du 2"^^ siècle avant J.-G. et dont Gicéron et Quintilien parlent souvent. D'après Suidas (s. p. 'Ep[x.), il vivait sous Auguste; il prolongea sans doute sa vie jusqu'à un âge avancé, car des contemporains de Quintilien avaient pu le voir (Quintilien ib.). Il faudrait donc l'assimiler avec l'Hermagoras le Jeune auquel Maxime-Planude (Walz V 337, 23) attribue un neol TroaYaaTi^criç en un livre et Quintilien des traités de rhétorique (3, 5, i4). Ge qui est sûr, c'est que notre Hermagoras vécut à Rome et dirigea une école (Suidas l. c), où Albucius l'entendit (VII Préf. 5). Gomme déclamateur, Sénèque fait de lui le plus grand cas et lui donne les plus grands éloges (I i, 26 ; II 3, 22 ; 6, i3 ; VII 5, i4) ; il nous apprend même qu' Albucius était enflammé pour lui de la plus vive admiration (VII Préf. 5). Les mots d'Hermagoras cités dans les Controverses (II I, 39; 3, 22; 6, i3 ; VII 5, i4';,iX i, i5) décèlent en lui
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un talent singulier, que signale d'ailleurs Sénèque (II 3, 22 ; 6, i3), pour résumer les différentes faces d'une situation en quelques mots, si discrètement choisis qu'ils pouvaient échapper aux orateurs distraits.
Hybréas le Père, orateur de l'école asiatique (I 2, 28), naquit à Mylase, en Carie (Strabon i3, 63o), dans une condition très humble, vers 80 av. J.-G. ; car son àx^x/j est placée par Saint-Jérôme en 33 avant J.-C, et, d'autre part, quand le fils de Cicéron fut proconsul d'Asie, aux environs de 3o, Hybréas avait déjà un fils adolescent (S. 7, i4). Le petit héritage que lui laissa son père lui permit d'aller étudier la rhétorique à Antioche, sous le rhéteur Diotréphès, alors très célèbre (Strabon 14, 669). Il revint ensuite dans sa ville natale, où il occupa bientôt le premier rang, surtout après la mort de l'orateur Euthydémos (ib.); on trouve même son effigie sur les monnaies de Mylase. Il osa résister à Labiénus, qui, en 3o av. J.-C, à la tête des Pai'thes, envahissait l'Asie (Strabon 14, 660), ce qui l'obligea, quand Labiénus eut pris la ville, de s'enfuir à Rhodes (ib.) ; néanmoins quelques mois plus tard, rentré dans sa patrie, il résista à la volonté d'Antoine qui voulait lever de nouveaux impôts (Plutarque ^n^. 24). En même temps qu'homme politique il était avocat ; enfin il dirigeait une école de rhétorique (Strabon 14, 669). Il ne semble pas être venu à Rome, car Sénèque, à un endroit (I 2,23), le cite d'après Scaurus.
Tous ceux qui ont parlé de lui l'ont fait comme d'un homme très éloquent (Sénèque I 4^ n optime dixit ; S. 7, 14 : disertissimi viri ; Saint- Jérôme l. c. nobilissimus artis rhetoricae graecus praeceptor ; Strabon i3, 63o : 6 xaO' YijjLaç ycvo[j.£voç [xéyicjToç pTirtop ; Valère-Maxime 9, i4 ext. 2 : copiosae atque concitatae facundiae orator) : cependant on trouve chez Sénèque quelques réserves sur son goût (I 2, 23 ; VII 4> 10). Les passages conservés par les manuscrits (I 2, 23 ; II, 5, 20 ; Vil 4' 10 ; 1^ I' 12 ; 6, 16; S. 4'^) sont trop courts pour nous permettre de juger Hybréas en toute connaissance de cause ; ils montrent que les critiques sont fondées et il est vraisemblable qu'il en était de même des éloges, surtout si
LES DÉGLAMATEURS
nous songeons qu'Hybréas voyait ses traits imités par des hommes comme Arellius Fuscus (IX 6, i6).
HybrécLS, fils du précédent, n'est connu que par Sénèque
Julius BasSUS (i), déclamateur que les fils de Sénèque purent encore entendre (X Préf. 12) ; il était en rivalité constante avec Sparsus (ib.). Sénèque lui adresse trois reproches : d'abord (ib.) de vouloir imiter les habitudes du forum, auxquelles il ne connaît rien (ce qui prouve, entre parenthèses, qu'il n'avait pas plaidé), puis d'être trop amer (ib.), enfin de trop rechercher les expressions triviales (I 2, 21 ; X i, i3), ce qui lui valait des admirateurs, parmi lesquels Albucius (X i, i3), mais des critiques comme Gestius (I 3, 11). Le dernier de ces reproches est justifié par les passages que Sénèque cite à l'appui de son dire et par deux autres (IX 2, 4 ; ^ 4' 5) 5 ^ '^^ rien aperçu qui légitimât l'avant-dernier ; quant au premier, nous manquons de termes de comparaison qui nous permettent d'en vérifier la justesse. Par contre des morceaux un peu longs (I 6, 2 7 ; 7, 8-9) nous montrent en Bassus un talent oratoire réel, sinon é minent, que Sénèque n'avait pas omis de signaler (X Préf. 12).
Il semble peu probable, étant donné la tournure d'esprit du déclamateur, qu'il doive- être confondu avec le poète que mentionne Ovide (Trist. 4, 10, 47)-
Li. Junius Gallion, déclamateur romain, grand aiui de Sénèque et de toute sa famille (noster II i, 33; 5, 11 ; i3 ; 111 Préf. 2 ; VII Préf. 5 ; S. 3. 6 ; çester X Préf. 8); ainsi l'on comprend que Sénèque nous fournisse peu de renseignements sur la vie et le caractère de Gallion : il ne doit parler avec détail à ses fils que des déclamateurs qu'ils n'ont pas connus (I Préf. i). Gallion était vraisemblablement originaire d'Espagne : Stace (Silç. 2, 7, 3o sqq.) nous parle d'un Gallion né en Espagne. La date de sa naissance peut être placée vers 3o av. J. G., car Ovide, dans la pièce de condoléances qu'il lui adresse vers 14
(i) A l'Esquilin, on a trouvé une petite urne portant le nom de F.'IouXcou BàorcroLi pritopo? (Kaibel 1675) : s'agit-il de notre déclamateur ?
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ap. J.-G. sur la perte de sa femme, lui dit qu'il pourrait encore trouver le bonheur dans un nouveau mariage {Pont. 4? 21-22). Gallion fut sans doute , lorsqu'il vint à Rome, tout jeune (VII Préf. 6), recommandé à Sénèque; cette hypothèse explique pourquoi Gallion, dans la suite, adopta un des fils de Sénèque : il y fut poussé par la reconnaissance. Sitôt arrivé à Rome, il déclama (ib.) : chez quel maître , nous l'ignorons ; un peu plus tard (X Préf. 8 adulescens), il écrivit contre Labiénus une réponse courageuse en faveur de Bathylle, favori de Mécène : c'est là vraisemblablement, comme le suppose Lindner, un discours d'école, analogue à ceux que composait Cestius pour répondre à Gicéron (v. page 161). Plus tard il entendit Cassius Sévérus, sur lequel il porte un jugement très élogieux (III Préf. 2). Il ne paraît pas avoir dirigé d'école de' déclamation, car il ne nous est jamais parlé de ses élèves ; nous ne voyons pas non plus qu'il ait plaidé ; il ne paraît pas davantage s'être occupé des affaires publiques : pourtant il était lié avec Tibère (S. 3, 7) et fut sénateur (Tacite Ann. 6, 3). En i3 ap. J.-C. il perdit sa femme ; s'il eut des enfants, il dut aussi les voir mourir, car, autrement, il n'aurait vraisemblablement pas adopté le fils de Sénèque. En 32, une flatterie à Tibère, qui avait déplu à l'empereur, le fit chasser du Sénat d'abord, ensuite de Rome. 11 fut envoyé à Lesbos ; mais on jugea la résidence trop agréable et on ramena Gallion à Rome où il fut gardé à vue dans les maisons des magistrats (Tacite Ann. 6, 3 ; Dion 58, 18) ; il est à supposer que sa prison ne fut pas éternelle et s'ouvrit tout au moins à la mort de Tibère (3^). Il vécut plus longtemps que son ami Sénèque ; car c'est après la mort de celui-ci qu'il adopta son fils Novatus, qui est toujours désigné sous ce nom dans les Controverses ou les Suasoriae ; mais Quintilien, lui, fait précéder le nom de Gallion du mot pater (3, i, 21 ; 9, 2, 91). Rien ne nous autorise à fixer sa mort à telle ou telle date.
Gomme déclamateur, Gallion cet mis par Sénèque au premier rang, dans le premier quadrige (X Pré/. i3), et même, avec Latron, un peu au-dessus des deux autres (ib.) : Sénèque semble dire que, des quatre, c'est lui qui aurait le mieux gagné une cause. Il insiste sur l'habileté avec laquelle Gallion,
dès sa jeunesse, maniait le style familier (VIÏ Préf. 5 6) ; à chaque occasion, il comble son ami de louanges (IX 3, lo ; i4; S 5, 8), et ne lui adresse pas de critique sans la compenser par un éloge (IX i, lo ; 5, ii) ; enfin il note soigneusement ceux de ses traits qu'on avait . particulièrement applaudis (X 2, lo). Gallion mérite-t il le rang que lui attribue Sénèque ? Il semble que non : Sénèque s'est montré trop indulgent pour son ami. Gallion est un bon déclamateur (egre^ium declamatorem) , comme l'a écrit Saint Jérôme {Gomm. ad lésai S PréJ.); car on ne doute pas que cette louange, qu'il donne au fils adoptif de Gallion, ne s'applique en réalité à Gallion. De plus, il a de l'esprit (II i, 33 ; S. 3, 6-7); il voit juste (X i, 12); un grand nombre de ses traits sont raisonnables et il choisit souvent la partie de la cause la plus conforme à l'équité (VII 7, 3-5) ; ses divisions sont fréquemment marquées au coin du bon sens (X 5, i^-i^) et ses couleurs naturelles; il s'élève même à la vérilable éloquence (I I, i4). Avec cela, sa langue est assez soignée, quoique les difterentes incises ne soient pas suffisamment reliées les unes aux autres.
Mais plusieurs défauts nous gâtent ses qualités. Pour le fond, il est trop tourmenté du désir, que Sénèque relève une fois (I 6, 10), de dire quelque chose que les autres aient oublié, ou de soutenir le parti que les autres ont négligé, ce qui l'entraîne souvent à des traits ou à des couleurs singulières (I 6, 10; IX 5, i; X 4, i5; S. 5, 8). Pour la forme, il est continuellement à la recherche de la phrase ou du mot à effet ; de là des divisions extérieures et tout artificielles (I 8, 9). Enfin, comme presque tous les déclamateurs, mais plus que tous les autres, il abuse des figures de rhétorique, surtout des antithèses : c'est évidemment à ce défaut que songeait Tacite, lorsqu'il lui reprochait son cliquetis (Dial. 26 tinnitus Gallionis).
Cependant ses déclamations, qu'il avait publiées, conservaient encore leur prestige à l'époque de Saint Jérôme (l. c), à cause de leurs défauts mêmes, vraisemblablement : dans le recueil figurait sans doute la réponse à Labiénus (X Préf. 8), et la controverse dont Quintilien (9, 2, 91) a tiré sa citation de Gallion, quoiqu'il ait pu la prendre à Sénèque lui-même
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(cf. supra p. 25). On possédait également de lui un traité de rhétorique (Quintilien 3, i, 21)^ qu'on ne semblait pas mettre au premier rang (ib.).
Bibliographie : Schmidt, de L, Junio Gallione rhetore ; Lindner, de Junio Gallione.
Junius Othon le père, déclamateur romain, de naissance obscure. Dès sa prime jeunesse, il s'adonna aux déclamations et semble avoir même tenu une école élémentaire (Tac. Ann. 3, 66 litterarium ludum exercer e çetus ars fuit). Le crédit de Séjan Féleva à la préture en 22 ap. J.-G. et le fit entrer, au Sénat ; comme préteur, il s'associa à l'accusation contre Silanus (Tacite ib.). Un passage de Sénèque nous apprend qu'il plaida (II i, 35).
C'est tout ce qu'on sait de sa vie ; le déclamateur qui, en dehors des Excerpta, ne figure guère que dans les livres I, II et VII, et assez rarement, n'est pas beaucoup mieux connu. Il semble avoir donné ses soins surtout aux couleurs^ car ce sont des couleurs de lui que Sénèque cite particulièrement ; en outre Othon avait composé sur cette matière un ouvrage en quatre livres (I 3, 11: II i, 33), que Gallion comparait aux œuvres d'Antiphon, l'interprète des songes. Othon, en efTet, racontait un songe (II i, 35), dès qu'il ne trouvait pas d'autre couleur irréfutable (VII 7, i5). Il excellait aussi à traiter les sujets où il faut tout dire sans rien préciser (II i, 33-35; 37) ; mais il en était bientôt venu à développer ainsi toutes les Controverses, et, selon le mot de Scaurus, « à vous lire le journal à l'oreille {ib. 39). » Ses études spéciales sur les couleurs ne l'empêchaient pas de voir ses couleurs critiquées (IV 8, 3) ou raillées (13, 11 ; X 5, 25). Au surplus le même sort attendait certains de ses traits (VII 3, 10) et aurait pu en frapper d'autres encore (VII 3, 5). Cependant il semble y avoir quelque parti-pris dans les attaques de Sénèque, car, si on se reporte aux traits et aux couleurs d'Othon, on se convaincra que parfois, il ne manquait ni d'intelligence, ni de force (I 8, 3; II I, 37-38).
Sénèque, à trois exceptions près (II 6, 3 ; IV 8, 3 ; VII 3, 10), accole toujours à son nom l'épithète pater, lorsqu'il le
cite pour la première fois dans un passage d'une controverse ; ces exceptions mêmes montrent qu'il ne faut pas essayer, dans l'ouvrage de Sénèque, de distinguer deux Otlion. Mais vraisemblablement le fils d'Otlion, qui fat tribun du peuple en 36 (Tacite Ann. 6, 47)i s'adonnait également à la déclamation, d'où cette addition du mot pater.
T. Labiénus, déclamateur romain, parent sans doute du Q. Labiénus, qui combattit les Parthes. De sa vie nous savons simplement qu'il se fit enfermer dans les tombeaux de ses ancêtres et s'y laissa mourir de faim, pour ne pas survivre à la douleur d'avoir vu ses livres brûlés par la main du bourreau (X Préf. 7) : cet événement doit, semble-t-il (cf. Dion 56, 27), se placer en 12 ap. J.-C. Sur le caractère de Labiénus, nous en sommes réduits aux détails que nous trouvons dans Sénèque (X F réf. 4-9)- H était très pauvre, méprisé à cause de sa vie, détesté, en raison de sa liberté de paroles, qui lui avait fait donner le surnom de Rabiénus. Cependant il avait acquis la réputation d'un orateur de premier ordre {ib. 4) ; de fait ses colères mêmes devaient lui fournir de beaux accents, d'autant qu'il avait l'àme grande et haute : il n'avait même jamais voulu déposer ses sentiments pompéiens {ib. 5). On connaissait de lui des discours contre PoUion (Quintilien i, 5, 8), contre les héritiers d'Urbinia, défendus par Pollion {ib. 4? n), et un pamphlet contre Bathylle, l'aûranchi de Mécène (X Préf. 8). D'autres ouvrages lui sont attribués par Gharisius (Keil I 77, i4) et Diomède {ib. 876, 7) ; mais, dans le second passage, la lecture Labiénus est incertaine.
En ce qui touche les déclamations, nous savons qu'il tenait ce genre à sa juste valeur, car il n'admettait pas le public à ses exercices {ib. 4) • de là vient sans doute que Sénèque le cite si rarement. Cependant Labiénus réussissait admirablement dans les Controverses : Sénèque ne parle guère de lui sans accompagner d'une épithète laudative son nom ou les paroles qu'il cite {ib. 4 5 X 4. 17-18 ; 24 ; 25). De fait Labiénus devait réunir tous les suffrages, ceux des amateurs de l'ancienne éloquence par sa force, son énergie et sa vigueur (X 4î 17-18), ceux des partisans de la nouvelle par ses traits,
Univ. de Lille. Tr. et Mém. Dr.-Letires
ToMK I. 12.
ses antithèses et les ornements du style (X 2, 19; 4? 24-25).
Outre ses discours, il avait composé une histoire si hardie, que, la lisant en public, il en sautait des passages (X Préf. 8); aussi Cassius Sévérus, tout ennemi qu'il fût de Labiénus, Tavait-il apprise par cœur {ih.). Toutes ses œuvres, brûlées par ordre du Sénat (v. p. préc), furent recherchées et publiées de nouveau sous Galigula, en vertu d'une décision de l'empereur lui-même (Suétone Calig. 16).
Latron, v. Porcins.
Lépidus, V. Aemilius. *
Lesboclès, rhéteur grec de Mitylène, où il tenait une école (S. 2, i5), contemporain de Potamon et de Strabon (Strabon i3, 617), et, par suite, de Sénèque (Strabon a vécu de 66 av. J.-C. à 24 ap.), jouissait, d'après Sénèque, d'une très grande réputation, et la méritait (S. 2, i5) : peut-être, toutefois, manquait-il un peu de force (I 8, i5).
Licinius Népos, déclamateur romain dont aucun indice ne peut nous révéler la date. Sénèque ne parle jamais de lui sans noter, en termes très forts, son manque de goût (VU 5, 10 ; IX 2, 27 ; X 4> 22 ; S. 2, 16) ; Licinius réussissait même à gâter les pensées délicates émises avant lui (VII 6, 24) ; bref il marque les bornes de la sottise (X 5, 24). Et Sénèque n'exagère pas ! On ignore si ce personnage était uni par des liens de parenté au Licinius Népos, dont Pline le Jeune parle à plusieurs reprises (4, 29, 2; 6, 5,i).
Li. Magius, déclamateur, gendre de Tite-Live, nous est connu uniquement par Sénèque (X Préf. 2), dont les paroles nous apprennent que ce personnage était mort à l'époque où sont écrites les Controçerses, et nous laissent deviner qu'il était complètement dépourvu de talent.
Manier eus, v. Aemilius.
Mamilius Népos nous est connu uniquement par Sénèque (VII 6, 24), qui ne le nomme pas avec éloges, bien au contraire.
LES DÉCLAMAÏEURS
Marcellus Aeserninus, v. Glaudias.
Marcius Marcellus, déclamateur, dont Votiénus Montanus, son ami intime, parlait souvent dans ses livres avec les plus grands éloges sur son éloquence (IX 6, i8), et dont on le voit rapporter plusieurs fois les couleurs avec admiration (IX 4> i5 ; 5, i4 ; 6, i8). Sénèque ne se prononce pas ; pour nous, il nous est impossible de nous faire une opinion, vu la brièveté des passages cités.
MaruUus, professeur de déclamation, était vraisemblablement originaire d'Espagne : en elfet, si Marullus est un cognomen assez fréquent à Rome, il n'en est pas moins vrai que les inscriptions nous signalent à Gordoue et dans les environs un nombre particulièrement considérable de Marullus (i) ; celui qui nous occupe enseigna à Rome, car Sénèque ne le cite pas au nombre de ses compatriotes restés en Espagne (X Pré/.); au contraire, il le mentionne toujours parmi les décl amateurs romains et sans aucune distinction. 11 dut venir à Rome vers 42 av. J.-G. au plus tard, car Latron, né entre 60 et 55, déclama, tout jeune (1 Préf. 24), dans son école, en présence de Sénèque : or c'est à Rome que Sénèque a suivi les cours du rhéteur (v. p. 10). Gomme cette date est celle à laquelle Sénèque et Latron sont arrivés à Rome (cf. p. 10), que Sénèque ne nomme pas d'autre rhéteur comme son maître, et que Latron lui parlait sur un ton plus familier que respectueux (1 Préf. 22), il est permis de supposer que les deux amis avaient été confiés à Marullus par leur famille. D'ailleurs, en dehors de Sénèque et de Latron (1 Préf. 22 ; Il 2, 7 ; VII 2, II), nous ne connaissons pas les élèves qui fréquentaient son école. 11 est possible qu'il n'y en ait pas eu beaucoup : Marullus, en eft'et, était un déclamateur médiocre ; esprit juste, mais sec, il savait dire de jolies choses d'une façon assez originale, mais trop rarement (I Préf. 22) ; c'est l'impression que nous laissent ses traits et ses couleurs. Au cours de son ouvrage, Sénèque ne le cite pas très souvent et parle de lui sur un ton qui n'a rien d'enthousiaste (II 2, 7 ; 4» 7) ?
(i) Cf. Baumm, op. cit., p. 12.
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Latron est plus chaud, mais une seule fois (I 2, 17). Sénèque le Philosophe mentionne un Marullus {ad Lucil. 99, i) ; c'est peut-être le fils du déclamateur ; dans ce cas, les fils auraient continué les relations des pères.
Mène stratus, déclamateur grec, connu seulement par Sénèque (S. i, i3) ; Sénèque le présente comme un homme de talent moyen (non abjecti), quoique le trait qu'il annonce et qui ne se trouve pas dans les manuscrits fût de mauvais goût. Les mots qu'il emploie en parlant de lui (declamatoris non abjecti suis temporibus) nous indiquent que Ménestratus appartenait à la génération précédente.
Menton, déclamateur que Sénèque cite assez souvent, vingt fois environ, mais sur lequel il ne nous donne aucun détail biographique, sinon qu'il l'avait entendu (IX 4> 212) ; ce silence nous fait supposer que les enfants de Sénèque connaissaient Menton, et, par suite, qu'il appartenait sans doute à la généi'ation née vers 26 av. J.-G. Comme, d'autre part, le plus long des morceaux que Sénèque met dans sa bouche n'a guère que sept lignes, on peut, sans crainte de se tromper, en inférer que c'était un déclamateur de troisième ordi^e, mais qui réussissait quelquefois à soulever les applaudissements (ib.).
Métrodore, rhéteur grec, connu seulement par quelques lignes de Sénèque (X 5, 24) ; son goût ne semble pas avoir été des plus sûrs. Il est peu probable qu'il faille assimiler ce personnage avec le célèbre philosophe et orateur asiatique qui vécut à la fin du second et au commencement du premier siècle avant notre ère (i).
Miltiades, rhéteur grec dont Sénèque nous parle d'après Tite-Live (IX 2, 26) ; il semble avoir été le contemporain de ce dernier.
Modératus, déclamateur romain sans personnalité marquée et dont nous connaissons l'existence seulement par Sénèque (X Préf. i3).
(i) Cf. Blass, op. cit., pp. 67-68.
Moschus, V. Volcacius.
Murrédius, déclamateur romain, élève peut-être de Gestius (IX 6, 12) et dont Sénèque cite une quinzaine de couleurs. Il ne les donne guère sans y ajouter un qualificatif désagréable : il reproche à Murrédius sa sottise (VII 5, i5 ; IX 4? 22), sa stupidité (VII 2, 14 ; 3, 8), son ineptie (VII 5, 10; X i, 12; X 5, 28; S. 2, 16); il le reprend pour l'enflure (IX 2, 27) ou l'obscénité (I 2, 21 ; 23) de certains traits. Bref c'est un personnage qui gâte même les pensées, d'ailleurs justes, qu'il emprunte à Nicétès (I 4, 12), à Gestius (IX 6, 12), ou à Vibius Rufus (X I, 12), Ici encore, Sénèque juge bien, du moins pour les fragments qu'il cite : en particulier, Murrédius semble rechercher les traits que Sénèque appelle « à la Publilius (i) » (VII 2, i4), ou dignes des mimes (VII 5, i5), et qui ne sont guère que des jeux de mots.
Musa, déclamateur latin, affranchi (X Préf. 10), mort à l'époque où écrit Sénèque (solebatis.... hahuit ib. 9). Son éloquence semble avoir eu les suffrages des fils de Sénèque (çesier VII 5, 10 ; cf. X Préf. 9), surtout de Mêla (X Préf. 9), et cette prédilection ne fait pas honneur à leur jugement. Musa, en effet, a quelque talent (/&.), mais aucun goût : il recherche l'extraordinaire et l'alambiqué (ih.), ce qui le conduit à des inepties que signale Sénèque (VII 5, 10 ; i3 ; X Préf. 9; S. I, i3), en termes quelquefois très violents (X Préf. 10), sans doute pour réagir contre l'engouement de ses fils. Dans les autres traits de Musa, en général fort courts (v. entre autres VII i, 16 ; IX i, i ; 2, i ; X 6, i), on notera l'emploi des lieux communs (VII i, i4-i5) et des souvenirs historiques (VII i, i4-i5 ; 3, 4 ; X 3, 5).
Nicétès, rhéteur grec de l'époque d'Auguste, nous dit saint Jérôme, qui place son àx^xT^ en 33 av. J.-G. (2). Il a dû passer à Rome une partie de sa vie (S. 3, 6), mais non la première : il y arrivait, en effet, précédé d'une grande répu-
(2) On ne saurait donc assimiler ce personnage avec le Sacerdos Nicétès dont parlent Tacite (Dial. i5) et Pline le Jeune (6, 6, 3),
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tation, puisque Gallion et Sénèque vont l'entendre dès sa première déclamation et que Messala se préoccupe de savoir comment il a réussi {ib. 6-7) ; en second lieu Gallion, né entre 35 et 3o, devait avoir au moins une vingtaine d'années au moment où il allait l'écouter; enfin Nicétès a été connu de Latron (I 8, i3), qui a quitté Rome vers i5 av. J.-C. Nicétès venait sans doute à Rome pour y mettre le sceau à sa réputation.
Aussi bien remporta-t-il un très grand succès; il est le seul parmi les rhéteurs grecs, comme Latron parmi les Romains, dont les jeunes gens se contentaient d'entendre les déclamations, ne demandant pas à être entendus par lui (IX 1, 23); d'autre part Sénèque, en parlant de lui, emploie toujours les termes les plus élogieux (IX 6, 18; S. 2, 14 ; cf. Saint Jérôme nohilissimus artis rhetoricae graecus praeceptor hahetur) et va jusqu'à mettre un de ses traits au-dessus même de ceux qu'avaient trouvés les Romains (I 4, 12). Cependant il faut relever deux restrictions, l'une dans la bouche de Latron, qui blâmait une de ses couleurs (I 8, i3), l'autre dans celle de Sénèque, qui signale l'anachronisme d'une citation (S. 2, i4). En effet, Nicétès semble avoir appartenu à l'école asiatique ; ses qualités principales étaient l'abondance et le mouvement, qui lui valaient les suffrages des Grecs, mais une fine critique de Gallion (S. 3, 6), et il est probable qu'il se laissait emporter par sa fougue. D'autre part, Tibère, qui était élève de Théodore, ne l'aimait pas ; dès lors il est possible que Nicétès appartint à l'école d'Apollodore, qui n'avait pas les sympathies de Sénèque (v. p. 18). Dans tous les cas, il nous est diflicile de juger exactement de son talent par les rares couleurs de lui que les manuscrits nous ont conservées (I 5, 9 ; 7, 18 ; 8, i3 ; IX 2, 29 ; 6, 18 ; X 2, 18 ; 5, 23). De même il est difficile de décider , lorsque l'on trouve des ressemblances entre ses paroles et celles de Latron (I 5, i et 9), quel est l'original : Sénèque dit que c'est Latron {ib. 9), mais nous savons qu'il est suspect de partialité. C'est à Nicétès que semble s'adresser l'épigramme d'Automédon dans l'Anthologie Palatine 10, 23.
Nlcocratès, rhéteur grec, de Lacédémone, nous est présenté comme un déclamateur sec (VII 5, i5). Ailleurs (S. 2,
LES DÉGLAMATEURS
22), nous le voyons porter sur un mot de Dorion un jugement qui ne peut rien nous apprendre, touchant ses goûts ou son intelligence, car le mot de Dorion ne nous a pas été conservé par les manuscrits.
L. Nonius Asprenas, déclamateur médiocre, que Sénèque cite une fois (X Préf. 2), pour dire qu'il ne croit pas nécessaire de parler de lui, parce que sa renommée est morte avec lui. On se demande s'il faut identifier ce personnage avec le L. Nonius Asprenas, qui fut consul siiffectus en 6 après J.-G. et dont le procès est demeuré célèbre (v. supra, p. 47)> ou avec celui qui fut consul suffectus en 29. Il est probable qu'il s'agit du premier, et qu'on allait l'entendre par curiosité, ce qui aiderait à expliquer qu'aussitôt après sa mort on ait cessé de parler de lui.
P. Nonius Asprenas, déclamateur latin, sur la vie duquel Sénèque ne donne pas de détails ; dans tous les cas, ce n'est pas le consul de 33. Sénèque nous apprend seulement qu'un de ses traits fut loué (I 8, 12) et qu'il donna une forme meilleure à une pensée de Glycon (X 4: 19)- Les passages mis dans sa bouche, et dont quelques-uns sont assez longs (I 2, 9-10 ; VII 8, 6), nous présentent une éloquence raisonnable et forte, encore qu'on puisse y relever de la subtilité (S. 7, 4) 6t un usage trop abondant des figures.
Othon, V. Junius Othon,
Ovide (P. ÛQidius Naso) déclama dans sa jeunesse avec succès (II 2, 9) ; nous savons par lui-même qu'il passa tout entier à la poésie dans sa dix-neuvième année (Trist. 4i io> 3o), c'est-à-dire en 24 avant J.-G. Il admirait vivement Latron, mais était l'élève de Fuscus (II 2, 8), vers lequel l'attirait la similitude de leurs esprits ; c'est peut-être dans cette période de sa Mie quil se lia avec Gallion (S. 3, 7). Gomme son maître (S. 4' Gontroverses et à leur argumentation serrée il
préférait les Suasoriae (II 2, 12). Il détestait la contrainte, à ce qu'il semble, plus encore que Fuscus, et ses idées, séduisantes par leur fine psychologie et leur grâce spirituelle, étaient
184 DÉCLAMATIONS ET DÉCLAMATEURS d'aPRÈS SÉNÈQUE LE PÈRE
jetées sans ordre. C'est ce que Sénèque nous indique luimême (II 2, 9) et ce que nous voyons dans le seul morceau d'Ovide qu'il nous cite, passage assez long d'une controverse où l'on trouvait qu'il avait particulièrement réussi : on allait jusqu'à dire qu'il avait surpassé son maître (ib. 9-1 1). Dans ce fragment on note également sa passion pom^ les triait s, qui le poussait à en ajouter jusque dans les vers des autres 0^1 27). On y remarque enfin la tendance à redoubler l'expression d'une même pensée : Sénèque la signale et en donne des exemples pour les poésies (IX 5. 17). Son style, voisin de celui des vers (II 2, 8), est d'ailleurs sobre (ib. 12).
Ce qu'il est particulièrement intéressant de noter, ce sont les emprunts de détail qu'Ovide, dans ses vers, a faits à Latron, par exemple (II 2, 8), et. inversement, l'influence qu'il a exercée sur les déclamateurs (Alfius Flavus III 7, 2; Yinicius et Glycon X 4' 25). et que Cestius déplorait, non sans raison (III 7, 2). Parlant du poète, Sénèque lui reconnaît un très grand talent (II 2, 12), de la sincérité (S. 3. 7) et du goût : lui-même voyait ce qu'il aurait fallu supprimer dans ses vers, sans avoir le courage d'y porter la maio : ujie anecdote assez curieuse en fait foi (II 2, 12). Xous apprenons également qu'il imitait Virgile, mais sans se cacher (S. 3, '2), et, à ce propos, nous est cité un court fragment de sa J\{édée.
Pacatus, rhéteur, qui semble avoir été spii-ituel (X Préf. lo-ii), trop spirituel même, car il abusait de son esprit pour donner à ses contemporains des surnoms injurieux ou obscènes.
Pamménès, déclamateur grec, mentionné une fois par Sénèque (I 4, j) comme « bon déclamatem^ », disent les manuscrits (ex bonis declamatoribus) ; Faber a corrigé ex bonis en ex noçis, que l'on admet généralement. Dès lors, si I on se souvient que Sénèque emploie les mêmes mots (I 8. ii) pour distinguer le déclamateur Eschine de l'orateur, on conclura que Sénèque veut, de cette façon, séparer ce personnage du Pamménès, qui fut le maître de Brutus (Orator 3o, io5) et que Cicéron appelle çir longe eloquentissimus Graeciae (Brutus .
332). Il nous est impossible de porter un jugement sur le Pamméncs dont nous parle Sénèque, car les manuscrits n'ont pas conservé les paroles qu'il avait prononcées. — II semble difficile d'admettre qu'on se trouve en présence du personnage signalé en 66 de notre èr^ par Tacite (Ann. i6, i4).
Papirius Fabianus naquit vers 35 av. J.-G. ; en effet, Sénèque nous dit que, au moment où il aimait à l'entendre, il était deux fois plus âgé que Fabianus (II Préf. 5). Sénèque a quitté Rome vers i5 avant J.-G. pour y revenir aux environs de l'ère chrétienne (cf. p. ii sqq.); c'est avant l'an i5 que Sénèque allait l'écouter ; car Fabianus eut pour maître Arellius Fuscus (II Préf. i). qui, au moment du retour de Sénèque, aurait eu près de 70 ans (v. p. i5o). D'autre part Fabianus, qui fut célèbre tout jeune (adulescens admodum, ih. i), dut s'adonner à ces exercices vers 16 ans et il abandonna bientôt l'étude de l'éloquence pour la philosophie {ib. 5). Si donc l'on admet que Sénèque ne l'a entendu qu'en 3 ou 4 de notre ère, comme il avait alors plus de soixante ans, on arrive à la conclusion que Fabianus, à trente ans, se livrait encore à la déclamation, ce qui est contraire à la réalité des faits. Vers i5, Sénèque était âgé de 4o ans environ, d'où la date que nous avons indiquée.
Fabianus étudia l'éloquence d'abord à l'école de Fuscus, dont les qualités, plus brillantes que solides, exercèrent sur lui, d'après Sénèque, une action néfaste (II Préf. i et 2), car il ne put jamais dépouiller son style de l'obscurité dont il avait contracté l'habitude près de ce maître {ih. 2) ; puis dégoûté, à ce que semble insinuer Sénèque {ih.), de ce qu'il y avait d'artificiel dans la parole de Fuscus, il vint écouter les leçons du philosophe Sextius {ih. 4), sans doute vers l'an i5 av. J.-G., car il ne s'adonna pas longtemps aux déclamations {ih. 5) ; toutefois, en même temps, il déclamait chez Rubellius Blandus et plus longtemps que chez Fuscus {ih.) ; puis il abandonna définitivement l'éloquence et ouvrit une école de philosophie, où il eut comme élève Sénèque le Philosophe. Il n'est donc pas exclusivement déclamateur ; toutefois c'est à ce seul titre que je l'étudier ai.
186 DÉCLAMATIONS ET DÉCLAMATEURS d' APRÈS SÉNÈQUE LE PÈRE
Il a surtout subi l'influence de Fuscus ; ses développements sont d'une abondance qui touche à l'excès et d'un éclat, d'ailleurs naturel, qu'on reprochait plus tard au philosophe {ib. 2 : Sénèque le Philosophe ad Lucil. 58, 6 ; loo, i). C'est ce qui nous frappe surtout dans les Controverses du Livre II et dans la Suasoria i, où se trouvent cités des morceaux de lui, quelquefois assez longs (II i, io-i3 ; 5, 6-7 ; S. i, 9-10) ; cependant on y rencontre, plus souvent qu'on ne l'attendrait après ce que nous dit Sénèque (II Préf. i), de la concision et de l'énergie (II 2, fx\ 3, 5), qualités qui semblent parfois avoir fait tort à l'agrément de la forme (II i, 26). Pour le fond, comme nous l'indique Sénèque (II Préf. 2), et comme cela est naturel chez un philosophe, Fabianus revient presque toujours à deux idées : influence néfaste des richesses (II i, io-i3 ; 25 ; 5, 6-7 ; 6, 2) et instabilité de la fortune (II 4 5 3 ; S. I, 9-10). Naturellement, avec ces qualités, Fabianus, tout comme Albucius, Fuscus ou Ovide, préfère les Suasoriae (II Préf. 3), où le développement peut être plus lâche. Aussi bien un passage de la Suasoria i (§ 4) témoigne-t-il de cette connaissance de l'histoire naturelle, que Pline l'Ancien signale chez lui (.¥. H. 36, i25).
Tout jeune encore, Fabianus jouit' d'une grande réputation (II Préf. i) ; Messala, juge sévère (II 4^ 10)? Vinicius (II 5, 19) et Sénèque (II, 4» 7) louent ses traits ou ses couleurs. Celui-ci allait l'entendre toutes les fois qu'il le pouvait (Il Préf. 5) et, Albucius, toute afl'aire cessante^ l'écoutait en prenant des notes (VU Préf. 4) ; enfin nous trouvons une seule fois (II 5, 18), à propos de son talent, une restriction sérieuse.
N. B. — Dans la brochure d'Hoefig, de Papirii Fahiani philosophi çiia scriptisque, Breslau, i852, il est question à peu près exclusivement du philosophe.
Passiénus, mort en 9 av. J.-C. (Saint Jérôme), personnage considérable, à ce que semble indiquer le mot d'Auguste (tanti i^iri X 5, 21). Son fils, L. Passiénus Rufus, ayant été consul en 4 J--C., lui-même doit être né aux environs de l'an 65 avant notre ère. Il jouit d'une grande réputation comme orateur : suivant le témoignage de Sénèque (II 5, 17)
et de Cassius Sévérus (III Préf. i4), il était au premier rang, à côté de Pollion et de Messala, quoique les élèves des écoles de déclamation missent Latron et Cestius au-dessus d'eux {ih,). Comme déclamateur, Saint Jérôme le nomme insignis ; Sénèque, qui semble l'avoir connu particulièrement {noster III Préf. lo), ne dit rien de son talent, sans doute parce qu'il était surtout orateur {prator II 5, 17 ; cf. VII I, 20) ; Cassius Sévérus, quoique son ami {noster III Préf. 10) a l'air d'insinuer que, dans ses déclamations, seuls ses exordes et ses péroraisons soutenaient l'intérêt. Les fragments, tous assez courts, que Sénèque met dans sa bouche, comme d'ailleurs ses jugements sur un plan de Butéon (II 5, 17) ou une couleur de Fuscus (VII 2, 12) nous montrent un esprit juste et droit, ami du naturel et de la simplicité.
N.-B. — En ce qui concerne la distinction entre Passiénus, L. Passiénus Rufus et C. Passiénus Crispus, j'ai suivi la Prosopo graphie III 108, 109 et m.
Paternus, déclamateur très ordinaire (X Préf. i3).
Pausanias (riaudaviaç), déclamateur grec, cité et mentionné par le seul Sénèque (X 5, 25).
• Plution, rhéteur grec, dont Sénèque cite une couleur (S. I, II), est mentionné par saint Jérôme en 33 avant J.-C. avec Hybréas, Nicétès et Potamon (nobilissimus artis rhetoricae graecus praeceptor habetur).
Pompeius Silon, l'ancêtre probablement de celui qui fut consul en 32 après J.-C, naquit vraisemblablement vers 5o avant J.-C. : en effet Cassius Sévérus le cite comme preuve de ce fait que le même homme peut être à la fois un excellent avocat et un déclamateur ordinaire (III Préf. 11) : or, ces paroles de Cassius Sévérus se placent au plus tard en i5 av. J.-C. (cf. p. i58 n. 2). De ces paroles on peut tirer aussi la conclusion, que Silon était un avocat de premier ordre.
II semble avoir été l'élève de Latron, par lequel nous le voyons critiqué assez souvent (II 6, 10 ; VII 8, 10 ; IX 5, 10), et avec lequel il ne discute qu'une fois (VII 8, 10). Chez les
188 DÉCLAMATIONS ET DÉCLAMATEURS D'aPRÈS SÉNÈQUE LE PÈRE
déclamateurs, il était réputé pour son goût (IX 2, 22) ; on louait ses couleurs ou ses traits (I 7, i3 ; S. 5, 7) et il est des cas où il surpasse les autres orateurs par l'efficacité de ses paroles (S. 7, 10). Lorsqu'il prononce un trait plus faible, c'est un hasard qu'on remarque (VII 2, 11); il est rare, au contraire, qu'il se trompe grossièrement (IX 2, 22). Sans doute, en son désir de trouver de l'extraordinaire, il lui arrive de donner dans le faux, le bizarre ou le peu vraisemblable, et de s'exposer aux critiques de Blandus (I 7, i3), de Sénèque (VII 4, 4; IX I, II), de Pollion (VH 8, 10) ou de Latron (VII 8, 10 ; IX 5, 10). De plus, à en croire Cassius Sévérus (III Préf. Il) il était incapable de développer toute une déclamation, tandis qu'il était éloquent dans les remarques qu'il faisait de sa place. Ce qui est sûr, c'est que les soixante passages mis dans sa bouche par Sénèque nous donnent de lui l'idée d'un esprit généralement juste et raisonnable, mais moyen.
M. Porcius Latron était l'ami le plus cher de Sénèque {carissimi sodalis I Préf. i3 ; meus ih. 20, 22, 24) ; voilà pourquoi Sénèque nous donne si peu de détails sur sa vie; évidemment, il avait souvent parlé de lui à ses enfants. Latron naquit en Espagne (I Préf. 16), peut-être à Cordoue même ; la date de sa naissance se place vers la même époque que celle de Sénèque, puisqu'il fut son condisciple, d'abord à l'école du grammaticus (ih. i3), puis chez Marullus à Rome {ih. 22). Dès l'école il s'attira une grande réputation {ih.), et bientôt d'élève devint maître, vers 3o, selon toutes probabilités, car il eut pour auditeur Ovide qui, né en passa à la poésie dans sa dix-neuvième année {Trist. 4» 10, 3o). Parmi ses autres élèves nous connaissons Florus (IX 2, 23), Arbronius Silon (S. 2, 19), et nous devons ranger vraisemblablement Sparsus (X Préf. 11). Sur le reste de sa vie, nous savons peu de chose : il s'attira l'inimitié d' Agrippa en 17 av. J.-G. (II 4» i2-i3) ; dans la suite il fît un voyage en Espagne (IX Préf. 3), probablement en même temps que Sénèque (v. p. 11). Il se tua en 4 ou 3 av. J.-C, nous dit Saint Jérôme, pour échapper aux souffrances que lui causait une fièvre quarte. C'est en Espagne qu'il mourut, car Sénèque
LES DÉCLAMAÏEURS
(I Préf. i3) nous dit qu'il resta lié avec Latron jusqu'à son dernier jour : or il était alors en Espagne.
Le caractère et le talent de Latron nous sont longuement dépeints dans la Préface du Livre I (i3-fin) ; ce qui ressort de ce passage, c'est l'inégalité de son tempérament ; il était toujours aux extrêmes, dans le travail comme dans le repos (iô. i3-i7) ; heureusement, en ses veines, coulait le sang robuste du paysan espagnol i6). Il possédait des dons
précieux : une voix forte, mais dure, et qu'il ne cultivait pas i6), et une mémoire extraordinaire ly-iO), qu'il prenait soin de meubler {ih. i8). Ces qualités ne le détournaient pas du travail assidu ; il s'exerçait continuellement ^^3).
Ces renseignements donnés par Sénèque, nous pouvons les vérifier ; car c'est Latron qui occupe la place la plus considérable dans l'ouvrage de Sénèque. Il y a de ses traits dans toutes les Controverses , sauf quatre (VII 4 ; IX 3 et 5 ; X 2) et dans deux Suasoriae (i) (S. 2 et 6) : dans les deux premiers livres de Controverses, ce sont ses traits qui ouvrent la déclamation, et, quelquefois, Ton n'a conservé qu'eux (II 7). Les divisions qu'il avait proposées sont mentionnées dans presque toutes les Controverses (exceptions : II 7 et X 6, où il n'y a pas de division ; I 8 et YII 3, où Sénèque ne cite pas de noms ; IX 2 et 6 ; X 5), mais dans une Suasoria seulement (S. 6). Enfin, presque toujours aussi, Sénèque note les couleurs dont il s'était servi (exceptions : Controverses I 3 ; II 2 et 7 ; VII 5 ; IX 2, 3 et 4 ; X 2 ; Suasoriae 3, 4, 5 et 7). On remarquera que Latron tient plus de place dans les premiers livres de Controverses que dans les derniers, sans doute parce que Sénèque ne voulait pas se répéter ; mais il figure dans toutes les Controverses ; au contraire, il n'est pas souvent cité dans les Suasoriae, vraisemblablement parce que c'était là les exercices d'élèves moins avancés (cf. p. 5o).
Aussi bien, comme déclamateur, est-il au premier rang. Sénèque le fait figurer dans le premier quadrige et le considère comme le plus glorieux du groupe (X Préf. i3) ; il saisit toutes les occasions de le louer (I Préf. i3; 21 ; 8, i5 ; II i,
(i) En outre, Sénèque mentionne deux autres Suasoriae, sur lesquelles Latron avait parlé (II 2, 8 ; 4, 8).
190 DÉCLAMATIONS ET DÉCLAMATEURS d'aPKÈS SÉiNÈQUE LE PÈRE
3o ; 2, 5 ; X 4> 21), et note complaisamment les éloges ou applaudissements qui accueillent ses paroles (VII i, 18; 2, 9; X I, 14 ; 5, 26) ; il ne se permet qu'une petite critique (I 6, 10). Ce jugement est confirmé par celui des contemporains. Sans doute Latron n'est pas toujours approuvé par ceux qui l'écoutent (II 3, i3 ; 5, i5 ; IV 6, 3; VU 8, 10) ; mais Auguste et Agrippa viennent l'entendre (II ^, 12) ; Ovide et Arbronius Silon l'imitent dans leurs vers (II 2, 8 ; S. 2, 19), pendant que Sparsus le copie dans ses déclamations (X Préf. 11 ; 5, 26) ; Munatius Plancus a pour lui un goût particulier (I 8, i5) ; le sévère Messala (II 4, 8) lui concède le génie ; Votiénus Montanus le cite comme un modèle dans l'art de la déclamation (IX Pré/. 3) ; enfin c'est à lui que l'on attribue tout de suite les traits qui semblent bons et dont on ne connaît plus les auteurs (IX 2, 23 ; X Préf. 12). D'une façon générale, ses élèves soufirent que , seul de tous les professeurs de rhétorique romains, il parle devant eux, sans jamais les entendre (IX 2, 23) ; ils apprennent ses paroles par cœur (II 2, 8) ; ils le mettent au-dessus de Pollion, de Messala et de Passiénus (III Préf. i4) et vont jusqu'à boire du cumin (Pline l'Ancien 20, 160), pour imiter la pâleur de son teint (I Pi^éf ly). Encore un demi-siècle plus tard, Quintilien (10, 5, 18) et Pline l'Ancien (l. c.) le proclament « illustre entre les professeurs d'éloquence. »
C'est qu'il présente un type à peu près unique : le professeur de rhétorique, qui ne veut pas la laisser s'écarter de son but. Les observations qu'il lait à Butéon (I i, 20 ; 6, 10), à Blandus (I 7. 10), à Nicétès (I 8, i3), à des auditeurs anonymes (I 8, i4), à Pompeius Silon (II 6, 10 ; VII 8, 10 ; IX 5, 10), ou à Fuscus (II 3, 11) nous le montrent toujours préoccupé du naturel et de la vraisemblance ; de tous les sujets de Suasoriae, il a traité uniquement ceux qui ont quelque fondement dans la réalité (i, 2 et 6).
Aussi est-il l'ennemi de tout ce qui est inutile dans le développement (II 3, 12 ; i5 ; 5, i4 ; VII 2, 8 ; 7, 10 ; IX I, 9), comme dans la phrase (VII 4^ 10 ; IX 2, 24), ligures comprises (I Préf 24 ; i, 26). Il n'est pas homme à faire de fausses fenêtres pour la symétrie ; il méprise et veut ignorer
les Grecs, qui en font (X 4, 21). Parmi les traits nombreux qu'il prononce, en orateur qui les aime (I Préf. 22), quelques-uns sont faibles (1 4> 10 En^atis sqq. 7, i Cetera membra sqq.). Les arguments qu'il donne sont parfois spécieux (II 7), comme il arrive trop fréquemment dans les déclamations (v. p. loi sqq.) ; mais, en somme, la plupart sont justes et habiles, et, quoiqu'en ait dit Albucius (X i, i4), ont plus d'éclat, de fougue et de force (I 8, i5 foj'tius X 4) 21 virilius) que d'enflure ou d'emphase (i). Ses divisions sonty simples et nettes, nous avons eu l'occasion de le remarquer (p. io3 sq.) ; et nous voyons Latron critiquer Blandus pour un plan qu'il trouve compliqué (II 6, i4). On lui reprochait même cette simplicité comme une preuve de manque d'habileté, et Sénèque le défend (I PréJ. 21 sqq.) ; il est probable que l'on entendait surtout blâmer ce qu'il y a d'un peu lâche dans son développement (v. II 7). Ses couleurs sont vraisemblables et sages, et Asinius Pollion ne trouve qu'une fois à les reprendre (IV 6, 3). Enfin l'on remarque partout cette abondance et ces exemples historiques, que Sénèque signalait comme un caractère de son éloquence (I Préf. 18, 22 et 23). Conformément à ses théories (ib. 24), il n'abuse pas des figures, quoiqu'il fût préparé à s'en servir {ib. 23). La langue, évidemment, appartient à la latinité d'argent ; elle renfermait probablement des expressions et des tournures espagnoles, car Messala disait (II 4> 8) que Latron était éloquent « dans sa langue ». Nous ne pouvons pas vérifier la justesse de cette critique.
Latron est donc un orateur remarquable ; il porte, dans les déclamations, les qualités et les défauts de son pays et de sa race. Lui-même connaissait sa valeur et était sûr de sa force ; lorsqu'il discutait sur les couleurs avec Clodius Turrinus, il se vantait d'arracher l'assentiment du juge, quand il ne l'enlevait pas (X Préf. i5). Il est maliieureux qu'à cet esprit si bien doué ait manqué le contact avec la réalité. D'abord il croit toujours parler sur des sujets imaginaires et il oflense Auguste et Agrippa (II 4? i2-i3). En outre, il savait si mal le droit qu'il se plaçait de préférence au point de vue moral (v. VII 4^ 3) ou qu'il laissait de côté, comme
(i) Cf. quelques bonnes pages de Tivier, pp. 26-81 .
192 DÉCLAMATIONS ET DÉCLAMATEURS d'APRÈS SENÉQUE LE PÈRE
le lui reprochait PoUion, les questions de droit les plus importantes (II 3, i3). Enfin quand, en Tîspagne, il voulut une fois plaider, il débuta par un solécisme (IX Préf. 3). En résumé Latron est en même temps le représentant le plus illustre et la condamnation de cet enseignement, qu'il a représenté pourtant de la façon la plus intelligente et la plus sage.
Il n'est pas sûr qu'on ait publié ses discours, car la citation de Quintilien (9, 2, 91) peut venir d'un passage perdu du livre de Sénèque ; dans tous les cas, ces discours n'auraient paru qu'après la mort de Sénèque (I FréJ^. 11). — On attribue aussi à Latron la Declamatio in L. Sergium Catilinam, qui semble bien être d'une époque postérieure (Schanz II 2, p. i39).
Bibliographie : Lindner de M. Porcio Latrone; Froment Porcins Latro ou la déclamation sous Auguste.
AccaÛS Postumius, déclamateur qui ne nous est connu que par un passage de Sénèque (VII 6, 20).
Potamon, rhéteur grec illustre de Mitylène, fils de Lesbonax, contemporain et rival de Lesboclès, tenait une école comme lui (S. 2, i5 ; Strabon i3, 617). C'était aussi un homme d'Etat, qui fut comblé d'honneurs à Mitylène ; sa patrie l'envoya à Rome, à la tête d'ambassades, en 4^ et 25 av. J.-G. ; il y enseigna également sous Tibère et celui-ci lui accorda un passeport tout spécial, lorsqu'il retourna dans sa patrie ; nous savons aussi qu'il soutint à Rome des discussions avec Théodore et Antipater (Suidas s. v. 0£68copoç et XIoTa^jt-wv). Il mourut à 90 ans (Lucien Macroh. 23); c'est pourquoi, si Ton tient compte des faits et des dates mentionnés ci-dessus, si l'on observe que Sénèque {l. c.) parle de lui comme d'un homme mort depuis longtemps, on fixera la date de sa naissance aux environs de 65 av. J.-C. et celle de sa mort aux environs de 25 ap. J.-G. Sur son éloquence, nous sommes forcés de croire sur parole Sénèque (Z. c. magnus) et Lucien (l. c. oùx àBo^oç), car les manuscrits n'ont pas conservé la phrase que Sénèque avait citée. — Il laissait des ouvrages de rhétorique et d'histoire dont Suidas (s. i>. IIot.) nous a transmis les titres.
Quintilien le vieux, probablement l'ancêtre du fameux professeur de rhétorique : celui-ci avait donc de qui tenir, car son père déclamait aussi (9, 3, ^S). Si Sénèque appelle ce personnage « le vieux », c'est sans doute pour le distinguer de son fds, dont il ne parle d'ailleurs pas. Il est permis de supposer que ce personnage, mort avant lui (X Préf. 2), était un de ses compatriotes — l'auteur de Vlnstitution Oratoire est né en Espagne - , qui était venu perfectionner son instruction ou tenter la fortune à Rome. Sénèque ne semble pas faire grand cas de son talent {ib.) ; il cite pourtant un trait de lui, qui, à mon goût, se range parmi les meilleurs (X 4» 19). Dans tous les cas , il ne faut pas songer à voir en lui l'auteur des Déclamations, mises par les anciens sous le nom de Quintilien (Ritter, die quintilianischen Deklamationen p. 245).
Quintilius Varus, fils du général dont Arminius massacra les légions, né vers 6 av. J.-C, épousa Julia Livilla, fille de Germanicus, et déclama vers 9 ap. J.-G. chez Gestius, qui le blâme sur son mauvais goût en termes un peu violents (I 3, 10).
N. B. — Dates de la Prosopo graphie III 118, 26.
Romanius Hispon, que Tacite {Ann. i, 74) et quelques manuscrits de Sénèque appellent Romanus Hispon, était de naissance obscure (Tacite ih.) ; il dut naître entre 20 et i5 av. J.-C. (i), car il était encore inconnu, lorsque, en i5 ap. J.-C, il accusa Granius Marcellus, gouverneur de Bithynie, ouvrant ainsi l'ère des délations (ib.) ; d'autre part, nous voyons une de ses couleurs critiquées par Pollion (IV 6, 3), qui mourut en 5 ap. J.-G. Il était porté vers la délation par son caractère : Sénèque nous dit qu'il prenait le ton d'un accusateur (I 2, 16; II 5, 20; IX 3, II); de fait, les questions qu'il pose dans les divisions, ou les couleurs qu'il emploie sont souvent difïiciles à admettre (I 2, 16; II 4» 9; VII 2, i3; IX I, II) ; il recherche l'expression forte, dût-elle sembler familière
(i) Etant donné cette date, il est difficile d'admettre que ce soit lui dont il est question dans les Annales (14, 65), en l'an 62 de notre ère.
Univ. de Lille. Tr et Mém. Dr.-Lettres