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CHAPITRE III : LES CONTROVERSES ET LES SUASORIAE

1 . Pourquoi, quand et suivant quel plan général Sénèque a composé son ouvrage.— 2. Sommes-nous assurés que Sénèque nous rapporte exactement les paroles des déclamateurs ? — 3 . Comment a-t-il pu le faire ? — 4. Succès du livre. — 5. Dans quel état il nous est parvenu.

I . Pourquoi, quand et suivant quel plan général Sénèque a composé son ouvrage. — Sénèque avait beaucoup vu, beaucoup entendu et beaucoup retenu (I Préf. i-5) ; aussi, à la prière de ses enfants {ih. i), entreprit-il de leur parler des déclamateurs célèbres qu'ils n'avaient pu connaître, mais de ceux-là seulement : lorsqu'ils lui demandent quelques détails sur Scaurus, il proteste parce qu'il s'agit d'un homme qu'ils ont entendu en compagnie de leur père (X Préf. 2). Il cédait d'autant plus volontiers à leur requête qu'il pouvait ainsi former leur goût en notant à la fois les exemples qu'il faut imiter et ceux qu'il convient de fuir (II 4) 12 ; IX 2, 27). En outre, dans la rédaction de ses souvenirs, il voyait un moyen de sauver de Foubli les principaux déclamateurs, et, en citant exactement leurs paroles, d'empêcher les plagiaires de se les approprier et d'en tirer honneur (I Préf. 11). Enfin il songeait au public ; lui-même nous le dit {ih. 10) et tout nous le prouve : il se propose de piquer la curiosité (IV Préf. i); c'est pour cela qu'il n'introduit les déclamateurs que successivement; c'est pour cela qu'il s'arrête de temps en temps afin de donner son opinion sur telle ou telle question intéressant l'art oratoire ; c'est pour cela qu'il sème les Controverses ou

les Suasoriae d'anecdotes souvent fort amusantes et joliment troussées, où il craint (X 5, 22), mais généralement sans motif, de dépasser la mesure (i) ; c'est pour cela enfin que, à l'exemple de Cicéron, il a mis en tête de chaque livre une Préface, morceau d'apparat, mais qui se rattache étroitement au sujet.

Aussi ne faut-il pas en croire Sénèque, lorsqu'il nous dit (1 Préf. 4) q^'il "6 suivra pas un plan fixe, s'en remettra aux caprices de sa mémoire et pourra très bien séparer des paroles dites le même jour, dans une même controverse, et "en rapprocher d'autres, prononcées dans des écoles différentes, à plusieurs jours ou à plusieurs années d'intervalle. Sur ce dernier point, il ne nous trompe pas : nous voyons la première controverse du Livre I déclamée à la fois chez MaruUus (I Préf. 24) 6t chez Cestius (I i, 22) ; nous trouvons la troisième développée par Latron, qui a c\û quitter Rome vers i5 av. J.-G. et s'est tué en 4 ou 3 av. J.-C, et par Quintilius Varus, vers 9 ap. J.-C. De là résulte que, s'il est possible de dater d'une façon soit absolue, soit relative, certaines sententiae ou colores, d'affirmer, par exemple, que le développement de Latron sur l'adoption (II 4' i^) se place en l'j av. J.-C, ou que les paroles qu'il prononce dans la Controverse II 6, 5 sont postérieures aux observations que lui a présentées Pollion (II 3, i3), il n'en est pas moins vrai que l'on ne peut étendre à toute la Controverse la date fournie par un passage, ainsi que l'a fait, par exemple, Lindner dans ses brochures, d'ailleurs intéressantes et utiles.

Mais ces sententiae ou ces colores, il n'en laisse pas le choix au seul caprice de sa mémoire ; la preuve en est qu'il ne nous cite pas les paroles de certains déclamateurs, Votiénus Montanus, Labiénus, Moschus et Clodius Turrinus, par exemple, avant de nous les avoir présentés dans une préface ; certains

(i) Voir, pour ne citer que les principales anecdotes, II 2, 12 sur Ovide ; Il /j, II sur Fabius Maximus ; ib. i3 sur Agrippa; III Préf. i6-fin : Cassius Sévérus et Geslius ; VII Préf. 6-fin : sur les mésaventures d'Albucius ; VII 3, 9 sur Cicéron et Labérius; VII 4> 6-7 sur Galvus ; IX 4» 17 sqq. sur Asilius Sabinus ; IX 0, i5-i6 sur Votiénus Montanus ; X 5, 21 sur Craton ; X 5, 27 sur Zeuxis ; S. i, 6 sqq. sur Antoine et les Athéniens; S. 3, 5 sqq. sur Fuscus et Gallion.

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déclamateurs, comme SépuUius Bassus, ne figurent que dans un seul livre ; de plus Sénèque n'oublie jamais le but qu'il s'est proposé et il supprime tout ou partie du discours d'un orateur, lorsqu'il ne voit pas d'utilité à le citer en entier (II I, 27, refera oui rei quisque maxime institerit) ; c'est ainsi que, dans la Controverse 6 du Livre II, les paroles de Latron commencent par les mots suivants : Ufriusque tamen comparetur luxuria (§ i). Il n'a pas non plus donné place dans son livre à tous les sujets qu'il avait entendu traiter ; en effet, au cours de son ouvrage, il en énonce plusieurs, soit de Controverses (I 2, 22; 4r 7; 4j ^ S. 2, 21 ; 4, 4X soit de

Suasoriae (II 2, 8 ; 4» ^ ; VII 7, 19), qu'il a laissés de côté ; il est même certain qu'il connaissait d'autres thèmes, car il est à remarquer qu'il ne mentionne même pas celui sur lequel il avait parlé (i). C'est que Sénèque a choisi uniquement les matières qui pouvaient, ou intéresser ses enfants, en leur permettant de juger un déclamateur célèbre, ou leur être utiles en leur offrant un modèle avec lequel ils voulussent rivaliser (S. 2, 10). Ces sujets, il les a répartis lui-même en livres (II Préf. 5 ; IV Préf. i ; X 5, i3), dans l'ordre où ils sont classés aujourd'hui. En effet, on nous renvoie pour la division de la Controverse 5 du Livre X (§ i3) à la Controverse 4 de ce Livre : de même la division de la Controverse i du Livre II commence j)ar ces mots (§ 19) : Non puto ços quaerere quomodo haec controçersia divisa sit, cum habeat negotii nihil, et celle de la Controverse 2 (§ 5), par : Et haec controçersia non eget subtili divisione ; ce et ne s'expliquerait pas sans la Controverse précédente.

D'ailleurs l'àg-e auquel il a composé son ouvrage suffirait à expliquer que, pour prévenir tout oubli, il ait dû se faire, à l'avance, un plan strict. Dès les premières lignes (I Préf. i), il se plaint douloureusement des inconvénients de la vieillesse, et, à coup sûr, il ne s'est guère mis à l'œuvre avant l'an 87, puisque, dans la Préface du Livre IV des Controverses, il parle de Cassius Sévérus comme d'un mort et que la mort de ce personnage semble devoir être placée en 87 (Nipperdey,

(i) Cf. supra p. i3.

éd. de Tacite, Ann. ^, 21) ; or Sénèque a commencé par les Controverses (II 4' considérant sans doute les Suasoriae comme moins difficiles et ofFrant moins d'intérêt (Tacite Dial. 35). Il était donc plus que nonagénaire lorsqu'il rédigeait son livre ; il était à soixante-quinze ans et plus des Controverses qu'il avait entendu traiter pour la première fois : c'est une nouvelle raison de chercher s'il a reproduit exactement les paroles des déclamateurs et comment il a pu le faire.

2. Sommes-nous assurés que Sénèque nous rapporte exactement les paroles des déclamateurs ? — Tout semble s'accorder pour prouver qu'il s'est montré historien fidèle. D'abord certains des mots qu'il nous cite se retrouvent ailleurs, attribués exactement aux déclamateurs dans la bouche desquels il les place. Dans une Controverse (II 3, 6), Gallion s'écrie : Dura, anime, dura ; here (i) fortior eras ; Quintilien écrit (9, 2, 91) : Remissius et pro suo ingenio pater Gallio : « Dura, anime, dura ; here fortior fuisti (2) ». Il semble difficile d'admettre que Quintilien ait copié Sénèque, car, sans parler de la variante fuisti, le mot de Gallion est précédé, chez Quintilien, d'une sententia de Latron, qui ne se retrouve pas dans Sénèque. D'ailleurs ce n'est pas la seule preuve que l'on puisse invoquer en faveur de la véracité de Sénèque.

Sander (op. cit.) a montré que, pour la langue, on relève des différences notables entre les différents déclamateurs : ainsi Latron seul emploie le terme idcirco, tandis que les autres tournent par ob hoc, oh illud, etc. Karsten {op. cit.) a mis en lumière que les difterences individuelles apparaissent très nettement dans le style des principaux déclamateurs et correspondent exactement aux caractères que Sénèque nous signalait d'avance : on ne confond pas l'aigreur de Cestius avec l'éclat d'Arellius Fuscus, ou les développements moraux

(1) Here ajouté d'après Quintilien.

(2) Cf. ce mot d'Albucius (I 7, 18) : Panem, quem cani das, patri non das et ce passage de Quintilien (8, 3, 22) : Id., in declamationibiis est notabilius laudariqiie me puero solebat : « Da patri canem ; » et in eodem : « Etiam canem pascis ».

26 DÉCLAMATIONS ET DÉCLAMATEURS d'aPRÈS SÉNÈQUE LE PÈRE

de Fabianus avec les traits brefs, et les figures de toute sorte qui constituent le « cliquetis de Gallion » (Tacite Dial. 26 : tinnitus Gallionis).

Enfin les déclamateurs semblent s'être préoccupés des clausules métriques, mais tous ne paraissent pas, dans Sénèque, y avoir apporté une égale attention. Il y a une seule infraction (i) aux lois métriques, telles qu'elles ressortent des auteurs étudiés jusqu'à présent, dans Accaûs Postumius (2), Asinius Pollion (3), Broccus (4), MaruUus (5), Murrédius (6), Musa (7), Passiénus (8), SépuUius Bassus (9), Vallius Syriacus (10) et Vibius Gallus (11) ; il y en a deux chez Argentarius (12), Fulvius Sparsus (i3) et Menton (i4) ; trois chez Romanius Hispon (i5), Rubellius Blandus (16) et Triarius (17) ; quatre chez Julius Bassus(i8); cinq chez Gassius Sévérus (19) et Varius Géminus (20) ;

(i) Je me reporte naturellement à mon texte, où j'ai corrigé seulement les fautes contre les lois des clausules que faisait disparaître une correction évidente. — J'ai représenté ici par un point les ; et : .

(a) VII 6, 20 friig-aliorem habui quam vos.

(3) U, 5, 10 nos beneficium accepisse.

(4) II, I, 23 operta quaedam vitia.

(5) VII 2, 7 defendi potuit etiam Popillius.

(6) IX 6, 12 puellam : pater quid est rea ?

(7) IX 2, I a porta dimisit.

(8) VII I, 20 novercam quam accusare.

(9) VII 7, 17 redimendo constitui. v

(10) II I, 36 Theodorurn, cui non semper.

(11) IX I, 4 o,ut benefici memoria.

(12) 1 I, 18 etiam prohibitus aluisse. II 4> 6 si mater asserat.

(13) X 4' 8 simultates protraxerunt. 5, 9 snmas et siippliciiim.

(14) VII 2, 3 Popillio, nisi ei signum attulerit. IX i, 5 misereri soleas.

(15) II 5, 20 habuisset, si tacuisset. Vil 7, 12 tune primum fecisse. IX t, i5 dimittendi causam.

(16) VII 7, 17 isse et cum auro. IX 2, 2 meretricem non summovisset. X 2, i3 videri volui laboriosior .

(17) IX 2, 20 anno nullum esse occisum. X 2, 17 vicisse, et cessi. S. 7, 6 pactioni debere.

(18) 1 6, 4 Magnum dixisset. ex parvis surrexisse . 6 incidcrit, mata unà tolerare. IX 2, 4 damnatis habuisti.

(19) III Préf. 8 eminuerunt opère ? 10 quomodo alii timent. 17 Ciceronem quam se. 18 non aliud genus hominum esse. X 4, 2 sseviéntis magis hominum animos percellat. '

(20) VII 2, i3 qui vivam laniaret. 6, i5 fortunam timuit.S. 6, 11 Bruti castra. i3 occasionem praeriperet. i4 Pompei stultitiam.

six chez Albucius Silus (i) et Fabianus (2) ; sept chez Votiénus Montanus (3) et Gestius Pius (4) ; huit chez Gallion (5) ; neuf chez Fuscus (6) ; onze chez Silon (7) ; enfin vingt-deux chez Latron (8). Or, si nous considérons les trois déclamateurs chez lesquels nous avons constaté deux irrégularités, nous trouvons que les paroles de Sparsus et celles d'Argentarius occupent respectivement deux et trois fois plus de place que celles de Menton. Votiénus Montanus ne parle guère plus que Marullus ; il offre sept fois plus d'infractions aux lois des clausules; de même Varius Géminus intervient, dans les déclamations, à peu près aussi souvent que Vibius Rufus ; pourtant il présente cinq irrégularités, tandis qu'on n'en trouve pas chez Rufus ; Latron est beaucoup moins régulier que Fuscus et Pompeius Silon

(1) I 2, 18 armatiim ah inermi. VII 2, 10 fortunam esset. 7, i imperatores capiantur. IX 2, 6 misero meretrix nrridet. 5, i3 elati essent. defendere se volnisset.

(2) II I, II intiieri maluerint ? 12 in partem ejfugium sit. II 4, 3 demissis in terram ociilis. 10 fieri, sed etiam honestam. in lupanari habitantem. 5, 18 recte facere.

(3) X 2, 12 felicius an genuisses. i3 majestatis lege. 14 non laedet majestatem? i5 peccavit, an hoc possit? Romanus dederit. 18 objiciiintur, responsurum. 5, 6 posset beneficium meum?

(4) I 3, 10 damnantis, sed diibitantis ? VII i, 9 multis morimiir. X 3, i3 tamqiiam victa. S. i, 8 navigandum non esse. 5, 4 trophœa tollere. 6, 10 consummes vitam. 7, 2 Pompeium Caesar.

(5) 1 2,11 licentià dominorum . 12 virginitatem decerpunt? II 3, 6 repetitos alte gemitus. IX 5, 7 persond quam ex re. 11 videre velle, sed inspicere. 6, 20 oblitns innocentiae. X 5, 16 ciçes esse, servitutc tenuerit?

(6) 11 I, 7 vidisses certantes. 8 vestrum rogare discite. 4, 4 fiUum, nec hoc a fratre. 5, 4 minando torquet.Yll 7, 9 designato nimis ambitiose. S. 3, i aiino lex est. 4, I numinibus liceat? 5, i ut reverti possit. 6, 6 proscriptionibus objectiim.

(7) I 2, i5 conversata est virgo. 20 possit fortiina. ad vioLandam attulerat. II I, 20 eripere quam inhumanurn est! 21 heredem cupiente. VII 4, 4 praesens esset. IX 2, 5 clementem fecisset. 17 violabit majestatcm. 6, 14 partes ducat. X 5, 18 aliquem in hune usum emeret. S. 6, 4 permittit ut vivas .

(8) I I, 2 vultus quoque vestri ho'rtantur. 2, i dum sacerdos legitur, 4, i meis tantum maledixi. 5, 4 raptorem défendis. 6 honorent servetur. lutior esset. 8, II aliquem locum et affectus. II 7, i damnatae perdenduni est. expédiât fuisse adulteram. 3 amari potaisse. 9 incidisse fabulam. VII 6, 14 nequam fecisti. 7, 10 litis causa. 8, 2 puellae démit te. IX 1,9 ignoscendum illi sit. X 1,8 accusator aut reus Caio? 3, 12 fuisse partium ducem 4, Il tenetur, sed caedis. 5, 17 cognosci possit. 6, i summoveri non j'ussit. S. 2, 4 nostro detractum est. 6, 3 ut Cicero timeat.

qu'Albucius. Or, il est invraisemblable que l'on prête à Sénèque l'idée de doser ainsi la prose métrique, suivant les orateurs. La conclusion est donc que cette observation plus ou moins stricte, suivant les déclamateurs, des lois des clausules métriques, nous est une nouvelle et dernière preuve de l'exactitude de Sénèque , d'autant que lui-même semble négliger la prose métrique (i), et que, dès lors, s'il ne s'attachait pas à reproduire fidèlement le langage tenu par chacun des déclamateurs qu'il fait parler, il mettrait dans leur bouche un nombre beaucoup plus grand et plus constant d'infractions aux lois des clausules que nous n'en avons relevé.

3. Comment a-t-il pu nous rapporter exactement les paroles des différents déclamateurs ? — Puisqu'il parait certain qu'il nous a rapporté exactement les paroles des différents déclamateurs, il nous reste à voir comment il a pu le faire, car enfin sa mémoire, si extraordinaire fût-elle (I Préf. 2-3), ne pouvait suffire à un pareil effort. Evidemment, elle avait conservé le souvenir d'un certain nombre de traits remarquables, soit que Sénèque les eût lui-même entendus dans les écoles de déclamation où, nous l'avons vu, il aimait à fréquenter, soit que ses amis les lui eussent rapportés. On se transmettait, en effet, d'école à école (II 4' 9 ; 6, i5 ; IX 2, 23 ; X I, i4), « les pensées que

(i) On trouve dans ses paroles 53 irrégularités : I Préf. 17 declamandum veniehat. 22 Mariilli passent. 7, 17 nec voluit narrare. 8, 10 honores intercipere. i3 bellicosum facerent. II Préf. i licentia vaga et effusa. 5 Romae docuit. I, 35 egregie tractavit. 37 causa faceret. 3, 11 mortiferum est non exorasse. 4, 10 fateri noluisse. 11 nunc laborat, intulit. 5, i5 sentiebat^ Blando accedebat. 6, 8 dixerat, objurgavit. III Préf. 4 dicentem interpellarent . IV Préf I et revocet, hoc ego facio. 3 suo quasi praeciperet. VII Préf. i probationibus aliis confirmabat. i, 21 colores detrectavit. 2, 8 privato judicio. 5, 7 omnes declamaverunt. i3 quinquennio tacuerat. 22 declamationibus habuit. 7, 10 proditorem non esse. IX i, 11 ut dubium sit an receperit. i3 causa facere. 2, 23 essent audire. discipulo auditor. 3, i3 Graece declamabant. 5, 16 dixerat, adjecit. 6, 11 illam, sed corrùpit. X Préf 3 quantum desereret. 6 post Ciceronem inventa est. 8 senatusconsulto urebantur. 9 naturam essent. i5 praerupta audere. 16 sed quia circumspectus . i, 9 ignoscendum illi sit. 5, 18 causa torsisse. S. 1,6 mille talenta. 16 a corruptis sana. 2, 11 etiamsi tutum esset. esset fugere. 16 palmam meruisse. 3, 3 impenderetur quam peteretur. 4 negavit credendum. 4, 4 ^^^o pareret. 7, 10 deliberaturus non fuerit. vitam redimendam esse, quanto fortuna. 11 debere fortiter pati. 12 Latinum conversae sunt. impune cessit.

faisait ressortir un trait bref ou pénétrant, ou les lieux communs revêtus d'un style choisi, poétique et brillant (Tacite Dial. 20) ; » c'est de cette façon qu'il a connu un certain nombre de traits, ceux, par exemple, des déclamateurs grecs qui ne sont jamais venus à Rome : il nous en avertit lui-même, avec sa franchise ordinaire (I 2, 28; 7, i4 ; 8, i5; VII 5, 11 ; IX 2, 26; 4» i5 ; 5, i4; 6, 16 ; 6, 18; X 5, 26; S. 2, 11 ; i4). D'ailleurs il est à supposer qu'en écoutant les déclamateurs, il prenait des notes, comme faisait Albucius à l'école de Fabianus (VII Préf. 4), et que, à la façon des écoliers d'alors (Tacite Dial. 20), il notait, une fois rentré chez lui, les traits piquants ou les couleurs ingénieuses qu'on lui avait rapportées.

Il possédait aussi plusieurs moyens d'aider sa mémoire. L'ouvrage d'Othon sur les Couleurs (13, 11 ; II i, 34) devait contenir des documents précieux; Sénèque avait eu peut-être à sa disposition les brouillons de son ami Latron (I Préf. 17); enfin, s'il est vrai que les professeurs, pour .simplifier leur tâche en se ménageant le moyen de donner plus d'une fois le même corrigé, n'aimaient pas encore (cf. Suétone, de rhet. i) à publier les déclamations qu'ils avaient traitées (1 Préf. 11), quelquesunes cependant avaient été livrées au public {ib. fere), celles de Gestius (III Préf i5), de Gallion (X Préf 8 et Saint- Jérôme, Comment, ad lésai 8 Préf.), de Capiton (X Préf. 12), et sans doute de Fuscus (S. 2, 10) et de Scaurus (X Préf. 3). De même pour certaines œuvres grecques, comme l'atteste le passage suivant de Sénèque (S. i, i3) : « Tai trouvé un trait de plus mauvais goût encore chez un certain Ménestrate, déclamateur d'une certaine réputation à son époque. » D'ailleurs, si aucun document n'avait été publié, comment Sénèque pourrait-il parler, d'une façon générale, de la manière dont la génération précédente (I i, i3 antiqua) faisait le plan des Controverses ? Tout nous prouve donc que nous trouvons dans l'œuvre de Sénèque un tableau exact des déclamations et un portrait fidèle des déclamateurs : c'est là une des raisons qui explique le succès du livre.

4. Le succès du Livre. — En effet, Suétone ne le cite nulle part dans le de Grammaticis et Rhetoribus, mais il

30 DÉCLAMATIONS ET DÉCLAMATEURS d' APRÈS SÉNÈQUE LE PÈRE

l imite (i) ; il n'y a aucune allusion à l'ouvrage de Sénèque dans Y Institution Oratoire (2), mais les Déclamations publiées sous le nom de Quintilien, et dont un grand nombre ont bien l'air d'être de lui, témoignent que celui qui les a écrites avait sous les yeux les Controverses de Sénèque : j'en ai donné de nombreuses preuves dans les notes qui font suite à ma traduction de Sénèque ; j'en rappellerai quelques-unes ci-dessous. A propos de la loi d'école : Liheri parentes alant aut vincianiur, on lit, dans les Grandes Déclamations de Quintilien (5, 8; p. m, éd. Burman) : bonum patrem filius alat, lex malum. Or, dans les Controverses, Latron dit, à propos de cette même loi (I 7, 11) : legem hanc pro malis patribus scriptam esse^ bonos etiam sine lege ali. Comment supposer que les deux traits que voici : Non est. . . credibile ut mori volueris absolutus, qui reus noluisti (Quint. Décl. 17, 12 ; p. 342, éd. Burman), ou nemo inde cœpit, quo incredibile est pervenisse (i, 6 ; p. 11 Burman) n'ont pas été inspirés respectivement par deux mots d'Albucius et de Triarius : Parricidi reus çivit, qui abdicatus mori voluit (VII 3, 3), et : Quis.... inde incipit quo pervenire difficile est (VII 5, 6)?

L'imitation est encore plus apparente pour les Petites Déclamations de Quintilien ; elle saute aux yeux si l'on compare aux Controverses VII 8 ou IX 6 les Déclamations 309 et 38i, où la même matière est traitée. Prenons comme exemple la Déclamation 38i ; il y est question, comme dans la Controverse IX 6, d'un homme qui, resté veuf avec un fils, contracte un second mariage dont il a une fille. Le fils meurt bientôt ; le père accuse d'empoisonnement la marâtre, qui déclare avoir eu sa fille comme complice ; le père défend la fille. Dans l'édition Ritter, le développement de la Déclamation 38i va de la page 4^5, 23 à la page 4^6, 18 : voici les parties inspirées par la Controverse IX 6 :

(1) V. Macé. op. cit., p. 1248 sqq.

(2) Quintilien nomme Sénèque, nous l'avons vu, comme déclamateur (9, 2, 42) ; ailleurs (9, 2, 98) il parle d'un Sénèque, sans qu'on puisse savoir s'il s'agit du père ou du philosophe : Haase penche pour le philosophe.

1^15, '2^ Proferte a sinu nutricis ream. Non peccant hi anni, ne in novercis quidein.

4^25,26 Parvulae serpentes non nocent ; ferae etiam mansuescunt.

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