‹ Les décorations du Panthéon: extrait de l'ArtisteChapitre 6 sur 9 · GUIZOT · texte numérisé non relu

GUIZOT

C'est, comme on le voit, une histoire assez embrouillée que celle de ces pendentifs, La commande en remonte bien à 182 1, mais l'artiste, sûr désormais que personne ne lui disputera si belle place, et pressé sans doute par d'autres travaux que réclament impatiemment de lui et la Cour et la Ville, paraît avoir laissé de côté, et comme en réserve, la tâche monumentale tant désirée jadis. Funeste exemple que donnait là inconsciemment Gérard à ceux qui, depuis, ont accepté, pour le même monument, des commandes pareilles, pareillement négligées par eux. Ces derniers venus, qui aujourd'hui regardent avec une certaine sévérité les tons trop durs sans doute et trop peu harmonieux des pendentifs et leur composition un peu chargée, devraient méditer les causes de l'imperfection de l'ouvrage, et combien il est dangereux pour un peintre d'attendre que les années aient fatigué ses yeux ou épuisé la vigueur de son génie, pour se mettre enfin, et de guerre lasse, à l'exécution d'une grande machine réclamant toute la puissance d'un talent en pleine maturité, et qui dans son beau temps eût mis le comble à sa gloire, tandis qu'à l'heure où les forcies défaillent, où Toeil et la main ont perdu leur sûreté, cette mâle entreprise ne sera pluls pour le savant compositeur à!Auslerlit\^ de Y Entrée d'Henri /V'et des A^es de l'homme^ qu'une source de diminution, de harcellement et d'amères inquiétudes.

Pourtant cette commatidè, quasi importune, Gérard se la rappelait de loin en loin, non sans remords, faut-il penser. Le 14 février 1826, M. Thiers, dans une lettre à l'artiste, disait : . .

»■■■■■■ ■ "■■■■ ■■ — —■ — -.■■ — ■■ iiwiii ii^..^— ^.■.— ■■ ^^^ — ■ ■.■,■,■.»- ■■■-■ ■■■ — —■ !■■■■ — ■. ■■■■■■■M» «Mil ■ m^ ■ »■■- ■ >!■ ■ *

« ... Je répondis à M. Laflîtte que le nouveau tableau du Sacre et les pendentifs allaient vous occuper... »

(Page 356 de la Correspondance de Françoh Gérard. t*âri$, 1867.)

Je veux bien croire avec Fr. Grille que les sujets principaux, ou plutôt les titres des pendentifs, étaient arrêtés dès Torigine dans Timagination du peintre. M. Henri Gérard possède un certain nombre de compositions importantes, cherchées au crayon par son oncle, particulièrement pour le sujet de la Justice, et il en- est parmi elles qui avaient été conçues dans un ordre plus simple ^ plus sobre et peut-être plus grandiose d'expression et d'effet que celle définitive* ment réalisée en peinture. M. Henri Gérard a bien voulu nous montrer aussi diverses combinaisons peintes pour le sujet de la Mort, qu'il aurait été intéressant de faire connaître dans l'exposition de peintures décoratives ouverte dernièrement au public par le Musée des arts décoratifs; elles y auraient tenu place à côté de l'esquisse de la coupole de Gros, prêtée par la ville de Paris, et à côté dé l'étude, peinte encore par Gros, pour le groupe de Clovis et Clotilde destiné à la même coupole. Dans ces préparations dessinées ou peintes pour les pendentifs, je ne vois rien d'un caractère exclusivement religieuk, et c'est toujours l'esprit d'allégorie morale qui fait le fonds des inventions de Gérard. Faudrait-il admettre que ces diverses pensées qui nous restent de l'artiste soient toutes postérieures à l'ihvitation que lui adressait si directement, en septembre 1830, M. Guizot, relativemçnt aux « changements que réclamaient les compositions précédemment arrêtées, dans un sens purement patriotique et national? » M. l'abbé Ouin- Lacroix dit bien que « les plans et les dessins des compositions étaient choisis et arrêtés lorsque éclata la révolution de Juillet; mais des cartons composés pour une église ne pouvaient plus convenir à la nouvelle destination de l'édifice. Gérard alors, avec sa souplesse de talent et sa puissance d'imagination accoutumées, changea entièrement ses plans. » Je ne suis pas aussi convaincu que M. l'abbé Ouin-Lacroix quô lés plans aient été «entièrement changés», et je donnerais volontiers « à l'appui de mon doute ces quelques lignes extraites de la réponse du baron Gérard à M. Guizot, en date du 3 octobre 1830 :

« Monsieur le Ministre, dans le choix des premiers sujets, j'avais déjà cherché autant qu'il était en moi, à sortir des données ordinairement suivies dans les ouvrages qui décorent les temples catholiques. Je ferai niés efforts pour prouver combien je suis pénétré dés sentiments {sic) que doit inspirer la destination définitive de cet édifice, et je serai heureux de soumettre mes pensées à votre approbation, avant de comrtiehcér cet important travail. % * .

Page 1