‹ Les décorations du Panthéon: extrait de l'ArtisteChapitre 8 sur 9 · GUFFROY · texte numérisé non relu

GUFFROY

« Lieutenant-colonel au corps royal d'état-major, employé au ddpât général de la guerre, section historique. »

Mais voici, grâce à Dieu, une pièce d'importance qui nous fournit un ensemble de détails très curieux sur les projets de la Restauration relatifs à la décoration de Sainte-Geneviève et aussi sur les premières idées du régime nouveau, alors qu'il s'agit de raccorder le monument avec sa destination de 1791 :

« Paris, 16 septembre i83o^

« Monsieur le Ministre,

. « Vous me. demandez par la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'adresser le 6 de ce mois, des renseignements sur l'état de conservation des sculptures détachées du fronton du Panthéon, à l'époque à laquelle ce monument fut affecté au culte catholique.

« Je me suis empressé de faire constater l'état de ces sculptures, ainsi que des bas-reliefs qui décoraient le porche et ont été également enlevés.

« Ces recherches m'ont conduit à me rendre compte de l'origine de divers changements apportés à la décoration de ce monument, et comme il ne peut qu'être utile que vous soyez éclairé sur ces faits, je vais, Monsieur le ministre, vous soumettre le résultat de mes recherches.

« Dès 1816, on s'occupa de faire disparaître les traces de la destination donnée par l'Assemblée constituante à l'ancienne église Sainte-Geneviève. M. le chef de la 4* division du ministère écrivit le 17 février de cette année à M. le chevalier Bruyère, alors directeur des travaux publics, que sur sa proposition, et après avoir pris les ordres du Roi, le ministre ordonnait qu'on fit disparaître sans éclat l'inscription : Aux grands hommes la Pairie reconnaissanté.

« M. le chevalier Bruyère n'ayant pas cru devoir déférer à cette notification, le ministre lui écrivit lui-même, le 19, de faire supprimer l'inscription placée dans la frise du frontispice du monument et à ses autres parties, ce qui fut exécuté.

« Ensuite, on opéra successivement la suppression des sculptures d'ornement qui offraient des emblèmes de la Révolution.

« En 182 1, le Panthéon ayant été mis à la disposition du clergé, il exigea l'enlèvement des sarcophages de Voltaire et Rousseau.. Mon prédécesseur, M. le baron Hély d'Oissel, trouva le moyen d'éviter l'entière expulsion de ces restée précieux, en faisant déposer les sarcophages dans le caveau situé sous le porche extérieur.

« La clôture de ce caveau fut fortifiée, et les clefs de la porte qui y donnait entrée restèrent entre les mains du directeur. Immédiatement après les événements de Juillet, je fis rétablir les sarcophages aux places qu'ils occupaient autrefois.

5o SOUVENIRS D'UN DIRECTEUR DES BEAUX-ARTS.

«V L'ordonnance du 12 avril 1821, qui affectait Tédifice au culte catholique, prescrivait la suppression des ornements et emblèmes étrangers à ce culte.

« On se borna à continuer le remplacement des ornements intérieurs et à faire couvrir de toiles les bas-reliefs du porche. Quant à celui du fronton, on espéra le conserver en lui donnant, au moyen de quelques légers changements, un 'caractère religieux, et un dessin fut demandé dans ce but à M. Gaulle, élève de M. Moitte, auteur de ce bas-relief.

« Au commencement de 1822, je succédai à M. le baron Hély d*Oissel et suivis la même marche que lui; mais en 1823 je reçus du ministre l'ordre de nie conformer à ce que prescrivait M, l'archevêque de Paris, pour le remplacement dès bas- reliefs.

« Ce prélat décida sur place que le bas-relief du fronton serait démoli surle-champ et qu'ion lui substituerait une croix entourée de rayons lumineux. Tout ce que je pus faire fut de recommander les plus grandes précautions dans la démolition et le dépôt des restes de ce bel ouvrage dans les magasins du ministère, à l'île des Cygnes. J'éludai l'exécution d'une décision ministérielle qui mettait à la disposition de M. le préfet de la Seine les trois figures principales.

« Enfin, en 1827, cinq bas- reliefs furent commandés pour remplacer ceux du porche, que je dus faire enlever,

« Quelque soin qu'il ait été apporté dans la démolition, ces bas-reliefs ont beaucoup souffert.

« Il reste du groupe principal représentant la France décernant les couronnes de l'immortalité :

« I® La granie figure assise formant le centre de la composition;

« 2® La figure de femme placée à la gauche du spectateur;

« }^ La tète et une main de la figure du génie de la Force.

« Des sujets accessoires qui remplissaient les angles du fronton et se composaient savoir : à l'angle droit, d'un char attelé de deux lions, au-dessus desquels planait une figure ailée, représentant la Liberté; et à l'angle gauche, d'un autre char traîné par des chimères que repoussait un génie armé d'un flambeau ;

« Il ne reste : .

« Que les deux lions, la tète, la partie supérieure du corps et les pieds de la figure de la Liberté, et quelques fragments. d'une figure couchée, placéeà l'extrémité de l'angle gauche; enfin, la tête et les jambes du génie placé dans l'angle à droite.

« Toutes ces parties sont dans un bon état de conservation; M. Gaulle (i) pense qu*on parviendrait facilement à restaurer ce grand bas-relief, et qu'il

(i) Citons ici en note un extrait du rapport de Gaulle, auquel font allusion les lignjîs de Péngord :

LES DÉCORATIONS DU PANTHÉON. 5i

n'y aurait à refaire que le corps du génie de la Force dans le groupé principal, les deux chars des angles avec leurs accessoires^ et une portion de la figure ailée de femme, placée au-dessus du groupe des .lions.

« M. Baltard (i), architecte du Panthéon, doute que cette restauration

• A Monsieur le Secrétaire d'État, Mi}%istre de V intérieur»

« Paris, le i5 septembre i83o.

c Monsieur,

« Élève de Moitte et adjoint à la commis*

sion de laquelle il faisait partie, pour aller recevoir à Rome les monuments d'art que la victoire avait mis entre nos mains, Tamour des arts et de la patrie m'avait fait songer à proposer des moyens pour sauver d'une destruction totale un monument qui intéres* sait sous tant de rapports et dont l'arrachement paraissait résolu : mon projet, tel qu'il est indiqué sous le n* 2 avait reçu une approbation flatteuse et j'avais été autorisé à rendre ma pensée par un dessin fait sur une grande échelle, et qui doit être encore dans les archives de votre ministère; j'ai vainement attendu un résultat plus heureux, le bas* relief a été détruit, et le seul caprice, comme vous le verrez par le croquis n*^ 3, a pré« sidé à cette exécution; néanmoins, ce qui reste peut être replacé, et comme le modèle qui a servi à l'exécution de ce bas-relief est conservé à l'École des Beaux'-Arts, rien ne serait plus facile que réparer les dégradations ; on gagnerait à cela une prompte jouissance et une grande économie de dépense, d'abord, en se servant du modèle pour ne rapporter de pierre que ce qu'il en faudrait pour réunir les fragments conservés, et il serait inutile de remplir le tympan du fronton en entier; en second lieu, ce modèle d'une exécution soignée, porte encore les points où l'artiste avait pensé devoir donner plus de volume à'de certaines parties; par ce moyen, ce travail ne serait plus qu'un objet de manutention ; enfin les assises des morceaux conservés ont de 6 à 8 pouces de queue, ce qui suffirait au scellement.

c Au résultat, en rétablissant ce beau bas-relief, il y aurait justice, économie et prompte jouissance, ce qui est quelque chose en France; il est aussi à présumer que l'opinion publique en serait flattée •

« Gaulle, • Statuaire au magasin des marbres du ministère de Vintérieur, rue de VUniversité, au GroS'Caillou. •

(i) Le projet de restauration du bas-relief de Moitte souleva entre M. Baltard et M. Périgord une polémique d'une violence extrême, qui semble l'explosion d'une rancune déjà ancienne et qui éclata en dehors même des bureaux administratifs par une lettre imprimée que l'architecte du Panthéon fit distribuer aux architectes ses confrères, et dont il envoyait copie, le 23 octobre, au ministre de l'intérieur, avec des commentaires fort acrimonieux contre son ennemi.La riposte de M. Périgord à l'attaque publique de M. Baltard contenant certains faits intéressants pour le sujet qui nous occupe, nous croyons devoir, malgré sa longueur, la donner ici en note in extenso :

c Monsieur le ministre,

< M* Baltard, architecte du Panthéon, a eu le malheur d'être, en 1823, l'iniBtrument de la destruction du beau bas^relief qui décorait le grand fronton de ce monument. .

« Aujourd'hui il est appelé, en exécution de vos ordres du 6 septembre dernier^ â donner ses soins à la restauration de ce chef-d'œuvre de sculpture. Personne ne lui eil a reproché la démolition; il n'a été recherché, ni inquiété en aucune manière.

t Cependant il lui a plu de supposer qu'il était à cette occasion en butte aux traits de

5a SOUVENIRS D'UN DIRECTEUR DES BEAUX-ARTS.

ait un plein succès, et voit beaucoup de difficultés à coordonner et replacer ces fragments.

'« Je croîs, Monsieur le ministre, qu*avec du zcle les difficultés seront surmontées et je vois trois motifs de tenter cette restauration : d'abord le soin

la calomnie, et sous le prétexte de les repousser, il répand un imprimé par lequel il dévoue un chef de bureau de la direction des travaux publics à la haine des artistes.

c Ce chef de bureau, c'est moi; et je viens, Monsieur le Ministre, vous supplier de faire examiner les odieuses imputations que m'adresse M. Bal tard. Si j'étais un calomniateur^ comme il voudrait le faire croire, je serais indigne de rester attaché à votre ministère. Faussement et perfidement accusé, j*ai droit à une éclatante réparation, et je l'obtiendrai de votre justice.

c J'ai l'honneur de mettre sous vos yeux l'imprimé que publie M. Baltard. Il se compose de la copie d'une lettre de M. le directeur des travaux publics, du 26 mai 1823, accompagnée de notes par lesquelles cet architecte me demande compte du sens d'un paragraphe de cette lettre, ainsi que des bruits que, suivant lui, on a accrédites en 1823 et qu'on voudrait répandre encore aujourd'hui pour lui nuire.

«c En ce qui concerne la lettre, je pourrais me contenter de répondre que, quoique j'en aie été le rédacteur, il ne m'appartient pas de satisfaire la curiosité de M. Baltard, et qu'il devait s'adresser à l'administrateur qui l'a signée.

« Mais, comme il n'y a jamais rien eu de mystérieux dans les actes de la Direction des travaux publics, je déclare qu'on trouvera au dossier des travaux du Panthéon (premier semestre 1823) deux notes de la main de M. le directeur, qui renferment textuellement le paragraphe si ingénieusement commenté par M. Baltard.

« Je n'ai aucune connaissance des bruits qu'il dit avoir été accrédités sur son compte en 1823, ni de ceux qui peuvent être répandus aujourd'hui, et il m'est permis de croire qu'ils n'ont d'existence que dans l'imagination un peu troublée de cet artiste.

« En effet. Monsieur le ministre, si l'opinion que M. Baltard a été révolutionnaire eût été accréditée en 1823, elle serait parvenue aux missionnaires, à M. l'archevêque, à M. le comte. Corbière; comment supposer qu'ils eussent souffert qu'il restât chargé des travaux de. l'église Sainte-Geixeviève ^

c Comment supposer que vous-même vous n'eussiez pas ordonné que l'on confiât à un autre le soin de la restauration du bas-relief du fronton, si on vous eût insinué, si on eût insinué à votre bureau des beaux-arts que M. Baltard avait volontairement démoli ce bas-relief, en haine de tout ce que les arts avaient produit de parfait et de grand avant la Restauration?

« Si à aucune époque, il n'a été rien dit, rien écrit dans la sphère des rapports administratifs, de désavantageux à M. Baltard; s'il n'a éprouvé aucun préjudice, aucun désagrément, de quoi veut-il me demander compte ?

« Comment qualifier l'assertion qui termine ses notes, qu'en les publiant il a cédé au besoin de repousser des attaques tant soit peu jésuitiques par leur caractère faux, contradictoire, calomnieux autant que possible.

a Certes, le moins qu'on puisse en conclure, c'est que M. Baltard éprouve de bien étranges besoins 1

« Mais, Monsieur le ministre, ils paraîtront plus étranges encore, s'il est démontré que la première proposition officielle de la démolition du bas-relief vient de M. Baltard.

<c Eh bien, cette proposition se trouve dans un état des grands travaux à faire à l'église de Sainte-Geneviève, présenté par cet architecte le i« mai 1823.

c Cet état, dont le résultat général s'élève à 1,216,000 francs, comprend quatre articles principaux ; savoir :

que Ton doit mettre à conserver l'œuvre d'un maître habile, tel que feu Moitte, l'avantage de satisfaire plus promptement la juste impatience du

public, et enfin une économie notable.

« J'ai l'honneur de vous proposer de confier cette restauration à M. David,

• La formation d'un chœur en hémicycle, ci. ^ . SyS^ooo fr,

« Les trois portes en bronze du péristyle. . i39,5ôô '

• • • va

a L^s quatre coupoles de la nef. . . 60,006

n Le changement du baS'-relief du grand fronton, .-..». w 70,000,

a Je défie M. Baltard de citer un ordre écrit ou verbal qui ait provoqué la présentation de cet état. Jusqu'alors il avait été prévu vaguement qu^on serait oblijçé de changer le bas- relief, mais il n'y avait eu ni décision, ni même de demande positive à cet égard.

* c L'état présenté par M. Baltard engagea la discussion. Il fut soumis au ministre et à Tarchevêque, qui ordonnèrent que le bas-relief serait démoli et remplacé par une croix dans une gloire. . >

a Un devis particulier fut demandé à M. Baltard. Celui qu'il présenta le i2 mai lie montait qu'à 22,858 francs. ...•,,,•.,

« Ainsi la lettre du 26 du même mois, qu'il a cru devoir publier, n'avait pas pour but de le contraindre à cette démolition, mais de lui- faire sentir la nécessité d'apporter de la célérité et de l'économie dans l'exécution. - '

• Il y à plus. Monsieur le ministre, il'etistait un moyen de saUver le bas-i-elief, et M< Baltard l'a négligé.

« M. Gaulle, sculpteur, élève de M. Moitte, animé d'un vif désir de conserver le chefd'œuvre de son maître, avait étudié les moyens de lui donner, sans l'altérer sensible-^ ment, uni aspect religieux qui pût satisfaire le clergé. Il avait présenté son dessin à M; le baron Hély d'Oissel, précédent directeur, qui* goûta beaucoup les idées de cet artiste, et conçut l'espoir de soustraire le bas-relief au pieux vandalisme des missionnaires, comme il lui avait déjà soustrait les restes de Voltaire et de Rousseau.

« Lorsque M. Baltard produisit sa proposition dui*' mai/ j'eus soin d'y joindre une note dans laquelle j'avertissais le nouveau directeur que, à la faveur du* projet de M. Gaulle, ce bas-relief pourrait être simplement modifié, ce qui, avec l'avantage de le conserver, offrirait de l'économie.

a II arriva que M. Thury, pressé par M. le Comte Corbière, obsédé par les mission-, naires et l'archevêque, se rendit au Panthéon avec ce prélat, et là consentit à la démolition de ce beau morceau de sculpture; en rcconimandànt qu'on y apportât le plus grand soin et qu'on en conservât les débris. . ,';'::

a M. Baltard, présent, fit commencer immédiatement la démolition. ' 1 —

« A son premier travail avec moi, M. le directeur me fit part des mesures prises^ Je me récriai et lui reparlai de la composition de M. Gaulle î il m'avoua qu'il avait perdu de vue ma note, et me témoigna sa surprise de ce'que M. Baltard n'avait jamais rien dit de ce dessin.

a Enfin il voulut le voir. M. Gaulle fut appelé, apporta sa composition, que M. de Thury approuva, comme l'avait approuvée M. d'Oissel. 11 exprima beaucoup de regrets de ne l'avoir pas vue plus tôt, persuadé qu'il fût parvenu à la faire agréer à l'archevêque.

« Maintenant, j'en atteste tous les artistes, n*est-il pas permis de penser que M. Baltard s'est résigné trop légèrement au sacrifice de ce beau bas-relief? Que tout autre architecte à sa place eût saisi avidement la planche de salut qu'offrait M Gaulle^ eût mis en avant avec insistance la composition de ce sculpteur, et n'eût épargné ni peines ni soins pour la faire adopter ^

a Ces réflexions, je dois en convenir, se sont souvent présentées à mon esprit. -Je hé

dont le zèle et le désintéressement égalent les talents, et qui sera charmé, j*en suis assuré, de rendre ce service aux arts et à la société.

« Des cinq bas-reliefs du péristyle, trois sont détruits sans Ressource, savoir :

« Celui au-dessus de la porte principale, ouvrage de M. Boichot, représentait la Nature, la Liberté, TÉgalîté et les emblèmes de la Mort' Celui dans le renfoncement à droite, dû au ciseau de M« Fortin, représentait la Patrie présentant les lois aux peuples. Le sujet du' troisième, qui occupait le renfoncement à gauche et avait été exécuté par M. Roland, était la Patrie montrante l'Innocence la'statue de la Justice^ et Temblème de Tinstitution du Jury.

« D^s deux bas-reliefs conservés, et qui peuvent être replacés, l'un qui était au-dessus de la petite porte à droite est de feu M. Chaudet et représente le Dévouement patriotique; le deuxième, qui était placé au-dessus de la petite porte à gauche, a été exécuté par feu M. Mc^sson (i). Le sujet est rinstrûction pub}ique.

« Ces bas-reliefs sont en pierre de Conflans.

« J'ai dit plus haut, Monsieur le ministre^ que cinq bas-reliefs avaient été commandés pour remplacer les premiers. Les sujets étaient tirés de la vie de sainte Geneviève.

« M. David était chargé des trois principaux occupant le centre du péris-' tyle. Il h*a fait que le modèle de celui du milieu, et même ne paraît pas Tavoir terminé.

. « M. Gayrard a terminé entièrement le modèle du quatrième, dont l'exécution mérite des éloges.

me souviens pas de les avoir jamais communiquées à personne ; s'il m'est échappé de les manifester, ce n'a pu être que dans l'intimité de la conversation, sans aucune intention de nuire à M. Baltard.

c II me force de les produire au grand jour. Si elles font tomber sur sa tête la haine et le mépris qu'il a voulu amasser sur la mienne, il ne pourra s'en prendre qu'à son aveugle méchanceté.

ç Je suis avec respect^ Monsieur le ministre,

<r Votre très humble et très obéissant serviteur.

« V.-Ch. Périgord.

« Secrétaire-chef des Bureaux de la direction des travaux publics de Paris.

tt' Paris, le 20 octobre i83o. » ■ . '

(i) Je crois qu'ici la mémoire de M. Périgord le sert mal. Le bas-relief de V Instruction publique ne doit pas être de Masson, mais de Lesueur. Il me semble plus juste de s'en fier à Quatremère, qui a commandé l'ouvrage, et à Rondelet qui Ta mis en place, et tous deux affirment que le bas-relief était de Lesueur. Masson avait bien exécuté une sculpture pour le même porche; mais c'était un groupe représentant le dévouement patriotique, m^me sujet que le bas-relief de Chaudet.

« M. Valcher a terminé aussi le modèle du cinquième, dont il ne m'a pas été rendu des comptes bien satisfaisants.

« Vous jugerez sans doute avec moi, Monsieur le ministre, qu'on ne peut diviser Texécution de trois bas-reliefs placés à côté les uns des autres, parce que ce serait s*exposer à des disparates plus ou moins fâcheuses, dans les compositions ainsi que dans le style, et qu'il est juste de laisser à M. David les trois bas-reliefs à faire à la place de ceux qui lui étaient confiés.

« Que quant à M. Gayrard, dont le modèle restera saris emploi, qju*il est juste également de lui donner une part dans les ouvrages de statuaire' à exé* cuter, soit dans d'autres parties du Panthéon, soit dans un autre monument.

« Je suis avec respect, Monsieur le ministre, votre très humble et très obéissant serviteur,

« Le conseiller d'Etal, directeur des travaux de Paris,

« Pour le directeur et par autorisation,

«Le secrétaire de la direction, « V. Ch. Périgord. »

Peu après, l'architecte du Panthéon proposait une idée de détail, mais qui ne manque pas d'ingéniostié :

A Monsieur le comte de Montaiipet, pair de France ^ minisire et secrétaire d'Etat

au département de V Intérieur.

« Monsieur votre père me permettait de lui soumettre moi-même dans son cabinet les projets de disposition pour son entier achèvement du Panthéon, qui eussent été adoptés sans doute, si des événements désastreux n'en avaient paralysé l'exécution. Je réclame auprès de vous la même faveur.

« De ce nombre de projets est celui pour la formation de quatre cours basses d'isolement, à former dans les angles rentrants de la croix. Ces cours maintenant peuvent, conformément à ma proposition dans vos bureaux et à la ville, conformément atissi à l'adoption de cette idée et de ma lettre du 2 décembre et des plans y annexés, servir à l'application immédiate de l'article 6 de la loi qui dit : « Seront gravées sur les murs du Panthéon les ins^ criptions suivantes :

« Aux citoyens qui ont péri pour la liberté ;

« Aux guerriers morts pour la Patrie ;

«Aux héros des journées de Juillet. »

« D'après vos ordres du 23 (?) décembre dernier, d'après mon rapport et mes plans du 2 décembre remis à la direction des travaux publics, les victimes de Juillet, qui ont reçu la sépulture dans différents quartiers de la ville.

seraient déposées dans des tombes, au milieu des cours à pratiquer, sous des arbres dont la verdure répandrait autour du Panthéon, comme dans les bois sacrés près les temples des Anciens, un ombrage silencieux en harmonie avec la gravité du monument;....

« Signé : Baltard. »

• Paris, (8 décembre i83o.

M. Paul Nanteuii a bien voulu nous communiquer le seul document relatif aux trois bas-ireliefs du porche du Panthéon commandés à son père et qu'il ait pu retrouver dans les pâpieirs de famille. C'est. la lettre suivante du ministre à l'artiste : ,

• Paris, le 3o juillet i83i.

« Monsieur, j'ai arrêté ainsi qu'il suit, par décision du 28 mai dernier et d'après votre proposition, les sujets des trois bas-reliefs que vous êtes chargé d'exécuter pour la décoration du porche du Panthéon.

« Le bas-relief de la porte principale représentera : « la Magistrature ayant « près d'elle la statue de la Justice qu'elle défend, protège l'Innocent, foule « aux pieds l'or, et repousse du glaive des hommes armés qui veulent s'op- « poser à l'exécution des lois ».

« Les deux autres représenteront : l'un, « les Sciences et les Arts dépo- « sant les productions de leur génie sur l'autel de la Patrie »; l'autre, « Cérès « enseignant l'agriculture à Triptolème ».

« Je vous serai obligé, monsieur, de vouloir bien me montrer, dès qu'elles seront terminées, les esquisses de vos compositions, afin que je les approuve et que je puisse déterminer les prix à vous allouer, pour l'exécution du travail important qui vous est confié.

« Je saisis cette occasion pour vous faire connaître qu'il s'est glissé une erreur dans la lettre du 7 décembre 1830 qui vous a éié adressée par le ministre de l'intérieur, et que les bas-reliefs ne^oivent pas être en marbre^ comme le portait cette lettre, mais bien en pierre de Conflans, comme les bas-reliefs du Dévouement militaire et de l'Instruction publique, avec lesquels ils compléteront la décoration du porche du Panthéon.

« Agréez, monsieur, l'assurance de ma parfaite considération.

« Le pair de France, minisire secrétaire d^Elal du commerce et des travaux publics,

« C. d'Argout. »

M. P. Nanteuii conserve dans son atelier de peinture les trois maquettes des bas-reliefs de son père. J'ai dit plus haut comment les deux autres basreliefs, avec lesquels « ils complètent la décoration du fronton du Panthéon »,

le Dévouement milUaire de Chaudet, et Vlnsiruclion publique de Lesueur, se trouvaient être les derniers restes de Tensemble primitif de travaux commandés en 1791 par Quatremère de Quincy.

Quant au fronton de David, cet immense fronton de 84 pieds de largeur sur 19 de hauteur, c'est dans le livre-monument que M. Henry Jouin a consacré au grand sculpteur qu'il faut chercher son histoire et son analyse :

<f Un premier bas-relief, ouvrage de Guillaume Coustou, avait décoré le fronton de l'église de Sainte-Geneviève. Brisé à la suite du décret de 1791, cetravail avait été remplacé par une page allégorique de Guillaume Moitte, représentant la Patrie couronnant les Vertus civiques et les Vertus guerrières. L'ouvrage de Moitte, couvert d'une toile en 1806, demeura caché jusqu'au jour où il fut détruit (1823). Une décoration nouvelle, en harmonie avec le culte de sainte Geneviève (i), allait être achevée, lorsque le décret de Louis- Philippe fit disparaître de l'édifice, toute trace de sculpture religieuse. Une composition au caractère national devenait nécessaire. Guizot restait chargé de Texécution du décret qu'il. avait contresigné. Appelé par lui, Charles Lenormant était directeur des beaux-arts auprès du ministère de l'intérieur. Archéologue et critique distingué, Lenormant avait en haute estime le talent et la personne de David. C'est lui qui fit attribuer au maître la commande du fron* ton... L'édifice que devait orner David datait de 179 1 dans l'esprit public. II lui fut demandé d'en respecter la genèse; il accepta. — Au centre du basrelief, debout, le front couronné d'étoiles, est la figure allégorique de la Patrie... David s'est inspiré, pour la tète de cette Muse, du portrait de la jeune patricienne qu'il avait entrevue à Rome, Cécilia Odescalchi. »

Puis M. Jouin décrit tour à tour les personnages qui remplissent la droite et la gauche de l'œuvre immense : à gauche, du côté de la Liberté, Malesherbes, Mirabeau, Fénelon, Manuel, Carnot, Berthollet, Laplace, Louis David, Cuvier, La Fayette, Voltaire, Rousseau, Bichat, et les élèves des Facultés; à droite, du côté de l'Histoire, le général Bonaparte, André Etienne, le tambour d'Arcole, et des soldats de chaque arme personnifiant la valeur militaire : un canonnier, un dragon, un lancier polonais, un hussard, un marin de la garde, un cuirassier et un grenadier de h J2* demi-brigade, dans lequel M. Jouin reconnaît Pierre Bertrand, Trompe-la -Mort, dont David a secouru la vieillesse indigente, et enfin des élèves de l'École polytechnique.

« Le fronton, poursuit M, Jouin, fut la source de contestations prolongées entre le statuaire et le pouvoir. Nous avons dit quelle était la situation des esprits lorsque parut le décret de i8}o. L'esquisse du bas-relief, présentée à Guizot, ministre de l'intérieur, fut approuvée sans réserve, et Tartiste s'occupa

(i) M. Jouin veut sans doute parler de cette croix rayonnant dans les nuages, que l'on voit substituée à la composition de Moitte dans la lithographie de Chapuy, en 1826.

delà préparation du modèle. Mais les événements se précipitèrent. La Fayette étant passé daiis les rangs de Topposition, le roi regretta que le général figurât sur le fronton. La mémoire de Manuel se perdait dans le passé. M. Thiers, alors ministre, appela David ; on était en 1834. L'artiste refusa de rien modifier dans l'esquisse officiellement acceptée. M. Thiers n'insista pas, et il contre^ signa la commande. David reprit son travail avec ardeur, et, au mois de juin 1837, le bas-relief était entièrement terminé. Le statuaire se croyait à l'ahri de difficultés nouvelles ; il se trompait.

« On sait que, dès le 29 juillet 183 1 , la fête anniversaire des « trois jours », présidée par le roi lui-même, qui s'était rendu au Panthéon, avait consacré la destination récente de l'église Sainte-Geneviève. Lorsqu'en 1834, à l'occasion du différend qui s'éleva entre le ministre de l'intérieur et David, on eut con« naissance des changements qui «s'étaient opérés dans l'esprit du roi^ Parchevèque de Paris conçut quelque espoir de faire rendre au culte la basilique construite par Soufilot. De& démarches furent faites aux Tuileries par M. de -Quélen, et aussitôt l'opinion publique prit parti dans la question. Proudhon devait se charger plus tard de justifier les prétentions du prélat. (P.-J. Proudhon, dw Principe de l*ari et de sa destination sociale, Paris, Garnier, 1865, in-i2.) Mais, à l'époque de ces luttes, l'homme qui eut le plus à souffrir ce fut David. Le 21 juillet 1837, M. de Montalivet, qui avait repris le portefeuille de l'intérieur depuis quelques mois, visita les sculptures du fronton. Le lendemain, le ministre faisait appeler l'artiste. Une longue conversation, relatée par David lui-même, fut échangée. Le statuaire se refusait à rien reprendre dans son travail, et demandait que le fronton fût découvert pour l'anniversaire des « Journées >). Il n'obtint pas gain de cause.

« C'est alors que la presse se prononça presque unanimement en faveur de l'artiste. « La gloire, écrivait Gustave Planche, entre comme élément néces- « saire dans la récompense. Impassible et désintéressée, cette assembhée de « grands hommes qui reçoit le prix de son dévouement encourage la foule à « bien faire, mais ne la pousse pas aux luttes tumultueuses. » (Le fronton du Panthéon^ Revue des Deux-Mondes du 1 5 août 1837.) — Les élèves de l'École polytechnique proposèrent à Tartiste de détruire l'échafaud par le feu et de découvrir ainsi son travail. Leur lettre, que nous avons sous les yeux, est adressée « Au sculpteur David, le citoyen indépendant, » Un membre de la famille Desgenettes, l'ancien chirurgien de l'armée d'Egypte, faisait part au sculpteur de son dessein d'organiser une inauguration populaire. David ne consentit à aucune manifestation. Remerciant ceux dont il recevait des marques d'estime, il ne cessa de donner l'exemple d'un grand calme et d'une dignité parfaite. Un matin du mois de septembre, deux inspecteurs furent aperçus descendant par l'escalier de la coupole; le lendemain, des ouvriers procédèrent

LES DÉCORATIONS DU PANTHÉON. Sg

à l'enlèvement de réchafaud, et, sans même que l'artiste eût été prévenu, le fronton fut découvert. Le peuple ne se montra pas moins empressé que la critique à admirer les sculptures de David. — Le 24 juin 1848, lors de la reprise du Panthéon sur les insurgés par le généra] Damesme, la mitraille endommagea gravement le fronton. David obtint de restaurer son travail. »

Et, dans les pièces justificatives du tome I*' de sa monographie définitive sur David d'Angers^ sa vie, son œuvre, ses écrits et ses contemporains, M. H. Jouin cite deux lettres adressées par Constant Dufeux, Tarchitecte du Panthéon, à M"* David, femme du grand artiste. La première est datée du 10 dé* cembre 1852 et fait allusion à la nouvelle transformation du monument, qui va être racontée ci-après, et aux projets non exécutés qui en furent la suite :

« Croyez, je vous prie, que Testime, TafTection et la reconnaissance que je porte à M. David sont en veille pour que rien de préjudiciable ne soit fait aux œuvres que nous avons de lui au Panthéon. Le modèle du fronton, pour lequel vous vous alarmez, était dans une salle qui va être donnée au maître de chapelle pour servir à Tétude du chant religieux. Ce modèle est trop grand, je crois, pour trouver place dans Tatelier de M. David. Je Tai fait descendre, à grands frais et avec la plus grande précaution, dans Tun des caveaux; il sera là, auprès des modèles de Soufflot, dans un lieu fermé et sûr, à l'abri de toute atteinte ; personne n'a songé à le casser, et je n'eusse pas laissé y toucher sans vous en prévenir. J'ai vu, il y a une douzaine d'années, la collection des modèles de David dans le Musée d'Angers; je me rappelle l'impression qu'elle m'a faite, et je sens qu'il est urgent qu'aucun de ces modèles ne disparaisse. — J'ai eu plusieurs fois l'honneur de me présenter chez vous, madame, sans avoir pu vous rencontrer ; je voulais vous entretenir, non pas de ce qui a été fait ou arrêté, mais de ce qui a été dit relativement au fronton. J'ai souvent pensé en écrire à M. David, mais comme en définitive rien n'a été résolu, je me suis abstenu, pensant seulement vous voir pour vous en parler. — Mon attitude auprès de tous, et particulièrement des personnes dont je dépends, a été d'abord de ne prendre l'initiative d'aucune proposition relativement au fronton. Quand il a été question, en pourparlers seulement, de le détruire (i), alors

(i) Je dois à l^obligeance de M. H. Jouin communication de la curieuse note suivante, relative au projet de démolition du fronton de David. M. Jouin tenait, je crois, cette anecdote de M. le baron Larrey lui-même.

« Vers le tepips où s'échangeaient les lettres de Constant Dufeux avec M»« David, le baron Larrey se trouvant au camp de Cliâlons, à la table de Napoléon III, le nom de David fut prononcé dans la conversation.

H — Vous connaissez cet artiste? dit l'Empereur au baron Larrey. .

« — Oui, sire, je le connais et je l'estime profondément.

• — C'est un adversaire implacable, m'a-t-on dit.

• — Cest un grand artiste, Sire; il a fait le fronton du Panthéon, et nulle part

Co SOUVENIRS D'UN DIRECTEUR DES BEAUX-ARTS.

seulement j'ai ouvert la proposition qui a depuis été formulée par un désir de le transporter à Versailles et de- le reconstruire dans une salle de verdure faite exprès dans les jardins, en choisissant un jour et une hauteur favorables. J*ai encore, par plus de précaution, demandé qu'un élève de David me fût adjoint, pour veiller à la démolition, reconstruction et réparation s*il y avait lieu. -— Voilà, madame, tout ce que j'ai à vous dire sur le fronton et sur le modèle. Si vous avez une place meilleure que celle que j'ai choisie pour conserver cette remarquable étude de monsieur votre mari, elle est à votre disposition, et je serais heureux de mettre tout mon empressement à satisfaire vos moindres désirs. »

Deux ans après la mort de David, Constant Dufeux écrivait de nouveau, le 6 janvier 1858, à la veuve du sculpteur :

« Je me mets tout à votre disposition pour livrer aux personnes que vous m'adresserez le beau modèle du fronton du Panthéon, exécuté par M. David d'Angers. Je suis heureux de remettre cet ouvrage enti*e vos mains, madame, parce que sa conservation sera actuellement assurée, et, le Musée d'Angers le recueillant, il sera le complément essentiel qui manquait, au milieu des œuvres déjà réunies de l'illustre statuaire angevin. J'ai souvent, en visitant les salies David, désiré ce qui va s'accomplir, et, lors de mon dernier voyage à Angers, il y a environ six semaines, j'ai proposé à M. Dauban de lui remettre ce modèle capital aussitôt qu'il pourrait le faire retirer du Panthéon, où je le conservais de mon mieuXy ce qui ne veut pas dire le mieux possible, puisque, malheureusement, je ne pouvais le tenir à l'abri des visiteurs qu'en le renfermant dans un caveau bien sec, mais à peu près privé d'air... »

Dans la visite que M. de Montalivet fit au Panthéon en juillet 1837, pour y examiner le fronton de David et les bas-reliefs de Nanteuil, il put donner l'ordre de découvrir également les pendentifs de Gérard, qui venaient d'être terminés pour la fête révolutionnaire.

Avant de quitter la série des travaux commandés pour le Panthéon à la suite de la Révolution de 1830, il nous faut encore, pour mémoire, transcrire ici trois billets. Seul souvenir pour nous d'une œuvre considérable du grand sculpteur Cortot, et qui devait évidemment, dans la pensée de l'architecte du monument, naturellement préoccupé de rentrer dans les anciens projets révo-

rimage sculptée de Napoléon {^' n'a revêtu une allure aussi grande que sur cette page

glorieuse, la mieux placée d'ailleurs dans la capitale pour que rien n'échappe de sa

valeur.

. c — Vraiment? dit l'Empereur, j'ignorais cela.

c< .— Ce que je viens de dire^ ajouta le baron Larrcy, vous sera confirme par tout homme de bonne foi.

« Cette intervention courageuse sauva le fronton de David d'un déplacement qui eût sans doute entraîné sa destruction. »

LES DÉCORATIONS DU PANTHÉON. 6i

lutionnaires de Quatremère de Quincy, tenir la place de la fameuse Renommée de Dejoux, dont nous avons parlé ci-dessus. Qu'est devenu le modèle colossal de rimmortalité? En quels plâtras se seront encore résolus ces 20,000 francs payés à Cortot? Quel éternel gaspillage de talent et d'argent pour ce pauvre Panthéon! Et dire que si la Renommée de Dejoux ou si l'Immortalité de Cortot avait été fondue et mise en place, nul gouvernement ne se fût avisé tout de bon de l'en descendre. Ce sont là des figures qui n'offensent pas assez violemment la conscience des partis, pour n'être pas acceptées par eux comme appartenant par leur forme, plutôt que par leur symbole, à la décoration d'un monument avec lequel elles semblent nées ; celle-ci y serait donc encore, et ce serait autant d'acquis pour l'ornement de la ville et du pays.

u Paris, le 2g novembre iSSg.

« Noie pour Monsieur le Minisire.

« M. Cortot, statuaire, membre de l'Institut, vient de terminer dans l'atelier de la fonderie du Roule le grand modèle de la statue de Vlniniortaliléy qui sera coulée en bronze pour être placée sur la lanterne du dôme du Panthéon.

« Ce modèle a 16 pieds de haut.

« Le chef de la troisième dimion du ministère de Vlniérieur. »

{Non signé.)

« La slalue de /'Immortalité, par Cortot,

« Par sa lettre au ministre, en date du 15 août 1837, Cortot annonce que le grand modèle en plâtre de la statue V Immortalité^ destinée à être placée sur le Panthéon, est achevé.

« U reçoit pour ce modèle 20,060 francs en trois acomptes.

Le premier, le 17 sept. 1835, de 6,000 fr.

Le deuxième, le 30 sept. 1836, de 6,000

Le troisième, le 1 1 avril 1837, solde 8,000

20,000 fr.

f Paris, le septembre iS3b,

« Le ministre de l'Intérieur au Préfet de police.

a Monsieur le Préfet de police,

« Le modèle de la statue colossale de V Immortalité destinée à être coulée en bronze polir être placée sur le sommet de la coupole du Panthéon, a été

exécuté par M. Cortot dans un atelier situé à la fonderie du Roule appartenant à la ville de Paris.

« Cet atelier menace ruine, et M. Cortot m'annonce qu'une partie même du bâtiment ayant été renversée par les derniers ouragans/ le modèle en plâtre, qui est terminé, court les plus grands dangers. »

M. Ch. Blanc, dans son beau livre : Les artistes de mon temps (Paris, Didot, 1876), a raconté d'une manière d'autant plus intéressante qu'il fut, comme directeur des beaux-arts, patron de la commande faite â l'artiste, l'entreprise tout â fait grandiose de la décoration du Panthéon par M. Paul Chenavard :

« Quand vint la révolution de 1848, qui était selon son cœur, Chenavard sentit renaître ses ambitions, et il fit part de ses projets au ministre de l'intérieur et au directeur des beaux-arts. Accablé de travaux, ayant une forte partie de la révolution sur les bras, Ledru-RoUin, qui connaissait Chenavard, ne put le recevoir que la nuit, dans une petite pièce du second étage oîi il se cachait même des huissiers pour s'appartenir quelques instants. L'artiste mit sur table une quantité de dessins qui étaient des compositions historiques et symboliques pour la décoration du Panthéon français. Il avait conçu le plan d'une palingénésie universelle où il montrerait la transformation de Thumanité^ les évolutions morales du monde. Les parois du Panthéon se prêtaient à merveille au développement de cette suite de pensées. Toute la partie gauche serait consacrée aux grandes phases de l'histoire antique; toute la partie droite serait réservée à l'ère chrétienne; et le fond du temple devait être occupé par une peinture représentant la prédication du Christ sur ia montagne. L'Évangile se trouvait ainsi marquer la fin des temps antiques et le commencement des temps modernes qui s'arrêteraient à la Révolution française. On voyait, il m'en souvient, sur cette table, tantôt en esquisses légères, tanfôt en dessins achevés, une série de scènes héroïques ou historiques : les commencements de Rome, le siège de Carthage, la mort de Socrate, qu'il avait fallu recommencer après la fameuse composition de David, et qui est différemment belle; César passant le Rubicon, les temps d'Auguste, Tétable de Bethléem, les chrétiens dans les . catacombes, morceau dont l'invention est sublime; et le pape Léon arrêtant Attila aux portes de Rome par la seule force de l'esprit. Puis viennent les poètes italiens de la Renaissance, puis Luther à Wittemberg, puis le siècle de Louis XIV dans les jardins de Versailles, ensuite l'époque des encyclopédistes, figurée par l'escalier de Voltaire, que montent et descendent les philosophes de son siècle ; enfin la Révolution française, telle qu'elle est représentée dans le tableau inachevé de Mirabeau apostrophant Dreux-Brézé, et dans le dessin de la Convention nationale que possède maintenant le prince Napoléon. Malgré la fatigue que lui causaient tant d'insomnies forcées, Ledru-Rollin écouta

jusqu'au bout Chenavard et considéra une à une les compositions projetées. L'artiste s'expliqua... M. Ledru-Rollin, après deux jours de réflexion, et après avoir bien voulu nous consulter, confia la décoration du Panthéon à Paul Chenavard, et lui ouvrit un premier crédit de 30,000 francs, aii moyen duquel il put entamer son immense travail. » '

Nous interrompons ici Je récit de M\ Ch, Blanc, pour transcrire le très curieux décret que M. Ledru-Rollin, membre du gouvernement provisoire, promulgua le 11 avril 1848 :

« Au nom du peuple français,

« Sur la proposition du directeur des beaux-arts, le ministre de l'intérieur décrète :

« Il sera exécuté dans l'intérieur du Panthéon une suite de peintures murales par le citoyen Paul Chenavard, et sous sa direction, conformément aux projets et aux esquisses qui ont été mises sous les yeux du ministre. Sur la demande du citoyen Chenavard, il lui est alloué, pendant toute la durée des travaux, une somme de 4,000 francs par an. Le citoyen Chenavard est autorisé à s'adjoindre les artistes qu'il jugera convenable pour la meilleure et plus prompte exécution desdits travaux. Le maximum de la rétribution des artistes employés à ces travaux sera de 10 francs par jour, les frais matériels étant supportés par TEtat. Sur la demande du citoyen Chenavard, le ministre se réserve la faculté de suspendre le travail commencé, après examen fait par une commission nommée par lui. »

« Les choses allèrent au mieux durant quatre ans (nous reprenons le récit de M. Ch. Blanc). Chenavard composa quarante compositions et environ dixhuit cartons de six mètres de haut sur trois ou quatre mètres de large, et il les dessina en clair-obscur, assisté successivement de Papéty, de Bézard, de Brémond et de Comairas, anciens pensionnaires de Rome. Bien que ses collaborateurs fussent des hommes d'un mérite «onnu, éprouvé, on peut dire que leur collaboration n'a pas empêché l'uniformité absolue de ces dix-huit cartons, qui semblent sortis d'une seule main et qui n'ont pas la moindre ressemblance avec ce que Papéty et Bézard, notamment, ont produit lorsqu'ils ont travaillé pour leur compte.

« La peinture en camaïeu est souvent ce qui convient le plus à l'expression des idées : non seulement elle en dit mieux la dignité austère et la grandeur, mais elle satisfait l'intelligence par une correspondance naturelle entre l'unité du ton et l'unité de la pensée... Les cartons en clair-obscur de Chenavard sont exécutés précieusement et très finis. La suppression des teintes est rachetée par un modelé sincère, mâle et plein de relief... Indépendamment des dixhuit cartons dont nous venons de parler, Chenavard avait exposé une vingtaine

de compositions en petit, très terminées, et qui étaient destinées à la décoration du temple. Parmi ces compositions, il y en avait cinq plus importantes représentant TEnfer, le Purgatoire, la Résurrection et le Paradis. On devait les reproduire sur lave, et les placer en manière de pavement, dans le chœur, }a nef et les transeps. La cinquième, qui aurait occupé le centre, au dessous de la coupole, résume la pensée générale de la philosophie de Thistoire, depuis le commencement du monde jusqu'à nos jours, c'est-à-dire jusqu'à la Révolution française. Ce système de pavement, renouvelé de Tantique, eût aussi rappelé celui de la cathédrale de Sienne.

« Aux quatre piliers qui soutiennent la coupole étaient adossées (dans le projet du décorateur) les statues de Moïse, d'Homère, de Platon et de Galilée, signifiant les âges religieux, poétique, philosophique et scientifique de Thumanité. Décrire ce vaste ensemble de décoration, ce serait en quelque sorte écrire un discours sur Thistoire universelle ; il faut y renoncer. En somme, dans la pensée de Tartiste, le Panthéon devenait une sorte de Westminster français. C'est là ce qui explique pourquoi les compositions de Chenavard étaient monochromes. L'austérité de la monochromie répondait mieux, en effet, au sentiment que doit éveiller la vue d'une nécropole. Cependant, comme l'absence de toute coloration pouvait faire dégénérer en tristesse Taustérilé voulue, Tartiste, à rimitation de ce qui s'est pratiqué souvent dans l'antiquité, prétendait appliquer des couleurs et des dorures sur l'architecture môme, c'est-à-dire sur les moulures qui auraient encadré les compositions. On aurait ainsi réalisé, sur des pensers nouveaux, un temple antique. J'ajoute que ces dessins, qu'on regarde comme des cartons et que nous avons nous-mêmes appelés ainsi, n'étaient pas autre chose que les originaux qui eussent été marouflés, c'est-àdire collés sur les murailles, pour être ensuite recouverts d'une sorte.de vernis qui les eût garantis contre l'humidité ; après quoi Tartiste^ au moyen de légers glacis colorés, eût fait des raccords et eût harmonisé la monochromie de ses compositions avec la polychromie et la dorure des encadrements architectoniques. »

A l'occasion de V Exposition des carions de Paul Chenavard pour la' décoration du Panthéon, organisée en 1876 par la ville de Lyon, en son palais Saint- Pierre, M. Ch. Blanc écrivit en un précieux livret spécial l'histoire de la grande œuvre de son ami. Ce sont ces trente-six pages que j'aurais dû transcrire ici, car mon cher confrère n'y a rien omis qui pût faire apprécier dans son ampleur et dans ses détails la pensée et la marche de l'entreprise à l'honneur de laquelle il avait été si intimement mêlé. Si j'ai cité de préférence les Artistes de mon temps, c'est que le récit y était plus succinct et mieux à la mesure d'une coupure permise; mais le livret de l'Exposition de Lyon est de lecture obligée pour qui voudra connaître par le menu les origines et les for-

tunes diverses des cartons de Chenavard; de même qu'il conviendra de lire, dans VArt moderne de Théophile Gauthier, auquel renvoie Charles Blanc, la merveilleuse description et la poétique analyse de ces compositions philosophiques.

Le public a connu les cartons de Chenavard par le Salon de 185;, où ils remplissaient presque entièrement trois des faces du vaste atelier des décorateurs de rOpéra, transformé en salle d'exposition, aux Menus- Plaisirs du faubourg Poissonnière ; l'impression produite fut très considérable : on se trouvait en face de Tœuvre d'un grand esprit. Je transcris ici la note qui me fut remise par M. Chenavard, comme indication de la série des cartons exposés par lui :

« Les dessins qui sont réunis dans cette salle font partie d'une suite de corn- ' positions qui étaient destinées à décorer l'intérieur du Panthéon :

« Commencement de Rome. — Des bergers du Latium découvrent au bord du Tibre, parmi les roseaux, Rémus et Romulus allaités par une louve.

(( Junius Brutus, pour obéir aux lois, fait mourir en sa présence ses deux fils qui avaient conspiré contre la République.

« Apogée de la République. — Conquêtes des Romains. -^ Scipion-

« César passe le Rubicon. — Commencement des guerres civiles.

« Mort de Caton et de Marcus Brutus. — Fin de la République romaine^

(c La paix sous Auguste ; il ferme le temple de Janus.

« Naissance, Prédication et Passion de Jésus-Christ.

« Les premiers chrétiens dans les catacombes; au-dessus, un triomphe.

« Attila, suivi de ses hordes, s'arrête devant le pape Léon, porté en tète dé son clergé.

« Commencement de la Réforme ; Luther déchire les bulles du pape dans l'église de Wittemberg.

« Epoque de Louis XIV. — Le Roi, avec ses ministres Colbert et-Lou^ vois, projette la conquête de la Hollande et de la Franche-Comté. Près d'eux sont placés le grand Condé et M"« de Maintenon. Plus loin à droite, Turenne écoute Bossuet. Sur l'escalier. Corneille, Molière, La Fontaine, Boileau et Racine, et, à gauche. M"" de Montespan, La Vallière et Sévigné; Puget regarde de loin l'effet des décorations du jardin de Versailles.

a L'Enfer. Le Purgatoire; le musicien qui occupe le centre du tableau est Casella.

« L'Entrée du Paradis. Résurrection des morts; séparation des bons et des méchants ; les bienheureux sont introduits dans le Paradis par la Vierge et les Apôtres; au-dessous, sur le second plan, on a rappelé le mythe antique de Psyché et l'Amour.

« Le Déluge. Lutte des hommes contre les géants et les animaux.

« Mort de Zoroastre. — Fin de la théocratie antique. — Avènement de la caste des guerriers.

« Guerre de Troie ; Homère.

« Mort de Socrate; morale.

« Baptême de Constantin; le pouvoir spirituel s'établit temporairement.

« Saint Ambroise refuse l'entrée de l'église à l'empereur Théodose ; accroissement de la puissance religieuse.

« Fuite de Mahomet (l'Hégire).

« Couronnement de Grégoire VII.

« Sac de Jérusalem; les Croisés s'emparent du butin, qu'ils rapportent en Occident.

« Les poètes d'Italie et les femmes ; Dante pleure Béatrix morte ; Pétrarque et Laure; Arioste et les princesses de Ferrare; Boccace dans le fond.

oc Serment du Ruthli ; éveil de la liberté moderne.

« Siècle de Léon X; les artistes élèvent le Vatican.

« Découverte de l'imprimerie : atelier de Gutenberg; Fust et Schœffer.

<' Voltaire et les encyclopédistes.

« Révolution française. — Napoléon; se séparant du groupe des hommes illustres de son temps dans la guerre, la politique et les arts, va rejoindre les trois grands hommes qui, dans le passé, ont comme lui opéré l'unité de leur époque : Alexandre, César et Charlemagne. Autour de la barque qui les porte viennent ceux qui ont tendu au même but sans y pouvoir atteindre : Grégoire VII, Charles-Quint, etc. Les personnages allégoriques de la Mort et de l'Amour, qui les suivent^ indiquent les transformations incessantes des sociétés. Ce tableau, qui dans le monument aurait fait face à celui du déluge, aurait été le dernier de la série, dont on n'a pu exposer qu'une partie à cause de l'état trop incomplet où se trouve le reste. »

A la dernière page de son livret de l'exposition de Lyon, Ch. Blanc a inséré un catalogue chronologique des cartons de P. Chenavard. Ce catalogue, d'un ordre plus logique, cela va sans dire, que celui rédigé à la hâte par l'artiste, au point de vue du placement de ses vastes toiles, complète la série donnée ici par nous; on y trouve, en effet, des compositions que ne connut point l'Exposition universelle de 185$ : * les Bergers chaldéens; — les Rois d'Egypte jugés après leur mort; — Moïse sur la montagne; — Hérodote, commencement de l'histoire; — Hippocrate au lit des malades; — Démosthène à la tribune ; — la Séparation des apôtres; — la Découverte de l'Amérique ; — la Philosophie de l'histoire, pavement circulaire sous la coupole; — les Statues d'Alexandre et de Charlemagne (pour les deux extrémités de la

croisée), et celles de Moïse, Homère, Socrate, Galilée (qui devaient être

adossées aux quatre piliers de la coupole). » — Dans cette énumération fournie par M, Ch. Blanc, on apprend que les grands, cartons du Baptême de Constantin^ des Poètes (ï Italie et de V Escalier de Voltaire ont été perdus. Ces compositions n'existent plus que par des dessins de moindre format.

L'exposition des cartons de Chenavard, en 1853, valut à l'artiste la décoration de la Légion d'honneur, et l'empereur, au dîner qui eut lieu à Saint- Cloud, le soir de la solennité, prit un plaisir extrême à la causerie neuve pour lui et indépendante de ce philosophe d'une simplicité antique, dont la voix enrouée engluait et charmait les oreilles, de ce rèvepr plein de vues nourrissantes et ingénieuses.

Deux ans après, je l'ai dit, les cartons de Chenavard reparaissaient à l'Exposition universelle des beaux-arts, dans la même salle du palais de l'avenue Montaigne où Kaulbach avait exhibé les siens, et l'on put juger alors combien, en ces sortes d'ouvrages austères et pensés, l'artiste français avait à la fois plus de clairvoyance instinctive, de sobriété et de tenue, et plus de réelle science historique, et, malgré son apparence un peu lourde, un sentiment autrement fin des vraies traditions de l'art.

Depuis lors, ces vastes toiles étaient demeurées enroulées et perdues pour le public, quand, après 1870, elles reparurent un moment dans l'une des galeries supérieures du palais des Champs-Elysées. Ne voulant point que désormais elles restassent inutiles et cachées, et dépérissent dans d'éternels magasins, je proposai, dès la première répartition qui fut faite, sous ma direction, aux collections publiques des départements, de les attribuer au musée d'Amiens, qui me paraissait le mieux en état, par ses vastes proportions, de donner le jour le plus convenable à leur entier développement ; mais presque aussitôt, sur le désir de l'artiste lui-même, qui avait d*abord paru agréer l'emploi fait de son ^oeuvre, ou plutôt sur la légitime et bien naturelle réclamation de la ville de Lyon, sa patrie, légataire à l'avance de ses portefeuilles d'études et d'estampes, une négociation favorisée par nous s'ouvrit entre Lyon et Amiens, et, grâce à une commande de travaux décoratifs pour la ville d'Amiens, que nous pûmes faire approuver en échange par le ministre d'alors, les cartons de M. Chenavard, l'une des productions capitales de notre école contemporaine, appartiennent désormais à la ville natale du peintre. Ils ont été, Dieu merci, avant leur départ pour Lyon, photographiés par MM. Braun, et les amis du talent de Chenavard peuvent montrer avec orgueil, dans cette suite d'estampes, la conception vraiment robuste et haute qui avait inspiré cette puissante épopée humanitaire. Le jour où moi-même j'eus à dérouler au ministre un projet tout autre pour la décoration du Panthéon, je pus dire, sans que personne

contredît mes paroles, que la tentative de M. Chenavard, inapplicable désormais à un monument rendu au culte, avait fourni à cet artiste éminent « l'occasion de donner la mesure de sa vaste culture d'esprit, de son abondante invention et de son respectueux sentiment des grands maîtres. »

Le 6 décembre i8;i^ le prince-président de la République, répétant textuellement les paroles mêmes de son oncle, décrétait :

« L*ancienne église Sainte-Geneviève est rendue au culte, conformément à rintention de son fondateur, sous l'invocation de Sainte-Geneviève, patronne de Paris... »

Voilà qui explique les lettres citées plus haut de Constant Dufeux à M"* David d'Angers, et voilà aussi pourquoi un sculpteur qui ne fut pas sans talent, mais dont on ne saurait comprendre en ce cas l'innocente présomption, concevait aussitôt l'idée de remplacer le fronton de David, du grand David, de David qui vivait encore, par un fronton de sa composition, mieux approprié, c'est vrai, à la nouvelle consécration du monument. C'était M. Desprez, et nous donnons ici l'explication, écrite par lui-même, de son modèle en cire, qu'il légua à sa mort à Hiolle, son élève.

a Notice sur le nouveau projet de fronton de l'église Sainte-Geneviève. Le centre du fronton représente l'apothéose de sainte Geneviève, entourée d'anges, dont deux portent ses attributs : une houlette, une brebis, symbole de son origine ; la sainte s'élève vers le ciel. Au côté gauche, Napoléon III remet au clergé les clefs du temple rendu au culte. Au côté droit, Clovis, par considération pour la sainte, accorde la liberté à des prisonniers. Dans l'angle de droite, la patronne de Paris, encore enfant, fait son premier miracle. Elle adresse sa prière à Dieu et bénit l'eau du puits. Sa mère lave ses yeux avec cette eau et recouvre la vue. Dans l'angle de gauche, la sainte accourt avec des provisions au secours des malheureux qui éprouvent les horreurs de la faim* »

Cette substitution d'un fronton nouveau à celui de David, qui nous parait à nous une pensée si bizarre, l'idée religieuse s'associant, pour bien dire, naturellement, à toutes les œuvres d'un caractère élevé, — et aucune œuvre, malgré certaines figures de détail, n'a un sens général plus patriotique et un feu plus héroïque que celle-ci; — cette substitution n'avait rien, il faut l'avouer, qui effarouchât les esprits d'alors, témoin la description qu'a donnée M. Charles Lucas, àdxi^ \2i Revue de l'art chrétien {2* série, tome I", année 1874), d'un projet de décoration du Panthéon qu'avait conçu Constant Dufeux, l'ingénieux architecte de Sainte-Geneviève, et dont il ne put que tracer les croquis et ébaucher certaines parties d'exécution :

« Dans son projet de décoration extérieure, la sculpture jouait un rôle

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