PREMIERE EPOQUE. — STYLE ARCHITECTOXIQUE PLASTIQUE
2. Les deux, plus anciennes périodes de l'art de la construction à Pompéi (jusque vers l'an 100 av. J.-C.) sont caractérisées par l'emploi de la pierre de taille '. A l'extérieur des maisons un socle continu, légèrement en saillie, forme le soubassement sur lequel viennent se placer, couchées en long, les pierres rectangulaires du corps principal de la muraille. Aux angles du bâtiment, des portes et des autres ouvertures, les pierres sont souvent aussi en saillie, formant ainsi des espèces de pilastres qui se détachent sur la façade. Les joints sont accusés en creux, soit en taillant en biseau (chanfrein) les arêtes de chaque pierre, soit en encadrant toute la face extérieure de la pierre d'une étroite rainure carrée (joint de lit), deux procédés que l'on trouve aujourd'hui partout en usage. Les portes sont couronnées d'une corniche en pierre fortement proéminente avec des ornements analogues à ceux qu'on remarque sur les corniches des temples.
a. Les parois intérieures ont d'abord reproduit la même structure en stuc : le socle, les pierres
' Voy. Fioreîli, Relazione degli Scavi del 18G1 tt 1872, p. ix-xni.
" Voy. les reproiluctions dans l'ouvrage de FiorelU (Relazione,... pi. xiv-xix; Overbeck, p. 443 et suiv.).
de taille diminuant de grandeur vers le haut, les pilastres, la corniche sont l'imitation exacte de la façade extérieure. Les pilastres pouvaient aussi recevoir des cannelures et des cliapiteaux, s'élever du socle jusqu'au plafond et supporter une architrave en pierre surmontée d'une seconde corniche. La première corniche était à peu près à hauteur d'homme ; elle était assez large pour former à sa surface supérieure une tablette qui pouvait servir à divers usages pratiques et supporter, par exemple, les images des pénates, des vases et des tableaux. Enfin, on pouvait ajouter en différents endroits des corniches de moindre dimension ou des filets en relief. L'architrave pouvait se transformer en une large frise, les pilastres en colonnes engagées. Ces différentes parties de la paroi étaient, soit de ce stuc fin et blanc qui, dans cette période, a l'éclat du marbre, soit colorées d'un petit nombre de teintes diverses. — Nous trouvons encore cette décoration primitive dans trois maisons de Pompéi (Reg. YIII, ins. l ; VI, ins. II, n" 4; ins. xii, n" 2); elle y est, il est vrai, mélangée de motifs jilus récents.
b. Un peu plus tard, grâce aux progrès du luxe, on remplaça le stuc, dans le revêtement des parois intérieures, par des plaques de marbre multicolore, qui reproduisaient aussi fidèlement l'appareil en pierre de taille du mur extérieur. Ce genre n'est, il est vrai, pas représenté à Pomjjéi, mais on rencontre, dans les trois maisons indiquées plus haut, des imitations en stuc de ces incrustations de marbre.
c. Une troisième manière, que nous classons également dans la première époque, correspond à la troisième période des constructions, dans laquelle l'appareil en pierre de taille disparait pour faire place à une maçonnerie en petits blocs de tuf (opus reticulatum), en petites pierres irrégulières (opus incertiim) ou en brique. La muraille perdant ainsi sa structure architecturale naturelle, les parois intérieures doivent être recouvertes d'une couche unie de stuc, et l'on ne conserve de l'ancienne décoration que la corniche, sans doute à cause de son but pratique. La tâche du peintre décorateur acquiert ainsi une importance plus grande, elle consiste à imiter, à l'aide de la seule peinture, les anciennes divisions de la paroi. Toutefois nous ne constatons cette manière que dans sa période de transition, et appliquée seulement à la partie supérieure de la paroi, où sont représentées des pierres de taille de petite dimension. On en trouve des spécimens dans les deux dernières maisons indiquées plus haut.
cl. Le style décoratif a dès lors libre carrière et fait de rapides progrès. Il conserve, comme principe fondamental, la division architectonique de la paroi en trois sections horizontales : le socle, la paroi proprement dite, et la frise. Les divisions verticales n'ont, relativement à ces divisions horizontales, qu'une importance secondaire et peuvent faire complètement défaut. Le socle se prolonge sur toute la partie inférieure de la muraille et est souvent muni à sa base d'une plinthe qui rappelle encore la construction en pierre. Quant à la peinture de la paroi proprement dite, elle représente de grands panneaux de pierre, qui sont tantôt alternativement larges ou étroits, ce qui rappelle encore l'appareil en pierres de taille, tantôt d'égale dimension; dans ce dernier cas, toute réminiscence du mode de construction primitif a disparu. Au lieu des anciennes colonnes engagées de stuc, l'artiste est libre de peindre des colonnes pleines, qui trouvent leur place naturelle sur les panneaux étroits et sont figurées de telle manière qu'elles paraissent se détacher en relief. Au-dessus de ces panneaux, la corniche de stuc se maintient dans les maisons riches, et surtout dans certaines pièces; ailleurs on se contente de la peindre de façon à produire l'illusion du relief, ou bien on la remplace par une bande décorée d'ornements linéaires ou môme toute unie. Quant à la section supérieure de la paroi, on y peignait fréquemment soit des pierres marbrées d'une même nuance, soit des pierres blanches dont les étroites assises étaient parfois entrecoupées par des bandes tenant lieu de corniches. Il s'en est conservé peu de spécimens à Pompéi, parce que les parois de ce genre s'émiettent très-facilement à leur partie supérieure, ce qui a fait disparaître en beaucoup d'endroits les ornements qui décoraient les frises et les architraves.
Nous donnons cependant, pi. I et pi. II à gauche, deux exemples du genre de décoration que nous venons de décrire.
e. Dans la seconde planclie, on remarque l'absence des colonnes; cela nous amène à i)arler de la manière dont sont décorées les cliambres dans la plupart des maisons simples. La section supérieure de la paroi forme une large bande claire sur laquelle les pierres de taille sont légèrement indiquées par quelques traits horizontaux qui disparaissent vers le haut. Les grands panneaux de la section du milieu se transforment en rectangles de couleurs différentes, puis en rectangles linéaires tracés sur un fond uni, enfin en simples lignes verticales sur fond de couleur ou blanc. La décoration murale proprement dite ne descend pas plus bas. Une ligne qui indique le socle, une seconde ligne qui sépare la section du milieu de la section supérieure, quelques lignes verticales sur la section centrale, et tout cela sur fond blanc ou uni, voilà quels sont les éléments les plus rudimentaires du style décoratif. Là où il n'y a plus de socle, le premier principe de la décoration murale fait défaut, et quand toutes les lignes disparaissent, nous arrivons au simple badigeon.
A Pompéi on trouve les motifs de composition, indiqués sous les lettres (^? et e, combinés de toutes les façons imaginables, et cela sur des fonds de toute couleur.