JORIS-KARL HUYSMANS
Petit, maigre, anguleux, réservé, blême, froid, silencieux, le nez en bec de chouette, la poignée de main pas facile, Huysmans ne mérite évidemment pas l’épithète de « sympathique » dont on a l’habitude de maquiller la silhouette du Parisien en vue.
D’ailleurs, l'est-il Parisien ? La rue de
(*) A été décoré en 1894 — un mois après la publication de cet article dans le Figaro. — «Sous-chef de bureau au Ministère de l'Intérieur, vingt-sept ans de service », a doucement soupiré l'Officiel — et rien de plus.
Sèvres où il habite — avec son chat — se trouve si loin du Boulevard, du Bois, de feu Tortoni, du Moulin- Rouge, des courses, des vernissages, des premières, des cercles à la mode, que ce taciturne a fini par oublier l’existence de lieux et de plaisirs aussi enchanteurs. Et pourtant, il le possède à fond ce Paris que croient connaître nos fêtards , seulement il l’a étudié d’une autre façon que ces messieurs. Son œil perçant et fixe, comme celui d’un oiseau de nuit, a tout regardé, tout fouillé, tout compris, tout deviné — et dame, il en a vu de raides ! Ses fouilles ne lui ayant pas exhibé une humanité très ragoûtante, il se montre généralement peu optimiste, médiocrement enthousiaste et beaucoup moins gai que M. Armand Silvestre. Différence de tempérament.
En 1871, Huysmans monta dans le bateau d’Emile Zola, à Médan, en compagnie de Maupassant, d’Alexis, d’Hennique et de Géard ; mais il professe une telle horreur pour la foule — même quand elle se compose de cinq per-