‹ Les découvreurs français du XIVe au XVIe siècle [microforme]Chapitre 2 sur 61 · DE GUINÉE · texte numérisé non relu

DE GUINÉE

Si l'on en croit (1) de respectables traditions, la France est la première des nations européennes qui ait déployé son pavillon sur les côtes de Guinée. Il est à peu près impossible de préciser à quelle

(1) ESTANGELIN, Recherches sur les voyages et découvertes des navigateurs normands en Afrique, dans les Indes orientales et en Amérique, 1832. — Virer, Histoire de Dieppe, 1838. — SanrarREu, Recherches sur la priorité de la découverte des pays situés sur lu côte occidentale d'Afrique, au delà du cap Bojador, et sur les progrès de la science géographique, après les navigations des Portugais au quinzième siècle. 1842. — D'Avezac, Notice des découvertes faites au moyen âge dans l'océan Atlantique, antérieurement aux grandes navigations portugaises du quinzième siècle, 1845. — ManGRY, Les Navigations françaises et la révolution marilime du quatorzsième au seizième siècle, 1867. — GRAVIER, Recherches sur les navigalions européennes faites au moyen âge

ù LES DÉCOUVREURS FRANCAIS

époque commencèrent ces lointaines expéditions. [l paraîtrait qu'au neuvième et au dixième siècle les Northmans, qui venaient d'être établis à poste fie en Neustrie, auraient continué leurs courses vagabondes et leurs ravages le long des rivages portugais et espagnols, et se seraient également avancés sur le littoral de l'ancienne Mauritanie. Mais à quelle époque eurent lieu ces voyages et jusqu'à quel point de la côte africaine nos nouveaux compatriotes se sont-ils aventurés, c'est ce qu'il est impossible de déterminer. Aussi bien les apparitions des Northmans dans ces voyages ne furent jamais que rares et passagères. On ne peut donc les mentionner qu à titre de curiosité géographique (1).

Au quatorzième siècle commencent les voyages véritables et à la période des courses armées succède celle des découvertes commerciales.

On a conservé la date exacte de ces explorations. Villaut de Bellefonds, agent de Colbert pour le rétablissement du commerce en France, explora en 1666 et 1667, par ordre de ce ministre, les côtes de

aux côles occidentales d'Afrique en dehors des navigations porlugaises du quinzième siècle (Congrès géographique de Paris), 1878.

(1) On peut consulter à ce propos : Davib ASSELINE. Les Antiquilez el chroniques de la ville de Dieppe (édition Hardy. Guérillon et Sauvage, 1874). — Crosé, Histoire abrégée et chronologique de la ville, château et citadelle de Dieppe. — GUIBERT, Mémoires pour servir à l'histoire de la ville de Dieppe, 1764; nouvelle édition par Michel Hard,, en 1878.

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Guinée. Il étudia avec le plus grand soin non seu- À lement les archives des villes normandes, riches | elors de précieux renseignements, mais encore vé- .n .,. .. . . . L rifia sur place les traditions qu'il avait recueillies, et, en 1669, adressa à Colbert son rapport : « Re- | marques sur les costes d'Afrique, appelées Guinée. | pour justifier que les Francais y ont esté longtemps auparavant les autres nations. »

eut F , : ; | Voici comment il s'exprimait dans ce document officiel, destiné à une grande publicité : ge

« Comme la France commençait à respirer, sous | Charles V, des guerres et malheurs qu'elle avoit | soufferts sous le roi Jean, son père, les Dieppois, de tout temps, adonnés au commerce, attirés par le profit qu'ils y trouvaient et la commodité de leur | havre, se résolurent aux voyages de long cours, de | passer les Canaries et de costoyer l'Afrique. Pour cet effet ils équipèrent, au mois de novembre de l’année 1364, deux vaisseaux du port d’environ cent tonneaux chacun, qui firent voile vers les Canaries, et arrivèrent vers Noël au cap Vert, et mouillèrent devant Rio Fresco, dans la baie qui. conserve encore le nom de baie de France.

« Les noirs de ces costes, auxquels jusque-là les blancs avaient été inconnus, accouraient de tous les côtés pour les voir, mais ne voulaient point entrer dans les vaisseaux jusqu’à ce qu'ils eussent remarqué que ces gens, bien éloignés de leur faire

du mal, les caressaient et leur avaient apporté quantité de bagatelles dont la vue les surprit. Pour lors, commencant à s’apprivoiser, ils apportèrent du morphi ou de l'ivoire, des cuirs et de l'ambre gris qu'ils échangèrent pour ces bagatelles. Les Dieppois, voulant pousser plus avant en faisant voile, firent comprendre à ces noirs que les années suivantes ils retourneroient, et qu'ils fissent provision de ces marchandises : ce que les autres leur promirent.

« Au sortir du cap Vert... ils coururent le sud-est et arrivèrent à Bou-Lombel ou Sierra Leone, ainsi que depuis l'ont nommé les Portugais. De là ils passèrent devant le cap de Moulé, d'où les habitants de ces deux places et de toutes les costes furent étonnés, croyantque tous Les hommes estoient noirs: et enfin ils s'arrêtérent à l'embouchure d'une petite rivière près de Rio Sestos, où est un village qu'ils nommèrent le petit Dieppe à cause de la ressemblance du hâvre et du village, situés entre deux costeaux. Là ils achevèrent de prendre leurs charges de morphi et de ce poivre appelé malaguette. Et l'année suivante, 1365, à la fin de mai, furent de retour à Dieppe, ayant fait des profits qui ne se peuvent exprimer, n'ayant demeuré que six mois dans leur voyage. »

Les profits du voyage et l'espoir de les augmenter encore excitèrent l’émulation des Normands. En

septembie 1365, quelques marchands de Rouen s'associèrent avec ceux de Dieppe, et, au lieu de deux vaisseaux, en firent partir quatre.

Les deux premiers avaient pour mission d'explorer les côtes depuis le cap Vert jusqu'au petit Dieppe et d'y charger des marchandises. Les deux autres devaient pousser plus avant, et découvrir de nouveaux pays à explorer. Ils assuraient de la sorte le présent et ménageaient l'avenir. Ce second voyage fut également heureux. Au bout de sept mois les deux premiers navires étaient de retour à Dieppe avec beaucoup de cuirs, de poivre et d'ivoire.

Des deux autres navires chargés d'explorer de nouveaux pays, le premier s'arrêta sur la côte qu'on nomme aujourd'hui côte du Poivre, et dans un village appelé Grand Sestre auquel les matelots don-

nèrent le nom de Paris. Ce navire ramassa si promptement une telle quantité de poivre qu'il ne voulut pas s’exposer à compromettre une aussi riche cargaison en poursuivant son voyage, et revint à Dieppe.

Le quatrième navire longea la côte des Dents et arriva à celle de l’Or. L'or était en poudre. Les indigènes en ramassent encore de nos jours dans les cours d’eau qui descendent des monts Khong, et dans tout le Fouta-Djalon (1).

(1) ANrTicHAN ; Le Jardin des Hespérides (Revue de géographie), 1885. |

La nouvelle de ces découvertes, la facilité des échanges et la certitude de s'enrichir à peu ue frais excitèrent les Dieppois. En peu de temps de véritables comptoirs, des loges comme nous dirions aujourd'hui, s’élevèrent sur toute la côte de Guinée. Attirés vers nos compatriotes par la facilité de leurs mœurs, par leur entrain sympathique et par leur absence de morgue, les indigènes apportaient en abondance à ces loges l’ivoire, la poudre d'or, le poivre, les plumes d'autruche, ies peaux de bêtes féroces, que les Normands vendaient en France à des prix exorbitants. Peu.à peu des relations régulières s'établissaient. Les Africains apprenaient même notre langue et accueillaient avec empressement tous ceux de nos compatriotes qui n'hésitaient pas à s'enfoncer dans l'intérieur du pays.

En 1380 quelques armateurs de Dieppe et de Rouen résolurent de s'associer pour tenter un nouveau voyage d'exploration aux côtes occidentales d'Afrique. Ils voulaient s'avancer au sud de la côte d'Or et entrer en relations avec des indigènes qu'on leur avait représentés comme moins traitables que les précédents.

Comme ils avaient déjà pour eux l'expérience des voyages antérieurs, et qu'ils avaient remarqu° ‘ue les pluies, qui tombaient en Afrique du mois de juin au mois d'août, rendaient le séjour de la côte dangereux à cette époque, ils ne firent partir qu'en novembre leur navire. En décembre ce navire, qui portait

le beau nom de Notre-Dame-du-Bon- Voyage était déjà sur la côte d'Or. Neuf mois plus tard il retournait à Dieppe, chargé de poudre d'or. La voie était ouverte : il ne restait plus qu'à s'y engager résolument.

Le 28 septembre 1381 trois navires partaient de Dieppe pour le nouveau comptoir de la Mine ou Elmina. On a conservé leurs noms : la Vierge, le Saint-Nicolas, l'Espérance. La Vierge s'arrêta à la Mine ; le Saint-Nicolas s'avanca plus au sud jusqu'au cap Corse et l'Espérance fonda des comptoirs à Fantin, Akara, Sabon et Cormentin. En juillet 14382 les trois navires étaient de retour en France et leurs capitaines vantèrent si bien à leurs armateurs les richesses de la contrée et la douceur des habitants que ceux-ci résolurent d'y fonder une véritable colonie, et d’en faire comme le centre de leurs opéralions commerciales.

En 1383, les trois vaisseaux repartaient en effet pour la Mine. Ils portaient des matériaux de construction, des instruments de travail et des semences. Les capilaines s'acquittèrent heureusement de leur mission, et, quand ils revinrent en France, dix mois après, plus richement chargés qu'ils ne l'avaient encore été, ils laissaient derrière eux une partie de leurs équipages. Ce fut le premier établissement de nos compatriotes sur ce continent, où depuis n'a cessé et ne cessera pas, espérons-le, de grandir l'influence francaise, La colonie de la Mine prit rapidement de grandes proportions. De nom-

tte mrermene

breux vaisseaux s'y rendirent et il fallut bâtir pour les nouveaux arrivants une église et un fort. Cette prospérité ne fut pas de longue durée. Les terribles guerres des Armagnacs et des Bourguignons désolèrent notre pays et Îles Anglais profitèrent de nos discordes pour envahir nos provinces. Bientôt la France n'eut pas assez de ses propres ressources pour repousser l'envahisseur. Elle dut subir pendant plusieurs années la honte de l'occupation étrangère : aussi toutes les entreprises extérieures furent-elles abandonnées. L'heure était mal choisie pour fonder une France africaine, alors que notre patrie était foulée par l'étranger, que la Normandie devenait un des principaux théâtres de la guerre et que les Anglais, maitres de Rouen, de Dieppe, de Honfleur et des autres ports, arrètaient tout commerce. Dès 1413 la Mine était abandonnée; nos autres comptoirs l'étaient déjà depuis plusieurs années. Peu à peu on renonça aux voyages aux côtes de Guinée. Le souvenir même de ces aventureuses expéditions se perdit, surtoutlorsqu'une autre nation, le Portugal, substitua son influence à la nôtre sur les tribus indigènes, et, plus jaloux de ses droits que nous ne l'avons jamais été des nôtres, non seulement chassa nos négociants des marchés

dont ils avaient longtemps été les seuls maitres, mais encore nous enleva, par devant l'histoire et la postérité, la gloire légitime de lavoir précédée dans ces régions.

Ce n’est pas en effet ur des côtés les moins singuliers de notre caractère national que cette indifférence incroyable pour l'histoire de nos établissements d'outre-mer. Que, pour une raison ou pour une autre, nous renoncions à telle ou telle colonie, on le comprendrait à la rigueur, mais que le souvenir de cette colonie disparaisse entièrement, que le nom même des premiers explorateurs soit tout à fait inconnu, voilà ce qui devient inexplicable. Tel fut pourtant le sort de nos premiers établissements de Guinée. Lorsque, dans ces dernières années, quelques Français bien inspirés, Estancelin, Vitet, d’Avezac, Margry, Gabriel Gravier, revendiquèrent pour les navigateurs normands l'honneur de ces voyages, on resta presque indifférent en France à leur généreuse tentative, qui, au contraire, provoqua à l'étranger, surtout en Portugal, comme une explosion de haine. Un savant portugais, Santarem, composa même à ce sujet un gros volume intitulé : Recherches sur la priorité de la découverte des pays situés sur la côte occidentale d'Afrique, au delà du cap Bojador, et sur les progrès de la science géographique après les navigations des Portugais au quinzième siècle. Comme cet ouvrage eut un certain retentissement, il nous faut examiner ici les principales objections qu'il soulève.

Remarquons tout d'abord que le titre est mal choisi. Les défenseurs des navigateurs francais n'ont jamais prétendu que leurs r°.natriotes

avaient n ‘cédé les Portugais sur la côte occidentale d'Aliique, et n'ont pas réclamé par conséquent la priorité des découvertes; ils ont seulement avancé que quelques Français, dans les dernières années du quatorzième et du commencement du quinzième siècle, avaient reconnu les côtes de Guinée, y avaient noué des relations avec les indigènes et fondé une colonie à la Mine. Rien de plus. C'en était déjà trop | pour Santarem qui dénonça ces allégations comme fausses, mensongères, et essaya même de prouver que les voyages des Normands en Guinée étaient invraisemblables. « Charles V, écrivait-il, avait si peu les moyens d'envoyer à la découverte des na- | | | |

vires dieppois, qu'il était oblisé d'emprunter des vaisseaux au roi de Castille pour soutenir la guerre

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contre les Anglais. Il n'est donc pas probable que ses sujets aient pu disposer tranquillement de leurs navires et envoyer des expéditions régulières à travers l'Atlantique pour découvrir la Guinée et v fonder des comptoirs. » Il est vrai que nous n'avions pas alors de flotte de guerre et que Charles V fut obligé de recourir aux vaisseaux de son allié le roi de Castille; mais les navires marchands ne manquaient pas. IS n'ont jamais manqué dans notre pays. Les Normands se signalaient entre tous par leur ardeur commerciale et n'avaient pas besoin de Et l'autorisation du roi pour entreprendre leurs courses

| lointaines,

Aussi bien cette autorisation ne leur fit pas dé-

faut. Les encouragements directs de la royauté ne leur manquèrent pas non plus. Un document au- {hentique, que ne connaissaient ni Santarem, ni Vitet, ni Estancelin, ni même le très érudit Gabriel Gravier, le prouve surabondamment. Il s’agit d’une lettre (1) du roi Charles V, datée au bois de Vincennes, 1° juillet 1371, ordonnant de payer à Jaques de Pencoedit une somme de sept cents francs en or. « Nousenvoyons nostre amé et féal chevalier Jaques de Pencoedit devers nostre très amé cousin le roy de .…... pour certaines choses qui touchent grandement nostre honneur et le proflit de nos subiez et de nostre royaume ». Or à cette lettre est annexée la quittance de Jaques Pencoedit, en date du 24 juillet 1371. Le souverain, dont le nom ne figure pas sur la missive royale y est nommé en toutes lettres. C'est le roi de Gosel. N'est-ce donc pas le souverain du pays d'Afrique appelé Gozola sur tous les portulans de l’époque, et qui paraît correspondre aux côtes de Guinée? Dès lors non seulement l'authenticité des voyages de nos compatriotes à la côte occidentale d'Afrique, mais encore la participation directe de la royauté à ces voyages ne sont-elles pas démontrées? Il est probable que Santarem, s'il avait eu connaissance de ces précieux do-

(1) Ce précieux document est conservé au cabinet des titres (dossier Perihoadic). 11 à été inséré par Léopold Delisle dans les Mandements et Actes divers de Charles V (Collection des documents inédits de l'histoire de France), p.405.

cuments, aurait été moins aflirmatif : nous ne jurerions pourtant pas du contraire, car le savant Portugais était déterminé à soutenir sa thèse même contre l'évidence.

N'a-t-il pas encore prétendu qu'il était fort difficile d'aller de Dieppe en Guinée, et que les Dieppois par conséquent n'ont jamais paru sur la côte? En effet les alterrages d'Afrique sont redoutables et le vent d'ouest jette impitoyablement à la côte tout navire qui n'a pas pris ses précautions. Il est cerain que les naufrages devaient être fréquents avec des vaisseaux aussi mal agencés que ceux du quatorzième siècle : mais les Dieppois passaient pour les meilleurs marins de l'époqu:; leur hardiesse était proverbiale. D'ailleurs les Vénitiens, les Génois, les Portugais eux-mêmes accomplissaient des voyages tout aussi dangereux, et jamais personne ne s'est avisé de les contester. Pourquoi donc refuser aux seuls Normands ce qu'on accorde aux autres peuples navigateurs? Les Dieppois du quatorzième siècle ne pouvaient-ils donc pas naviguer aux côtes de Guinée sans qu'il fût besoin de crier au miracle?

Arrivons à la grande objection de Santarem. Il prétend que Villaut de Bellefond ne mérite aucune créance, et que d'ailleurs il est le seul écrivain qui ait jamais parlé des navigations dieppoises. Certes le reproche est grave; mais Villaut de Bellefond, quand il composa son ouvrage, était investi d'une

mission officielle; un mensonge de sa part eût entrainé de graves conséquences, puisqu'il s'agissait d'entreprises commerciales à organiser et de relations d'affaires à créer sur la côte de Guinée. Il était si bien pénétré du sentiment de sa responsabilité que, dans son épitre dédicatoire à Colbert, il a grand soin d'affirmer sa sincérité absolue. « Vous ne considérez que la verité, dit-il, à laquelle vous ne pouvez souffrir que l’on donne Ja moindre altération ; la disant, que dois-je craindre! » En effet, s'il n’eût pas été sûr de son fait, il est probable qu'on l'aurait envoyé méditer dans quelque prison d'État sur les inconvénients du mensonge. Or, de chaque page de son livre pour ainsi dire se dégage l'affirmation de l'antériorité des découvertes dieppoises. Voici comment il commence sa relation : « Si vous approuvez cette relation que je vous présente, y a-t-il un François qui ne seconde vos glorieux desseins, et qui ne tâche de se rétablir dans ces terres qu'ils ont autrefois possédées? » I la termine par ces mots * « Or parce que dessus je conclus que les François ont les premiershabité ces terres, qu'ils les ont connues avant les Portugais, et que les Dieppois doivent avoir cet avantage qui leur est justement deu, d'avoir esté les premiers navigateurs d'Europe. » Cette revendication ne fut jamais contestée. Louis XIV lui donna en quelque sorte une consécration par ses lettres patentes du 18 Janvier 1668 : « Comme il est de tout temps sorli de

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notre bonne ville de Dieppe les plus expérimentés capitaines, et pilotes les plus habiles, et les plus

hardis navigateurs de l'Europe; que ceux de ce lieu-là ont fait les premières découvertes des pays les plus éloignés. » Villaut de Bellefond ne doit done pas être traité d'imposteur, et son livre mérite toute créance.

Est-il vrai maintenant que Villaut seul ait revendiqué pour les Dieppois l'honneur d'avoir précédé aux côtes de Guinée les autres peuples d'Europe? Santarem sur ce point s'est singulièrement aventuré. Péchait-il par ignorance ou fermait-il systématiquement les veux à la lumière? J'imagine pourtant qu'un érudit de sa force connaissait le travail de Samuel Braun (1), publié un demi-siècle avant Villaut, de 1617 à 1620, et dans lequel est racontée tout au long, d'après les nègres d'Akara, la fondation du fort de la Mine par les Francais. Bien qu'il ait prétendu le contraire, il devait avoir lu dans l'Æydrographie du père Fournier, publiée en 1643 (2), par conséquent avant Villaut, ces lignes décisives : « Avant que les Portugais nous eussent enlevé la Mine, toute la Guinée était remplie de nos colonies, qui portaient le nom des villes de France

(1) Cette relation a été publiée en 1625 (allemand et latin) par Théodore de Bry, en appendice à sa collection des Petits Voyages.

(2} Fournier, Hydrographie. Page 202 de l'édition de 1643 et 154 de l'édition de 1667.

dont elles étoient sorties, » Avait-il encore oublié l'ouvrage pourtant bien connu du docteur hollandais Olivier Dapper, publié en 1668 (1), du temps même de Villaut, qui racontait que les indigènes d'Elmina attribuaient aux Français la construction d’une batterie, et qui avait découvert une pierre sur laquelle on lisait encore les deux premiers chiffres du millésime treize cents? Cette pierre fut retouvée en 1687 par Gabriel Ducasse. « L'opinion commune des gens originaires du pays, écrivait-il, est que ce sont les Français qui …… ont fait les premiers la découverte de cette coste avec quatre vaisseaux. Ils en racontent des particularités qui paraissent fabuleuses, et que les Francais ont séjourné longtemps sur les lieux... Ce qui est certain, c'est qu'il y a une batterie appelée de France de temps immén al et qu'après la conqueste (1637) les Hollandais voulant relever des travaux, on trouva des pierres où il y avoit escrit dessus année 13, le reste se trouvant miné, et comme il n'y a que la nation francaise qui prononce année, cela confirma les gens dans l’opinion des nègres. Outre ce que disent les nègres de la Mine au sujet des Français, ceux de Commendo assurent que les premiers blancs qu'ils ont vus sont eux, et qu'ils ont resté dans leur pays très long-

(t) L'ouvrage de Darren, Naulkerige Beschrijvinge der Afrikensche gemesten, a été traduit en français en 1686 sous le titre : Description de l'Afrique.

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