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temps, et y sont tous morts dans la suite, el montrent le lieu où ils ont esté inhumez. »
Qu'est-il besoin dorénavant, pour démontrer que Villaut n'est pas le seul à parler des explorations dieppoises, d'invoquer le témoignage du sieur d'Elbée, commissaire général de la marine qui, en 1670, vit, sur le Rio Cobus, le château de Saint-Antoine d’Axem. « L'on m'a assuré, écrivait-il (D), qu'autrefois cela avait été aux Francois, et même qu'il y avoit eu sur la porte de ce château les armes du roy de France, qui ont été ostées par les Hollandais depuis huit à dix ans, et qu'il y a encore des vestiges d'une chapelle qui y étoit. » Est-il nécessaire de citer le chevalier des Marchais (2) qui, en 1726, écrivait à propos d'un village de Guinée : « Quoiqu'il y ait plus d'un siècle que ce comptoir ne subsiste plus, les nègres du pays ont toujours conservé le nom de Petit-Dieppe à cette isle, et les Anglais, Hollandais et autres Européens qui trafiquent à la coste ont continué de nommer ce lieu Petit-Dieppe, et le marquent ainsi sur leurs cartes. » Que dire encore de ce traité signé en 1687 (3) par
Journal du voyage du sieur d'Elbée, commissaire général dela marine, aux iles el à la côte de Guinée ; 1671.
(2) Voyages du chevalier des Marchais en Guinée, isles voisines el Cayenne en 1725, 1726, etc.; 1730.
(3) Traité conclu entre Amoysy, roi de Commendo et Louis XIV, par l'intermédiaire du capitaine Ducasse. Cité par Marcny, ouv. cit,, p. 26.
un roitelet africain de Guinée, le roi de Commendo : « La tradition s'étant loujours conservée depuis plusieurs siècles de l'amour et de l'affection que les roys mes prédécesseurs ont eus pour la nation francoise, et les témoignages que tous mes sujets rendent de la douceur que leurs ancêtres ont goûtée pendant le séjour des Francois sur cette coste, qui a esté de plus d'un siècle, avons cédé, ete.? » Villaut de Bellefonds n'est donc pas le seul à parler des navigations dieppoises, et les Portugais eux-mêmes le reconnaissent. Azurara (1), contemporain du prince Henri le navigateur, ne raconte-t-il pas ‘que les navigateurs d'un autre royaume devaient être bien étonnés en apercevant la croix de bois plantée en 1446 au cap Blanc par Diego Alfonso. Il y avait donc à cette époque des navigateurs autres que les Portugais qui fréquentaient ou qui avaient fréquenté ces parages, et quels peuvent-ils être sinon nos compatriotes? C'est ce qu'a reconnu un autre Portugais, Ribeiro dos Santos (2), quand il a dit devant l’Académie royale de Lisbonne : « Nous apprenons que les peuples sortis de la Norvège ou
(1) AzurARA, Chonica do descobrimento e conquista de Guiné, édition Santarem, 1841, p. 164. « Bem se deyva maravilhar alguum d'outro regno que per acertamento passasse por aquella costa. »
(2) Académie des sciences de Lisbonne, t. VIIT, p. 292, 293. Le travail de M. dos Santos est intitulé : Memoria sobre dois antligos mappas geographicos do Infante D. Pedro e do Cartorio de Alcobaca.
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Scandinavie, principalement à Diepa ou Dieppe, passèrent en 1364, en cabotant sur la mer Atlantique, prés des côtes occidentales du continent africain, jusqu'à ce qu'ils arrivassent à faire en Guinée plusieurs établissements qu'ils baptisèrent de noms francais. Il se peut que les navigations des Dieppois se soient étendues jusqu'à la côte de Guinée; cela ne nous parait pas improbable, bien qu'il reste à savoir jusqu'à quel point de cette côte ils s'avancèrent (1). »
Même en admettant, avec Santarem que Villaut de Bellefonds ait été le seul à nous raconter les explorations dieppoises , le silence des écrivains francais antérieurs ou postérieurs ne prouverait nullement que les voyages de nos compatriotes aient été inventés pour les besoins de la cause. Santarem peut, il est vrai, faire preuve d'érudition en énumérantles écrivainsqui, du quatorzième au dix-septième siècle, auraient pu parler des voyages die»pois aux côtes d'Afrique, et qui pourtant ont gardé le silence. Mais cette liste interminable, il aurait pu l’allonger encore sans rien prouver contre l'authenticité des expéditions dieppoises, d'autant plus que certains de ses arguments sont étranges. « Au sujet du silence des écrivains français du quatorzième siècle,
(1 Riseiro pos SANTOS, 1bid. Se pois eslas navegacies dos Dieppezes se estenderäio até a costa de Guiné, o que nos nao parece improvavel, bem haviao de saber quanto naquella altura se retrahe à costa occidental de Africa, »
écrit-il, nous citerons Le plus fameux des historiens de cette nation, c'est-à-dire Froissart, lequel, outre sa qualité de contemporain, s'est encore occupé de l'histoire de presque tous les peuples de l'Europe de 1326 à 1400. Son récitembrasse donc l'époque de ces prétendues découvertes dieppoises et des établissements que Villaut aflirme avoir été fondés. Est-il croyable que ce chroniqueur passät sous silence les découvertes faites par ses compatriotes, si réellement elles eussent existé? » Mais Froissart s'est toujours médiocrem »ntsoucié de ce que faisaient les petites gens. C’est l'historien des batailles, des beaux coups d'épée, des tournois et des fêtes. Il enregistre avec le soin le plus minutieux et dans tous ses détails les faits et gestes de tel principicule qui l'hébergera, mais ne dit rien des grands événements qui intéressent le peuple. Que lui inportaient les voyages des Dieppois, les heureuses explorations de la Nofre- Dame-de-Bon- Voyage? Sans doute il n’en a rien dit, mais a-t-il tout raconté dans ses voyages? Les chroniqueurs norwégiens n'ont pas tous raconté les courses étonnantes accomplies par leurs compatriotes au neuvième et au dixième siècle. Nul pourtant ne s'est avisé de contredire l'authenticité des sagas islandaises, éditées d'abord par Torfœus (1), puis de nos jours par Karl Rafn, et qui démontrent la dé-
(1) TorroEus, Historia Vinlandiæ antiquæ. — I. — Grclandia antiqua. — Karz RArN, Antiquitales americenx.
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couverte par les Northmans du Groenland, du Markland, du Vinland, c'est-à-dire de l'Amérique, aux alentours de l'an mil. Il en est de même pour les expéditions dieppoises. Plusieurs écrivains français ou portugais auraient pu, auraient même dû, en parler. Ils ne l'ont pas fait. Mais le silence des Portugais a son excuse en ceci que même les intéressés, c'est-à-dire les Normands, en avaient perdu le souvenir. Quant au silence des Portugais, il était trop dans leur intérêt pour qu'il n'ait pas sa raison d'être.
Santarem ne se contente pas des écrivains. Il passe en revue les cartographes et démontre, sans beaucoup äc peine, que, sur toutes les cartes contemporaines et sur toutes les cartes postérieures,rien n’indique la présence des Dieppois sur la côte d'Afrique à la fin du quatorzième siècle. Il insiste sur une de ces cartes. C'est une mappemonde fort curieuse, insérée dans un précieux manuscrit des chroniques de Saint-Denis, conservé à la Bibliothèque Sainte-Geneviève, à Paris. Cette mappemonde fut dessinée de 1364 à 1380, car elle porte le seing duroi de France, Charles V, qui régnait à cette époque. « Si done, ajoute Santarem, les prétendues expéditions des Dieppois avaient eu lieu entre 1364 et 1380, cet immense progrès aurait été consigné dans un document contemporain. Or les seuls noms pour l'Afrique, de l'Orient à l'Occident, sont ceux d'Égypte, Thébaïde, Ethiopie, ete. Nul indice de la côte occi-
dentale d'Afrique. » Rien n'est plus vrai; remarquons pourtant que d'autres pays étaient alors découverts, et cela d'une facon indiscutable : Canaries, Islande, Groenland, qui ne figurent pas non plus sur la mappemonde manuscrite des chroniques de Saint-Denis. Les connaissances géographiques en effet se répandaient alors très lentement, d'abord parce que les communications n'étaient pas faciles, ei surtout parce que les Dieppois, semblables aux Phéniciens de l'antiquité, gardaient avec un soin jaloux le secret de leurs explorations, afin de prévenir toute concurrence commerciale. Ne constatonsnous pas d’ailleurs, en plein dix-neuvième :iècle, et sur des atlas tout à fait contemporains, des omissions regrettables ou des erreurs monstrueuses? Si donc des écrivains laborieux et d'éminents cartographes commettent aujourd'hui de pareilles fautes, à plus forte raison doit-on les excuser chez les écrivains et les dessinateurs du quatorzième et du quinzième siècles, privés de tout secours, sans renseignements précis, et réduits à enregistrer pèle-mèêle traditions erronées et documents authentiques.
Aussi bien, est-il tellement prouvé que les cartographes aient tous ignoré les découvertes dieppoises? Sans doute les cartes ou portulans composés par les Normands ont tous disparu, mais si on retrouve (1), bien avant l'époque ‘ixée aux découvertes
(1) FormALront, Saggio sullanautica antiqua dei Venesiani.
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