‹ Les découvreurs français du XIVe au XVIe siècle [microforme]Chapitre 25 sur 61 · DATE C RAD US AUS · texte numérisé non relu

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rencontres aux dépens des Espagnols. D'après une tradition, qui pourrait bien être la vérité, si toutefois Verrazano et Florin sont un même et unique personnage, c'est peut-être dans ce premier voyage qu'il aurait pris et pillé les navires que Cortez envoyait en Espagne, chargés des dépouilles du Mexique. Ces navires élaient commandés par Alonso d’Avila. « Il faisait déjà route vers l'Espagne avec les deux navires, lisons-nous dans la Véridique Hisloire de Bernal Diaz (1), lorsque Jean Florin, corsaire francais, le rencontra, saisit l'or etles navires, prend d'Avila, et le mène captif en France. En la mème saison ledit Jean Florin détroussa un autre navire qui venait de Santo Domingo, y prit environ vingt mille pesos d’or, grosse quantité de perles, sucre et aussi de bœufs, et, avec tout cela, s'en revint en France fort riche et fit à son roi et à l'amiral de France de grands présents de choses et objets d'or de la Nouvelle-Espagne, si bien que toute la France était émerveillée des richesses que nous envoyions à notre grand Empereur. »

Arrivons au second voyage, le seul dont on puisse parler avec quelque certitude.

Le 17 janvier 1524, Verrazano partait, sur la Dauphine, d'un rocher voisin de Madère. Il avait sous ses ordres cinquante hommes et était appro-

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visionné de vivres, d'armes et de munitions pour huit mois. Le vent d'est le poussait dans la direction de l'Amérique. À peine avait-il gagné la mer qu'il fut assailli par une horrible tempête. La région de l'Atlantique qu'il traversait alors est fort dangereuse. De véritables abîimes, dont la sonde trouve à peine le fond, y sont creusés dans les profondeurs

de l'Océan, et les glaces du pôle achèvent de s'y

fondre au contact des eaux tièdes du Gulf-stream. On se demande avec surprise comment les navires de l’époque, si mal construits, si mal gréés, pouvaient résister aux assauts de la mer ou au choc des glaces flottantes. Verrazano triompha pourtant de ces périls, et continua son voyage. Pendant vingt-cinq jours la Dauphine fut poussée dans cette direction, et Verrazano croyait n'avoir encore parcouru que quatre cents lieues marines environ, quand il découvrit une terre basse dont il s’approcha. Des feux étaient allumés le long de la côte. Le lendemain on apereut des indigènes sur la plage, fort nombreux, tous armés, et qui suivaient avec attention les mouvements du navire. Malgré son désir d'entrer tout de suite en relations avec les indigènes, Verrazano n'osa pas s'aventurer avec si peu de monde et tourna au sud. Il longea la côte une cinquantaine de lieues sans rencontrer un port de débarquement. et, comme son équipage se lassait d'avoir toujours la terre en vue sans débarquer, il se décida à revenir sur ses pas et à faire le même voyage mais en sens

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inverse. Un examen plus attentif le confirma dans l'opinion qu'aucun port ne pouvait recevoir son navire. Il mouilla donc au large et envoya sa chaloupe à terre. Aussitôt le rivage fut bordé de sauvages, qui donnèrent différentes marques de surprise où de crainte. On les voyait s'enfuir, revenir sur leurs pas, et recommencer à fuir, mais en tournant la tête pour observer ce qui se passait derrière eux. Ce qui les étonnait le plus, ïils le dirent plus tard, c'étaient les vêtements et la couleur de nos compatriotes. Ceux-ci leur faisaient pourtant des signes amicaux, et, comme leur frayeur se dissipait par degrés, ils se rapprochèrent et apportèrent des vivres frais.

Verrazano débarqua à son tour, et put examiner de près ces peuplades, qui jusqu'alors n'avaient pas été visitées par des Européens. Ces Américains étaient nus, à l'exception du milieu du corps, recouvert de belles peaux attachées à une ceinture d'herbes arlistement tressées. Cette ceinture était garnie de queues d'animaux qui descendaient jusqu'à mijambe. Leur couleur ne différait pas de celle des autres Américains. Ils portaient des panaches de plumes. Leurs cheveux étaient noirs, assez longs pour être relevés en tresse derrière la tête. Ils avaient la taille bien prise, d’une hauteur moyenne, la face et l’estomac larges. Leurs yeux étaient noirs et leurs regards pénétrants. Ils ne paraissaient pas vigoureux, mais étaient agiles et légers à la course.

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Comme plusieurs des traits de cette description se rapportent à peu près exactement à tous les Américains établis sur les rives de l'Atlantique depuis la Floride jusqu'au Labrador; et comme, d'un autre côté, Verrazano ne donna pas le nom de la peuplade, il est impossible de préciser la tribu avec laquelle nos compatriotes furent d’abord en relation. De plus, la description du pays est tellement vague qu'elle ne peut non plus fournir aucune indication. Verrazano remarquait que la côte était garnie de dunes, que coupaient de temps à autre de petits fleuves. Quand on pénétrait dans le pays, de belles plaines garnies d'arbres touffus s’étendaient à perte de vue. Ces arbres étaient des palmiers, des cyprès, des lauriers, ainsi que d’autres espèces inconnues en surope, et qui répandaient une odeur suave. Comme on était alors fortement imbu de la fausse opinion que les pays orientaux n'étaient pas éloignés, et que l'erreur de Christophe Colomb était encore accréditée, erreur d’après laquelle, en découvrant l’'Amérique, il avait cru tout d'abord retrouver le Cathay et le Cipangu, c'est-à-dire la Chine et le Japon, les officiers et les matelots de Verrazano se persuadèrent qu'ils étaient à l'extrémité de l'Asie. Ils crurent aussi rencontrer des indices d'or et d'argent, ce qui exalta leurs espérances. Ils est vrai de dire que tout Européen débarquant au Nouveau-Monde pensait alors trouver à chaque pas des métaux précieux. Ils s'étonnèrent enfin du nombre et de la prodigieuse

variété des animaux, surtout des animaux à venaison. Comme cette description s'applique à peu près à tous les États-Unis situés sur la côte de l'Atlantique, nous nous abstiendrons d'avancer des noms qui ne seraient que des hypothèses,

Lescarbot, le curieux et intéressant auteur de l'Histoire de la Nouvelle-France, prétend, dans son ouvrage, que Veïrazano aurait découvert toute la région qui s'étend entre le trentième et le quarantième degré de latitude septentrionale (1), mais le Florentin dit expressément qu'il longea la côte d’abord *inquante lieues au sud, puis cinquante lieues au : rd. Il ne pouvait donc pas avoir découvert des côtes qui s'étendaient sur une longueur de dix degrés.

L'air lui parut sain el tempéré, car il ne règne point de vents impétueux et les plus fréquents en été sont ceux de nord-est et d'ouest. Observation excellente, dont on peut chaque jour vérifier l’exaclitude. Le ciel est presque toujours serein, ajoutet-il, et, si les vents du nord soulèvent quelques brouillards, ils sont presque aussitôt abattus par la seule force du soleil. La mer voisine est toujours tranquille. Bien que le rivage soit bas et

sans ports, la côte n’est pas dangereuse, car,

jusqu'à cinq ou six pas de la terre, on trouve encore sept à huit brasses de profondeur. Cette partie

(1) LEsCaRBor, ouv. cit. IV. p. 28-30.

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de la relation de Verrazano s’appliquerait peut-être aux côtes de Georgie et de Virginie, dont le climat est fort tempéré, et qui sont basses et facilement accessibles ; mais, encore ici, nous n'émettons qu'une hypothèse.

Les Français n'eurent avec les indigènes que d'excellents rapports. Bien différents en ceci des Espagnols, qui n'avaient rien de plus pressé que de les courber sous leur tyrannie, et, sous prétexte d'étendre la foi catholique, massacraient par système des malheureux, qui ne comprenaient seulement pas ce qu'on leur demandait, nos compatriotes se faisaient partout aimer. Gais et familiers, ils devenaient tout de suite les hôtes de la famille. Les femmes et les enfants s'attachaient à leurs pas. En échange de verroteries ou d'étoffes aux couleurs éclatantes, ils obtenaient des vivres frais, des bois précieux, des peaux d'animaux. Si par malheur l’un d'entre eux éprouvait un accident, tout de suite la tribu lui venait en aide. On eut de cet attachement une preuve fort touchante. Verrazano avait donné l’ordre de continuer le voyage dans la direction du nord. Il s’avança jusqu'à une pointe à partir de laquelle la côte s'infléchissait vers l’orient, et y découvrit une quantité de feux; mais, comme il ne redoutait nullement les indigènes, il envoya la chaloupe a 1 rivage. Les vagues étaient si fortes qu'elle ne put aborder. Pourtant, comme les sauvages invitaient à descendre à terre tous ceux

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qui la montaient, un jeune matelot se jeta à l'eau, après s'être chargé de quelques présents. Il n'était plus qu'à vingt mètres du rivage, et l’eau ne lui venait plus qu'à la ceinture, quand tout à coup la peur le saisit. [Il jeta aux sauvages tout ce qu'il avait apporté, et se remit à nager vers la chaloupe, mais il était déjà fatigué par son premier effort et la terreur paralvsait ses mouvements. Une vague monstrueuse l’atteint, le renverse, et le jette sur la plage avec tant de violence, qu'il v demeure étendu sans connaissance. Les sauvages accourent à lui et lui prodiguent leurs soins. En reprenant ; ses esprits, le matelot, tout étonné de se trouver ( entre leurs bras, pousse de grands cris. Les sau- : vages pour Île rassurer crient plus fort encore, puis, afin de le sécher, le dépouillent de ses vêtements et allument un grand feu. Le matelot crut alors que les indigènes voulaient le rôtir pour le dévorer, et les matelots qui, de la chaloupe et du navire, suivaient tous ses mouvements, s'imaginèrent aussi que tel était leur dessein. Pourtant leurs craintes et celles du matelot commencèrent à diminuer, quand, au lieu, de se voir maltraité, il remarqua qu'on faisait sécher ses hardes, et qu'on ne l’approchaiït du feu qu'autant qu'il était nécessaire pour le réchauffer. Enfin les sauvages lui rendirent la liberté, et le reconduisirent au rivage; puis, après l'avoir embrassé, ils s’éloignèrent un peu, et quand ils le virent à la nage, montèrent

sur une éminence, d’où ils ne cessèrent de le re-

l’eau, 1 n’était sarder jusqu'à ce qu'il fût rentré à bord. # ñe ‘lui Verrazano suivit encore la côte pendant une k up la cinquantaine de lieues, et arriva en vue d'une ll * qu'il fort belle terre couverte re forêts. Vingt hommes k loupe, descendirent, et pénétrèrent dans un pays, dont les I effort habitants s’enfuirent à leur approche. Ils se saisi- | vagne rent d’une vieille femme et d'une jeune fille cachées ( RE dans l'herbe. La vieille portait un enfant sur son | made dos, et menait à ses côtés deux jeunes garcons. A (l Shot la vue des étrangers, ils poussèrent des cris de fs Rat frayeur. On leur donna des vivres, qu'ils recurent ( ER avec joie, à l'exception de la jeune fille qui les ff Sci refusa. Quelques matelots prirent les enfants dans Î te: l'intention de les transporter en France. Ils vou- | VOLE laient aussi mener à bord la jeune fille qui était (l t pal fort bien faite, mais elle poussa de tels cris qu'ils [l SUR lé redoutèrent les hostilités des sauvages dans une | ebsA ; région couverte de bois. Ces indigènes leur paru- | aginè- rent plus blancs que tous ceux qu'ils avaient vus. | ute Ils étaient à demi vêtus d'un tissu d'herbes et de à dic cannes. Leurs cheveux étaient épars. Les produits i îté, dl de la chasse, la pêche et divers légumes servaient 1! qu'on à leur alimentation. Ils connaissaient l'usage desfilets. | xE ce Leurs flèches étaient armées d'os de poissons fort | a aigus. Leurs canots paraissalent d’une seule pièce. ivage : Les arbres étaient moins odoriférants que ceux des | te terres précédentes, mais ils étaient entremèêlés de press vignes, qui, croissant d’elles-mêmes, s’élevaient

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jusqu'au sommet des branches ou serpentaient à terre. Ce dernier détail, très caractéristique, nous | permettra d'être iei plus explicite. Il n'y a en effet qu'un seul des États américains sur l'Atlantique, qui produise ainsi de la vigne naturelle, le New- York : et, par une singulière coïncidence, c'étail déjà dans ces cantons que s'étaient établis, aux alentours de l'an mil, les colons scandinaves venus du Re Groenland et de l'Islande. Ils avaient même donné au pays, en raison de cette particularité, le nom de Vinland, ou région du vin (1).

Après avoir passé trois jours à l'ancre, les Francais continuérent à suivre la côte, mouillant chaque soir sur un bas-fonds. Cent lieues plus loin, ils découvrirent une terre charmante, traversée par un grand fleuve dont l'embouchure était profonde. Ts y firent entrer la chaloupe. Cette Lerre était très peuplée, et les habitants assez semblables aux pré-

cédents, mais parés de belles plumes. Ces sauvages,

dont Verrazano vante l'hospitalité, indiquaient les # endroits où on pouvait aborder. Les Francais n’hé- À sitèrent pas à s'engager dans le fleuve qu'ils remon- * tèrent l’espace d'une demi-lieue, sans cesser de re- à cevoir les politesses des Indiens. Mais une furieuse # tempête, que rien dans l'atmosphère ne faisait pré- a

voir, les forca de retourner en pleine mer, non sans

(1) GAFFAREL, Rapports de l'Amérique et de l'ancien continent avant Christophe Colomb. — GraAvier, Découverte de l'Amérique par les Normands au dixième siècle.

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avoir remarqué sur les deux rives du cours d’eau toutes les apparences d'une terre abondante en mines.

De là ils gouvernèrent à l’est, en suivant toujours la côte, qui se prolongeait dans cette direclion. À cinquante lieues plus loin, ils découvrirent une ile de forme triangulaire, grande, peuplée el remplie de beaux vergers. Le vent ne leur permet- (ant pas d’y aborder, ils s'avancèrent quinze lieues plus loin vers une autre, où ils trouvérent, dans un bon port, plus de vingt canots, qui s'approchèrent de la Dauphine avec de grandes marques d'étonnement. On jeta aux indigènes des sonnettes et autres bagatelles, qui les rendirent plus familiers. Entre ceux qui montèrent à bord, on distingua deux chefs, l’un de quarante, l'autre de vingt ans environ, beaux hommes tous les deux, vêtus de peaux de cerf bien travaillées, portant les cheveux en tresse autour de la tête, et au cou une chaine avec des pierres diversement colorées. Quelques femmes les avaient accompagnés. Elles étaient nues, à l'exception de la ceinture couverte de quelques bandes de peaux de cerf, Elles avaient aux oreilles des plaques de cuivre qui n'étaient dépourvues ni d'art, ni de goût, et qu'elles paraissaient estimer plus que de l'or. Elles furent charmées des sonnettes et des bijoux de verre qu'on leur offrit, et dont elles ornèrent aussitôt leurs oreilles et leur cou. La soie leur plaisait médiocrement. Elles se regardaient

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