‹ Les découvreurs français du XIVe au XVIe siècle [microforme]Chapitre 4 sur 61 · VS · texte numérisé non relu

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22 LES DÉCOUVREURS FRANl'AIS

portugaises, c'est-à-dire dès 1367 sur la carte de Pizzigani, dès 1375 sur le portulan de Mecia de Viladestes, dès 1413 sur l’atlas Catalan, dès les premières années du quinzième siècle sur le portulan Î de la Bibliothèque de Dijon, et sur bon nombre de | monuments géographiques du moyen âge, des indi- | cations nombreuses de pays et de peuples à l'endroit même qui correspond aux côtes de Guinée, n'est-ce point la preuve que ces côtes auraient été visitées, bien avant les Portugais, par d’autres navigateurs”? A Quels sont maintenant ces navigateurs? Martin Behaim, sur son fameux globe de 1492, donne à la \ côte d'Afrique comprise entre Pinias et Cabo Corso ! le nom de Malaget, c'est-à-dire du poivre, du vieux mot français Malaguette. Ortelius, dans le Typus orbis terrarum de 1587, a conservé à un des ports de la côte de Guinée le nom de Mellegete. Le Vénitien Coronelli porte sur sa carte de 1687 le grand Sestre dit Paris, et la mer de Maleguette. Enfin n'avons-nous pas déjà vu, par le témoignage nil de des Marchais, en 1726, que les cartes nautiques 1 de tous les peuples de l'Europe gardaient à un des ports de Guinée le nom de Petit-Dieppe ?

| [nous sera donc permis de conclure que le témoi- 1? gnage des cartographes ne contredit pas celui des LL) écrivains, et que, malgré les dénégations portugai-

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— G. GRAVIER, le Canarien, passim, — P. Garrarer, le Portulan de Dijon (Mémoires de la Commission des antiquités de 1 la Côte-d'Or, volume IX),

ses, les uns et les autres s'accordent pour attribuer aux Dieppois l'honneur des premières découvertes.

A quoi bon nous attacher plus longtemps à ces objections dictées par une jalousie nationale que rien ne motive, car la part des Portugais dans l’histoire des découvertes reste encore assez belle et assez glorieuse ? Cherchons sur le sol de l'Afrique, cherchons à Dieppe même des preuves encore existantes des voyages et du séjour de nos compatriotes. Les pierres, jadis remarquées par Dapper, par d'Elbée, et par d'autres voyageurs ont disparu. Les cases bâties'par les Français au grand Conmendo, l’église de la Mine également bâtie par eux, et qui existaient encore au temps de Villaut, ont aussi disparu; mais notre langue s’est maintenue plus longtemps. « Monsieur, Je vous remercie, » répondait à Villaut la bellefille d'un roi indigène, dont il portait la santé. Au grand Sestre tous les habitants comprenaient et parlaient notre langue. « Ils n'appellent pas le poivre sextos à la Portugaise, écrit à ce propos Villaut, ni grain à la Hollandaise, mais malaguette, et, lorsqu'un vaisseau aborde, s'ils en ont, après le salut ils crient : Malaguette, tout plein, tout plein, tout à terre, de malaguette. » M. Major (1), l'érudit conservateur du British Museum, l’auteur de la vie du prince Henri !e Navigateur, à rrétendu que le mot malaguette n'était pes français, et que d’ailleurs

(1) MAsor, The Life of prince Henry.

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le poivre malaguette n'er 'rait en France au quatorzième siècle que par les villes de Nimes et de Montpellier, où il était apporté par les maures, ainsi que le démontrait le traité Della Decima composé par Balducci Pegoletti. Pourtant le mot malaguette n'a pas d'équivalent ni en italien, ni en espagnol, ni en portugais. Il a toujours, dans la langue francaise du moyen âge, servi à désigner le poivre. C'est d'ailleurs un mot de lournure, et, si l’on préfère, de physionomie francaise. Enfin le malaguette était si peu importé en France par les Maures à Nimes et à Montpellier, qu'à l'époque même indiquée par Pegoletti (1), il entrait en Seine, et arrivait à Rouen en quantité si considérable qu'on le taxait au quintal. Où donc nos matelots allaient-ils chercher ce poivre? Est-ce à Nimes, ou à Montpellier? Ne serait-ce pas plutôt dans le pays de Malaguette, sur cette côte qui s'appelle encore la côte du poivre, et dont ils avaient été les premiers à signaler les richesses?

Une autre preuve de la réalité de ces expéditions dieppoises est la facilité avec laquelle les indigènes acceptèrent notre domination quand de nouveau, au seizième et au dix-septième siècles, le pavillon français reparut sur leurs côtes. Opprimés et maltraités par les Portugais et par les Hollandais, ils s'étaient pieusement transmis la tradition de nos

(1) Cu. pe BEAUREPAIRE, De la vicomté de l’eau de Rouen et

de ses coutumes au treizième et au quatorzième siècles, p. 271,

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