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Cartier fit ensuite ranger les hommes d'un côté, les femmes et les enfants de l'autre, distribua aux hommes des couteaux, aux femmes des chapelets, et jeta aux enfants des agnus Dei et des bagues. Pour terminer sa visite, il ordonna à ses gens de sonner de la trompette et de jouer d’autres instruments de musique; ce qui, par sa nouveauté frappa les sauvages d’étonnement et d'admiration.
Certains écrivains (1) mal inspirés ou systématiquement hostiles ont avancé, au sujet de ces cadeaux, que Cartier les avait distribués aux sauvages comme autant de charmes sacrés, qui guérissaient infailliblement de toutes les maladies. Ils ont essayé de le faire passer pour un hypocrite qui aurait caché son avarice sous le manteau de la rchgion. Rien pourtant, dans la relation de Cartier, n'autorise de pareilles insinuations. Cartier ne pouvait seulement pas se faire comprendre des indigènes : il n’eut donc pas à leur expliquer la vertu cachée des rosaires ou des agnus Dei. Sincèrement et du fond du cœur il priait Dieu d'éclairer ces barbares, mais il ne cherchait pas à leur vendre des talismans. Son cœur était trop généreux et son àme trop bien située pour se permettre de pareilles vilenies!
A la sortie d'Hochelaga, Cartier fut conduit sur la montagne voisine. Arrivé sur la hauteur, il prit con-
(1) Cf. Histoire générale des voyages, t. XI, p. 27. — Histoire géographique de la Nouvelle-Ecosse, 1755.
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naissance du pays. [Il admira la beauté des alentours comme aussi le cours majestueux et la largeur du grand fleuve qui se perdait à l'horizon. Ses guides lui firent comprendre par signes que trois cascades, en amont d'Hochelaga, embarrassaient le cours du Saint-Laurent. Ce sont en effet les rapides que l’on désigne aujourd'hui sous les noms de sauts Sainte- Marie, Grandes-Cascades et Grand-Saut. Cartier désirait savoir la distance qui séparait ces rapides les uns des autres, mais ni fui, ni aucun des siens ne put comprendre la réponse qu'il reçut. Il crut seulement entendre que, ces sauts une fois passés, on pouvait encore naviguer sur le fleuve pendant trois mois (1).
Les sauvages, sans que Cartier leur eût fait aucune question, prirent la chaine d'argent de son sifflet, et un poignard dont le manche de laiton brillait comme
(1) Voirdans Hackluyt (Principall Navigations, t. IT, p. 242) les deux lettres écrites par le neveu de Cartier, Jacques Nouel, à Jean Groote, étudiant à Paris, relativement à la découverte des Sauts. Ces lettres, traduites en anglais, ont été retraduites en français, et insérées dans les mémoires de la Société historique e littéraire de Québec (1843, p. 97-101). M. Joüon des Longrais (p. 145-148) en a donné une nouvelle édition. Voici le passage le plus important de la première lettre : « J'ai été sur le haut d'une montagne qui est au pied desdits sauts, d'où j'ai pu voir ladite rivière au delà desdits sauts; laquelle se montre plus large qu'elle n’est en l'endroit où nous l'avons passée, Par le peuple du pays nous à été dit qu'il y avait dix journées de marche depuis les sauts jusqu'au grand lac; mais nous ne savons pas combien de lieues ils comptent pour une journée. »
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de l'or : puis il lui firent entendre agnes que l'or et l'argent se trouvaient en amc leuve, ajoutant qu'on rencontrait des peuplades 1eroces, toujours en guerre les unes contre les autres. Cartier, leur présenta alors du cuivre rouge, leur demanda par gestes si ce métal se trouvait également dans le même pays, mais ils secouèrent la tête négativement, et lui donnèrent à entendre que le cuivre ne venait pas de là, mais au contraire de la contrée où il avait abordé.
Certes Cartier el ses compagnons n'auraient pas mieux demandé que d'aller vérifier par eux-mêmes l'exactitude de ces renseignements. La pensée de trouver des mines d’or et d'argent avait exalté leurs espérances et leurs convoitises; mais il était peutêtre imprudent de s’enfoncer dans un pays entièrement inconnu sans avoir assuré ses communications. De plus on n'était pas sans éprouver quelques inquiétudes sur l'Émérillon, qu'on avait laissé au lac Saint-Pierre à la garde de huit hommes seulement, et on n'avait aucune nouvelle de la Grande et de la Petite Hermine laissées à Stadaconé avec le reste des Francais. Cartier jugea prudent de rallier ses divisions éparses et de remettre à plus tard l'exploration de ces contrées, dont les habitants d'Hochelaga lui avaient raconté tant de merveilles.
Le même jour, 3 octobre, les Francais quittèrent donc Hochelaga, toujours accompagnés par les indigènes qui, les voyant fatigués du chemin, les chargèrent sur leurs épaules et les portèrent comme
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auraient fait des bètes de somme. Ils s'embarquèrent aussitôt, et les indigènes, qui témoignaient un grand regret de leur départ, les suivirent longtemps sur le rivage. Le voyage de retour ne fut signalé par aucun incident digne de remarque. Dès le 4les deux barques rencontraient l'Émérillon, et le 11 la Grande et la Petite Hermine. Pendant l'absence du capitaine, ceux de ses gens restés pour la garde des navires avaient construit une sorte de fort, ou plutôt une enceinte de grosses pièces de bois, plantées debout, jointes les unes aux autres, et y avaient installé des pièces d'artillerie afin de se défendre en cas d'attaque de la part des indigènes.
Sur ces entrefaites commencèrent les premiers froids. Les nuits et les matinées devenaient fraiches, les brouillards fréquents. Les indigènes sortaient leurs grosses fourrures et se préparaient à soutenir le rude assaut de l'hiver. Cartier, qui ne voulait pas être pris au dépourvu, résolut de donner à ses hommes quelques mois d'un repos bien mérité. Il espérait de la sorte les trouver frais et dispos pour la grande expédition de découverte qu'il projetait au printemps prochain, et il comptait bien utiliser ses loisirs forcés en complétant ses renseignements sur les ressources et les productions du pays, et surtout en essayant de faire connaitre aux indigènes la vraie religion; car il n’oubliait jamais son double rôle de découvreur et de propagateur du christianisme.
On s’est préoccupé de l'emplacement de Stadaconé
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où Cartier passa l'hiver de 1535 à 1536. Les opinions sont très variées, et il est difficile de les concilier. Nous nous contenterons d'indiquer que la rivière Sainte-Croix, sur les bords de laquelle était bâtie Stadaconé, n'est pas la Sainte-Croix d'aujourd'hui, qui se jette dans le Saint-Laurent à quinze lieues en amont de Québec, mais paraît correspondre au Saint- Chärles dont le confluent avec le Saint-Laurent se trouve à côté même de Québec. Stadaconé aurait donc été située à peu près sur l'emplacement de Québec. Nous savons déjà que Montréal devait remplacer Hochelaga. Par une singulière coïncidence, les deux capitales du Canada, Québec et Montréal, devaient succéder à ces modestes villages de Stadaconé et d'Hochelaga, découverts par Cartier dans son premier voyage sur le Saint-Laurent.
On a également discuté l’origine du mot par lequel fut désormais désignée la contrée découverte par les Français, le mot Canada. Les uns le font dériver de l'espagnol aca, nada, ici rien : on supposerait en effet que les Espagnols seraient arrivés dans la région avant Cartier, et que, n'y ayant découvert aucune trace de mines, ils auraient dit à plusieurs reprises : aca, nada. Les indigènes, frappés par ces mots, les auraient répétés aux Français, qui auraient cru que Canada était le vrai nom du pays : mais d'abord rien ne prouve ce prétendu voyage des Espagnols. En outre la plus ancienne carte espagnole de la région, qui à été signalée au
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congrès des américanistes de Madrid, en 1881, par le capitaine Duro, et dont il a été donné un fac-simile dans le volume des mémoires du Congrès, porte expressément l'indication Canada ; et les noms marqués sont tous français : golfe de Bretones, Orléans, Golesme (pour Angoulème), etc. On y trouve même indiqué l'emplacement des quartiers d'hiver de Cartier, avec cette mention : Aqui muriero muchos franceses de habre. La suite du récit mentione en effet que Cartier perdit pendant l'hiver plusieurs de ses compagnons. Les Castillans n’ont donc jamais revendiqué la priorité de la découverte, et c'est ailleurs que dans leur langue qu'il faut chercher l'étymologie de Canada. Aussi bien Cartier a pris soin de nous la donner. C'est une dénomination indigène. Canada signifie d'après lui amas de cabanes, une ville. Dans le vocabulaire franco-canadien qu'il a joint à la relation de son second voyage, il nous dit expressément que « ilz appellent une ville Canada. » Dans les dialectes aigonquin et huron, Canada a la même signification. Nous regardons donc comme très fondée l'opinion qui fait dériver des langues indigènes le nom de la région.
Répandre le christianisme parmi les Canadiens et étudier les ressources du pays, telles furent les principales , et, à vrai dire, les uniques occupations de Cartier pendant ce long hiver. Ses efforts ne furent pas inutiles. Grâce aux deux interprètes qu'il avait emmenés de France, il parvint à faire comprendre
aux indigènes leurs erreurs, et peu à peu les initia
aux vérités et aux dogmes du christianisme. Il y réussit d'autant mieux que les Canadiens avaient déjà quelque idée, confuse il est vrai et fort grossière, mais réelle de Dieu et de la vie future. Ils assuraient que Dieu se manifestait souvent aux hommes ; ils pensaient, après leur mort, aller dans les étoiles, puis descendre vers l'horizon, en même temps que ces astres. Vraiment il n’y avait qu'à cultiver un champ déjà fertile, et, pour employer une expression biblique, qu'à arracher l'ivraie pour que germât le bon grain. Les Canadiens le crurent volontiers, à tel point que, méprisant leurs anciennes divinités, ils les interpellaient avec des termes injurieux. Ils paraissaient même si bien convaincus qu'ils prièrent à plusieurs reprises Cartier de leur administrer le baptême. Le cacique de Stadaconé, Donnaconna, se présenta même un jour avec tous les siens pour recevoir le sacrement. Cartier jugea qu'il profanerait le baptème en l’administrant à des hommes qui n’étaient pas encore suffisamment pénétrés des vérités chrétiennes, et tenaient obstinément à certaines coutumes toutes païennes, par exemple à la polygamie. Il leur refusa donc, très sagement, la grâce qu'ils imploraient ; mais, pour ne pas les offenser par un refus définitif, il leur promit de revenir, dans un autre voyage, avec des prêtres qui les instruiraient mieux qu'il ne pouvait le faire et qui seuls avaient qualité pour conférer ce sacrement. Ils le crurent,
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et, joyeux de sa promesse, lui en témoignèrent leur satisfaction. On ne saurait trop louer la prudence de Cartier en cette occasion, Ce n’est pas ainsi qu'agissaient les conquistadores espagnols. Non seulement ils administraient le baptême à des populations qui n'en voulaient pas, mais encore exterminaient tous ceux qui le refusaient, Combien la sage tolérance de notre compatriote est-elle préférable au fanatisme aveugle d’un Cortez ou d'un Pizarre !
En vue d’une prochaine colonisation, Cartier étudiait aussi avec le plus grand soin les ressources du pays. Encore de nos jours on reconnait la vérité de ses remarques. Ce qui le frappait surtout, c'était la ressemblance avec la France. En effet les grains et les légumes qui poussent dans notre patrie sont cultivés et réussissent d’un bout à l’autre du Canada. Le chanvre, le lin, le houblon y viennent également, ainsi que nos arbres fruitiers. Les meilleures pommes du continent américain sont celles de Montréal, dont les poires et les melons sont également répulés. Les prunes et les cerises dites de France poussent à Québec. Les raisins réussissent passablement à Montréal, mais les pêches ne deviennent savoureuses qu'à Toronto, dans le voisinage du Niagara. Les arbres que l’on trouve presque partout dans les forêts canadiennes sont le chêne, l’érable, le noyer, le charme, l’orme, le merisier, le frêne, le pin, le cèdre, le peuplier, le tremble et le bouleau, toutes essences qui font l’ornement de nos bois francais.
Seulement au Canada, surtout du temps de Cartier, ces arbres atteignaient des dimensions considérables. Les arbustes communs à toute la contrée sont les cormiers, saules, aulnes, coudriers et cerisiers sauvages. Les bois produisent encore des groseilles, des fraises et des müres. Cartier mentionnait tous ces produits dans sa relation. Il n'oubliait pas les
essences indigènes, ainsi l’épinette rouge, ce bois si précieux pour la construction des vaisseaux à cause de son incorruptibilité et de sa force, le noyer noir, l'érable piqué et ondé, et le merisier rouge ondé qui offrent des matériaux superbes à l’ébénisterie et à la marqueterie.
Ce qui plus encore que la flore indigène attirait l'attention de Cartier, c'étaient les animaux, l'orignal ou élan, le caribou ou grand renne, le chevreuil, les ours noirs et roux, le Ivnx, le chat sauvage, la martre, le vison, le carcajou, etc. Il étudiait les mœurs singulières du castor; il observait les rats musqués, ces étranges animaux grands comme un lapin, d'un gris roussâtre, qui se construisent en hiver sur la glace une hutte de terre, où ils vivent en société, sauf à s'entredévorer quand la gelée ferme leurs trous. Cartier demandait aussi aux Canadiens où et comment ils se procuraient leurs magnifiques fourrures. Rien n'échappait à sa pénétrante observation. Il entendait bien, au cas où François [°° lui permettrait de fonder une véritable colonie, lui fournir tous les renseignements qu'il réclamsrait,
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avec preuve à l'appui. Déjà mê&ne il cherchait à réunir une sorte de collection de bois, de plantes et d'animaux, qui seraient la preuve indéniable de ses assertions. Cartier ne négligeait pas les poissons qui peuplent les cours d’eau, la truite saumonnée, le saumon, le maskinongé et le {ouradi ou poissons blancs, l'esturgeon, la perche, ete. I n'avait garde d'oublier les splendides pêcheries du golfe Saint-Laurent, où, de nos jours encore, abondent les harengx, les sardines, la morue, et l’anguille de mer. Dans cette curieuse étude des productions Canadiennes, une pensée s’imposait à l'attention de Cartier : la comparaison avec telle ou telle province francaise. Sans doute espérait-il, en montrant, en exagérant au besoin les ressemblances qui existaient entre le Canada et la France, attirer à sa suite dans une nouvelle entreprise plusieurs milliers de colons. Cartier avait compté sans le froid. En effet, le froid au Canada est plus rigoureux qu’en France, et il l'était plus encore aux premières années du seizième siècle que de nos jours, car de gigantesques forêts, aujourd’hui disparues, entretenaient alors une humidité persistante, et la présence des hommes n'avait pas encore échauffé l’atmosphère. Or l'hiver survint avec toutes ses rigueurs. Les Canadiens, habitués à ce rude climat, n’y faisaient même pas attention, et c'était pour Cartier un étonnement de tous les jours que de les voir se livrer à leurs rudes exercices, sans seulement prendre
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de précaution «et sont tant hommes, femmes qu’enfans plus durs que bestes au froid. Car de la plus grande froidure que nous ayons veu, laquelle estoit merveilleuse et aspre, venoient par dessus les glaces et neiges tous les jours à noz navires, la pluspart d’eulx tout nudz, quiest chose fort à croire qui ne la veu. » Aussi Jui et Les siens souffrirent-ils beaucoup, car ils n'avaient pas emporté les vêtements nécessaires, et ils avaient eu la singulière idée de ne pas quitter leurs vaisseaux. Or « depuis la my novembre jusques au quinziesme Jour d'Apvril, avons esté continuellement enfermés dedans les glaces, lesquelles avaient plus de deux brasses d’espesseur. Et dessus la terre avoit la hauteur de quatre piedz de neige et plus, tellement qu'elle estoit plus haute que les bortz de nos navires : lesquelles ont duré jus-
ques audict temps, en sorte que nos breuvages estoient tous gellez dedans les futailles. Et par dedans nos dictes navires tant de bas que de hault, estoit la glace contre les bortz à quatre doigtz d’es-
pesseur. »
Le froid, le manque d'exercice, le mauvais air, l'absence de vivres frais engendrèrent bientôt une affreuse maladie. Cartier ne la nomme pas, mais il en décrit les redoutables effets, qui se rapportent au scorbut. « Commenca la maladie entour nous d'une merveilleuse sorte, et la plus incongneue : car les ungs perdoient la substance, et de leur devenoient les jambes grosses et enflez et les nerfs re-
tirez et noircis comme charbon, et à aucuns toutes semés de gouttes de sang comme pourpre : puis montoit ladicte maladie aux hanches, cuisses et espaulles, aux bras et au col. Et à tout venoit la bouche si infecte et pourrye par les gencyves, que tout la chair en tumboit jusques à la racine des dentz, lesquelles tumboient presque toutes. » En effet Cartier hivernait au milieu des glaces, comme le font de nos jours les hardis explorateurs qui s'efforcent de découvrir les secrets du pôle nord; mais il n'avait pris aucune précaution, et Les habitudes de propreté, l'hygiène indispensable qui règnent de nos jours à bord de tous les navires, étaient alors considérées comme une superfluité. Dès lors quoi d'étonnant si la terrible maladie attaqua bientôt tout l'équipage ! Dèsle mois de décembre, quelques hommes furent atteints. Avant la fin du mois, sur 110 Français, il n'en restait pas dix en état de soigner leurs camarades !
Déjà huit d'entre eux étaient morts et plus de cinquante ne laissaient aucun espoir, lorsque Cartier ordonna un acte solennel de religion, qui fut le premier exercice public du culte catholique au Canada, et l'origine des ;;rocessions et des pèlerinages, qui depuis ont continué. Il mit les siens en prière, el leur fil porter une statue de la Vierge, à travers les neiges et les glaces. On la placa contre un arbre distant d’une portée d'arc. Le dimanche suivant la mésse fut chantee en plein air, devant la statue, et
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tous ceux qui pouvaient marcher formèrent une procession"et chantèrent les psaumes de la pénitence. Cartier s'engagea en outre, si Dieu lui faisait la grâce de retourner en France, à faire en l’honneur de la Vierge le pèlerinage de Rocamadour, en
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Malgré la diversion apportée par cette cérémonie, la maladie empira. Elle prit même une telle intensité et devint si générale que de tous les Français trois seulement ne furent pas atteints. C'était un homme par vaisseau. Aussi ne suffisaient-ils pas à la besogne, et ne pouvaient-ils seulement pas descendre sous le tillac pour chercher de l’eau. Dans cet état de faiblesse extrême, ceux qui pouvaient encore agir se contentaient de déposer les cadavres sur la neige, À n'ayant plus la force d'ouvrir la terre pour les en-
terrer. Tout semblait désespéré. Les sauvages, comme s'ils avaient conscience de la situation, devenaient arrogants et curieux. Ils s'approchaient des navires et semblaient disposés à les piller. Il fallut que Cartier et ses compagnons valides, surmontant leur malaise, recourussent à des ruses singulières pour les écartér. Tantôt le capitaine envoyait en dehors ceux qui pouvaient encore se trainer, puis les rappelait brusquément, comme si on avait besoin de leur présence à bord pour des travaux urgents. Tantôt il ordonnait dux malades de mener grand bruit dans l'intérieur des navires « avec bas- 4 tous et cailloux faignans callefestrer ». Les Cana-
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diens se laissèrent prendre à ces démonstrations, et n'inquiétèrent pas davantage nos compatriotes. Un des interprètes, Dom Agaya, avait été atteint par la maladie. Il avait aussitôt quitté le navire, et n'avait pas reparu. Soudain Cartier le revit, sain el dispos, ne paraissant même pas avoir été malade. Interrogé aussitôt par le capitaine sur les causes de cette prompte guérison, Dom Agaya lut indiqua le remède dont il s'était servi. Il s'agissait d'exprimer le suc des feuilles d'un arbre et de le boire. Cartier tout joyeux lui demanda si cet arbre croissait aux environs, et, sur sa réponse affirmative, partit luimême avec deux Indiennes pour en chercher. On croit que cet arbre est le sapin du Canada, doué en effet de propriétés anti-scorbuliques. Toutefois on a aussi émis l'opinion que ce pouvait être de l'épinevinette, qui à des propriétés analogues, Nos compatrioltes, après avoir bu quelques gorgées de cette {isane, recouvrèerent comme par enchantement [a santé, « Apres ce avoir veu et congneu, y a eu telle presse ladicte medecine, que on si vouloit tuer, à qui premier en auroit. De sorte que ung arbre aussi gros et aussi grand que chesne qui soit en France, a esté employé en six Jours : lequel à faict telle operation, que si tous les medecins de Louvain et de Montpellyer y eussent esté avec Loutes les drogues d'Alexandrie, il” n'en eussent pas tant faict en ung an, que ledict arbre a fait en six jours : car il nous a tellement profité, que tous ceulx, qui en ont voullu
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Cartier avait perdu vingt-cinq de ses compagnons, et les Canadiens qui avaient appris en même temps et la maladie et la guérison des Français, ne cachaient plus leur mauvais vouloir. Afin de mieux assurer la surveillance, et pour concentrer davantage son autorité, Cartier se décida à un sacrifice pénible, Il résolut d'abandonner {a Petile Hermine, dont la carcasse était endommagée. Après en avoir retiré tout ce qui pouvait lui servir, il l’abandonna aux indigènes qui enlevèrent tous les clous et firent sombrer la coque. Par un singulier hasard, cette coque a été retrouvée en 1843, ensevelie dans un lit de vase.
C'étaient surtout les indigènes de Stadaconé et leur chef Donnaconna qui ne faisaient plus mystère de leurs sentiments hostiles aux Français. Les deux interprètes que Cartier avait ramenés de France { ne cessaient de répandre des bruits absurdes. Ils donnaient à entendre aux Canadiens que les prétendus cadeaux de Cartier n'étaient que des pacotilles de rebut, et irritaient l'amour-propre toujours si susceptible des sauvages. Dès son retour d'Hochelaga, | Cartier, averti par ses lieutenants, avait pris de mi- ; nutieuses précautions. Quatre fois par nuit le quart devait être relevé, et toujours au son de la trompette. Défense à tout indigène d'approcher des navires sans autorisation. Lors de la terrible maladie
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