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qui décima ses équipages, Cartier redoubla de prudence, et il eut raison, car les Indiens auraient sans doute profité de l'hiver pour tomber sur les Français, surtout s'ils avaient seulement soupçonné la gravité de la situation. A peine les glaces furent-elles rompues et les communications avec le haut pays rétablies, que tous les habitants de Stadaconé partirent en canot, sous prétexte d'aller à la chasse pour quinze Jours, mais en réalité pour ramener un grand nombre des leurs, et profiter de la supériorité de leurs forces pour exterminer les Français. Au lieu de quinze jours d'absence, ils ne revinrent qu'au bout de deux mois, et en compagnie de plusieurs milliers de Canadiens.
Au premier symptôme de faiblesse il était évident que les Canadiens tomberaient sur la petite troupe. Is l'auraient même attaquée depuis longtemps, s'ils n'eussent redouté les armes à feu, et si Cartier ne s'était vas mis sur ses gardes, mais ils ne quittaient pas les environs; ils n'envoyaient aux navires que très peu de provisions, et encore les faisaient-ils payer fort cher. La guerre était imminente. Les deux interprètes avaient rompu toute relation avec nous. [ls ne cessaient d’exciter la défiance de leurs concitoyens, et les engageaient à tenter une surprise. Cartier, fort inquiet, voulut se rendre un compte exact de la situation. Il fit débarquer son domestique, Charles Guyot, qui s'était attiré les sympathies des Canadiens, et le pria d'observer at-
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tentivement tout ce qu'il verrait. Donnaconna averti de sa visite feignit d'être malade. Les interprètes à leur tour le reçurent dans leurs cases, « mais par tout trouverent les maisons si plaines de gens que on si povoit remuer lesquelz on n'avoit accoustumé de veoir, et ne voulut permettre ledict interprete que ledict serviteur allast es aultres maisons : ains les convoya vers les navires la moitié du chemin. »
Cartier prit alors une résolution énergique. I résolut de payer d'audace et de mettre la main sur Donnaconna et sur les deux interprètes. En cas d'attaque c'étaient pour lui de précieux otages; en cas de paix il comptait les amener en France. Il tenait surtout à s'emparer de Donnaconna « pour compter et dire au Roy ce qu'il avoit veu es pais occidentaulx des merveilles du monde. Car il nous à certifié avoir esté à la terre de Saguenay, en laquelle y a infini or, rubis et aultres richesses. EC y sont les hommes blancs comme en France et &*coutrez de dras de laynes.. » Cette résolution aardie convenait au caractère national : assurément elle était contraire au droit des gens, et Cartier ne l'ignorait pas aussi prend-il dans sa relation des précautions infinies pour justifier cet acte, mais il n'avait vraiment nul besoin de toutes ces excuses. Les Canadiens cherchaient à le surprendre : il les prévint. N'étaitce pas un acte de bonne guerre ?
Ce n'était pas chose facile que de s'emparer de Donnaconna et des interprètes; car tout en tramant
verti tes à par s que tumé e que s les D) e. Il n sur d’atin Cas tenait pter taulx avoir ini or, Mmes as de uit au traire pas :
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contre Îles Français de mauvais desseins, ils se tenaient sur leurs gardes, «Ils avoient tusiours l'œil au boys et une crainte merveilleuse. » Cartier réussit pourtant à l’atlirer près des vaisseaux, sous prétexte de lui servir un grand repas, et, bien qu'il fût entouré d’un grand nombre de Canadiens, le fil saisir avec les deux interprétes et deux autres chefs, et conduire à bord de la Grande Hermine. Cet acte de vigueur terrifia les Canadiens. [ls n’essayèrent même pas de profiter de leur supériorité numérique écrasante pour délivrer leurs chefs, et au contraire s'enfuirent dans outes les directions « comme brebis devant le loup : les ungs le travers la rivière, les autres parmi les boys cherchant chacun son advanlage. » Tant il est vrai que les coups de vigueur imposent toujours le respect à la multitude:
Cependant, quand la nuit fut tombée, les Canadiens se hasardèrent à se rapprocher des vaisseaux, « huchant et huriant comme loups cryant sans cesse, » Voyant qu'on ne les inquiétait pas, ils restèrent toute la journée du lendemain dans leurs pirogues , appelant toujours leur cacique. Cartier le fit alors monter sur le pont de {« Grande Hermine et haranguer ses sujets. C’est a’r ii que Montezuma était monté sur la tour de son palais, et avait essayé d'expliquer à ses sujets comment il élait tombé entre les mains des Espagnols. Donnaconna, persuadé qu'il ne lui restait plus qu'à obéir, annonca donc aux Canadiens qu'il se rendait en France pour y
ES a po rer LÉRAR. EE : Pa TA pur LU CU CAUT D os Le MU ciel te 1 Di ,
/ raconter au roi ce qu'il avait vu au Saguenay et dans d'autres lieux, mais qu'il reviendrait dans dix k ou douze lunes, avec de beaux présents. Cette décla- L ration réjouit tous les sauvages, qui témoignérent ie
leur satisfaction en poussant trois grands cris. Bien ï
plus ils donnèrent à Cartier vingt-quatre colliers de ces coquilles d'esergui, qui, dans l'appréciation de a ces barbares, constituaient la principale richesse du { pays, et, de son côté, Cartier les combla de présents,
Donnaconna ne devait pas revoir son pays. Quand
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il arriva en France, üt reçut le baptême et eut Car- pi ties pour parrain (1). Iapprit rapidement le français de et fournit sur l'Amérique de précieux renseignements. pi
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Thevet, l'auteur des Singularitez de la France Antar- FE, tique et de la Cosmographie Universelle, le vit, dé causa souvent avec lui, et inséra dans ses ouvrages * plusieurs des histoires et descriptions du cacique. ki
: Mais Donnaconna était déjà vieux et infirme. Ce % il changement soudain apporté dans ses habitudes et FE
| dans son régime mina sa constitution, et il mourut à “
Saint-Malo, victime inconsciente de la politique et 4 | de la civilisation. Fe | Cartier résolut de profiter de l'impression de ter- Ë | reur répandue par la capture de Donnaconna pour
prendre solennellement possession du pays. Il avait
(1) I fut baptisé, en compagnie de deux autres Canadiens, le 25 mars 1539. L'acte du baptême a été donné par Harvur, Jacques Cartier, Recherches sur sa personne et sa famille.
DE L'AMÉRIQUE DU NORD. 225 ay el A jusqu'alors négligé cette cérémonie. Le 3 mai 1536, 1s dix 0 le jour de l'invention de la Croix, afin d'honorer lécla- L. cette fête dont il avait imposé le nom à la rivière erent be sur les bords de laquelle il se trouvait, il fit planter . Bien 1 L sur le rivage une croix en bois d'environ trente-cinq rs de ri pieds, sur la traverse de laquelle un écusson en on de a bosse, aux armes de France, portait inscrite en se du à caractères romains la légende suivante : Franciscus e pré . F primus Dei gratia Francorum rex regnat. Un grand 14 nombre de Canadiens assistaient à la cérémonie. Au Juand 43 moment de la consécration, ils se mirent tous à Car- ‘ji genoux. Donnaconna, du haut du navire, semblait ançais js autoriser par sa présence cette prise de possession. nents. 1 Le canon retentit, les trompettes sonnèrent, le Canlar- 1 nada était terre française, ou plutôt comme la nome vit, 6 ma Cartier lui-même dans son patriotique enthouvrages LE siasme, c'était la Nouvelle-France. cique. re Il ne restait plus qu'à assurer cette prise de posne. Ce 1 session en allant chercher en France des renforts des et à pour une troisième expédition. Le samedi 6 mai, la urul à 3 Grande Hermine et l'Emerillon levèrent l'ancre, et û que et 4 descendirent le fleuve, mais avec de nombreuses Fe halles, car «ils laissaient amortir les eaux, lesquelde ter- Ë les estoient trop courantes et dangereuses pour a pour \ avaller ledict fleuve. » Cartier s'arrêta aussi aux l'avait à îles Saint-Pierre et à Terre Neuve dans le havre de
Rougnoze. « Chemin faisant, trouvasmes plusieurs navires tant de France que de Bretagne. » Ces navires étaient sans doute venus dans ces parages pour
diens, le Jacques
la pêche de la morue. Enfin, le 19 juin, les Francais partirent de Terre-Neuve avec un vent favorable el arrivèrent à Saint-Malo le 16 juillet suivant. L'expédition avait duré quatorze mois moins cinq jours. Elle avait été féconde en péripéties émouvantes et en résultats inespérés, mais plusieurs des compagnons de Cartier étaient restés au Nouveau Monde, tous les autres avaient beaucoup souffert, et on n'avait en somme récollé que des espérances. Aussi notre capitaine ne reçut-il pas l'accueil auquel il avait droit, et auquel il s'attendait peut-être. Il est vrai que la situation politique du royaume était mauvaise. La France était alors le théâtre d'une guerre dangereuse. L'empereur Charles V l'avait envahie à la tête de 60,000 hommes. Il assiégeait Marseille et se flattait de l'espoir de pousser jusqu'à Paris. Une seconde armée espagnole entrait en Picardie, prenait Guise et assiégeait Péronne. Une troisième pénétrait en Gascogne. Le moment était donc mal choisi pour tenter la fortune au delà des mers, et le roi se souciait très peu de Stadaconé et d'Hochelaga, lorsqu'il n'était mème pas sûr de conserver sa couronne. Or cette guerre se prolongea jusqu'en 1538, jusqu'à la trève de dix ans conclue à Nice entre les deux rivaux par la médiation du pape Paul TEE Ce fut alors seulement que Jacques Cartier reprit ses
anciens projets et put espérer qu'ils se réaliseraient. Encore dût-il attendre deux ans pour que le calme fût tout à fait rétabli et le roi disposé à l’entendre.
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Le père Charlevoix (1), auteur d'une histoire fort estimée de la Nouvelle-France, a essayé d'expliquer ce retard de quatre années en alléguant un motif assez peu honorable pour Francois I". IT prétend que « la plupart demeurèrent persuadés que le Canada ne seroit d'aucune utilité à la France. On insista principalement sur ce que Cartier n'y avoit vu aucune apparence de mines, el alors, plus encore qu'aujourd'hui, une terre étrangère qui ne produisoit ni or ni argent n'étoit comptée pour rien. » On pourrai conclure de là que François [°" n'aurait envoyé Cartier au delà de l'Atlantique que pour découvrir des ‘nines de métaux précieux. En réalité le roi se proposait une plus noble fin. Il voulait sincérement porter la foi chrétienne au nouveau monde, el étendre ainsi le domaine de l'Église catholique. S'il attendil quatre ans avant de renouveler une tentative qui avait déjà produit d'heureux résultats, c'est qu'il eut la main forcée par les circonstances, mais, à peine dégagé de ses préoccupations extérieures, il reprit avec empressement ses projets de colonisation.
Aujourd'hui, quand un peuple européen veut fonder une colonie, la religion n'est plus qu'un prétexte, et même un prétexte dont on se sert rarement. C’est en vertu du principe faux ou vrai de la supériorité des civilisations européennes que les
(1) CaarLevoix, Histoire de la Nouvelle-France, t, TX, p. 23.