CHAPITRE V
Un des plus grands propriétaires fonciers du royaume appuya inopinément l'expédition projetée par son créditet par ses richesses. Ce gentilhomme se nommait Jean-François de la Roque, seigneur de Roberval (1). C'était un Picard, très connu dans sa
(1) Documents contemporains sur Roberval :
Fontainebleau, 15 janvier 1540. Commission de lieutenant gépéral octroyée par Francois 1° . Roberval.
1d. 6 février. Prestation de serment entre les mains du cardinal de Tournon.
1.7 février 1540. Permission donnée par le roi de prendre, en qualité de volontaires au Canada, des prisonniers dans le ressort des parlements de Paris, Toulouse, Bordeaux, Rouen, Dijon.
27 février 1540. Nomination de Paul d'Auxhillon de Senneterre comme procureur général de Roberval.
9 mars 1540. Le parlement de Rouen autorise Roberval à exécuter l'ordonnance du 7 février,
30 novembre 1540. Lettres patentes de Francois L°" pour l'embarquement de cinquante prisonniers.
Bordeaux, 3 avril 1541. Actes relatifs à l'emploi des condamnés destinés au Canada.
19 mai 1541. Arrivée à Saint-Malo d'une chaine de malfaiteurs destinés au Canada,
10 juillet 1541. Le chancelier Poyet écrit au parlement de Rouen pour se plaindre des retards de l'expedition,
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province, à tel point que François I l’appelait quelquefois le petit roi de Vimeux. Roberval, saisi d'un beau zèle pour les intérêts de la foi, et désireux en même temps d'augmenter encore et sa fortune et ses dignités, demanda au roi pour lui-même la permission de continuer les découvertes, On ne pouvait refuser cette faveur à un homme de ce rang. Comme une simple commission ne suffisait pas, le roi lui délivra des lettres patentes, en date du 15 janvier 1540. Ce document est fort important et mérite une analyse particulière.
Le roi commence par rappeler qu'il a déjà envoyé au Canada « aucuns bons pillotes el autres nos sub-
jects de bon entendement, savoir et ‘expérience ».
Les renseignements que lui ont fourni soit ces pilotes, éoit des indigènes lui ont paru satisfaisants. « En considération desquelles choses avons advisé et délibéré de renvoyer es dits pays de Canada et Ochelaga et autres circonjacens, mesmes en tous pays transmarins inhabitez ou non possedez et donnez par aucuns princes chrestiens, aulcun bon nombre de
Saint-Laurent, 26 janvier 1542. Permission donnée à Roberval de prendre des prisonniers.
Canada, 9 septembre 1542. Lettres de grâce accordées par Roberval à Senneterre.
Canada, 11 septembre 1542. Roberval donne procuration à Senneterre pour le remplacer en France,
Relation du voyage de Roberval insérée par fragments dans le recueil d'Hackluyt.
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gentilzhonmes nos subjects, tant gens de guerre qui popullent, de chaque sexe, et aultres liberaulx et mécaniques pour plus avant entrer esdits pays et Jusques en la terre de Saguenay et tous autres pays susdits, affin d'en iceulx converser avec lesdits peuples estranges si faire se peulx et habiter esdites terres et pays. » Le roi déclare ensuite qu'il a choisi pour le représenter Jean-Francois de la Roque Roberval, et qu'il l'a nommé « lieutenant général chef directeur etcappitaine deladite entreprinse,ensemble de tous les navires et vaisseaulx de mer et pareillement de toutes les personnes, tant gens de guerre, de mer, que autres, par nous ordonnez, et qui iront en ladite entreprinse, expédition et armée. » Suit l'énumération des pouvoirs spéciaux conférés à Roberval, etils sont considérables : Droit de choisit capitaines, maitres d'équipage, matelots et soldats dans toute l'étendue du royaume; droit de réquisilion pour Îles achats de vivres et de munitions; droit de «passer, repasser, aller, venir esdits pays estranses, de descendre et entrer en iceulx, et les mettre en nostre main tant par voye d'amitié ou amyable composition, si faire se peulx, que par force d'armes, main forte el toutes autres voyes d’hostilité »; droil de haute et basse justice; droit de donner des terres en bail ou en toute propriété, sauf la réserve des droits royaux; les profits de l’entreprise seront distribués en trois parts, doni une à Roberval, la seconde à ses compagnons et la troisième pour le
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roi. François [f" accordait en outre à son lieutenant l'autorisation de s'associer avec tous les gentilshommes ou marchands qui voudraient partager sa fortune. Fidèle aux traditions de l’époque, il lui concédait en outre le monopole exclusif du commerce et de la navigation dans les terres récemment découvertes, « Nous avons deffendu et deffendons à tous nos subjectz de ne eulx ingerer naviguer par les voyes et destroitz susdits, svnon qu'ilz soient associez et joints à nostre dicte armée, et sous l’obéissance de nostre dit lieutenant, leur permettant néantmoins les autres navigacions et entrées de terre par nous non deffendues. » Le roi prévoyait même la mort de Roberval, et lui permettait de désigner son successeur par testament ou autrement. Il terminait en lui octroyant, d'une manière générale, et, pour tous les cas non prévus, le droit d'agir au mieux des circonstances.
Roberval était done un représentant direct de la couronne, investi par une délégation spéciale de presque toutes les attributions de la royauté. Or le roi Francois [*", en conférant à un de ses sujets des pouvoirs aussi étendus, était déterminé à s'occuper sérieusement de l'entreprise projetée. Non seulement il aida Roberval de sa bourse, et lui fitecompter par le trésorier de l'épargne une somme relativement considérable, 45,000 livres, mais encore 1l pressa vivement les préparatifs de l'expédition. Dès le 6 février 1540, Roberval avait prêté serment entre les
mains du cardinal de Tournon. Le roi désirait que le départ fût fixé au 15 avril de la même année. Craignant avec raison que le recrutement des volonlaires et des équipages ne trainàt en longueur, à cause des bruits fâcheux qui avaient cireulé sur l’insalubrité du Canada, il imagina de procurer à Roberval, sans délai et à peu de frais, un certain nombre de soldats et d'ouvriers. Par de nouvelles
lettres patentes, datées de Fontainebleau le T février 4540, il l’autorisa à prendre dans les prisons des ressorts des parlements de Paris, Bordeaux, Rouen, Toulouse et Dijon, c’est-à-dire à peu près dans la Frante entière, les criminels condamnés à mort qu'il jugerait propres à cette entreprise. Les considérants de la lettre patente sont curieux à citer
à cause de leur naïveté «... Soit ainsi que pour la
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