‹ Les découvreurs français du XIVe au XVIe siècle [microforme]Chapitre 50 sur 61 · DORE TS · texte numérisé non relu

DORE TS

Francais fréquentaient de plus en plus ces parages. Il y rencontrait aussi Jacques Cartier et lui ordonnait de rentrer avec lui au Canada ; mais le capitaine Malouin, froissé sans doute par la longue indifférence dont il avait été victime, partit secrètement, la nuit suivante, pour se rendre en Brelagne. Si nous avions la suite perdue de sa relation, nous y trouverions sans doute des explications motivées sur ce retour subit, Roberval, que ce départ mettait dans l'embarras, accusa Cartier et les siens de s'être enfuis par vaine gloire, voulant avoir eux seuls tout l'honneur des découvertes qu'ils venaient de faire ; mais la crainte des sauvaggs, alléguée par Cartier comme motif de son retour en France, n'élait peutètre pas chimérique, D'ailleurs 1l était fatigué de lutter depuis si longtemps, et toujours abandonné à ses seules forces, contre Îles difficultés d'une entreprise naissante. C’est ce qui explique sans doute ce départ précipité. Au moins le voyage de retour futilheureux. Dès le mois d'octobre 1542 Cartier était (4)

(1) On aura remarqué la singulière facilité avec laquelle Jacques Cartier se prétait au rôle de parrain (p, 174-184). M. Joüon des Longrais a relevé, dans les registres de l’étit civil de Saint-Malo, la présence de Cartier aux baptêmes, 1 n compte cinquante trois. Un de ces baptêmes, celui de Thomas Lebreton (15 oclobre 1552), est assez curieux, én cesens que Cartier y est qualifié de « bon biberon », On pense malgré soi à la tradition qui veut que Rabelais soit venu à Saint:Malo pour y apprendre de Cartier les termes de marine et de pilotage, dont plus tard « il chamarra ses bouffonesques Lucianismes el impies Epicuréismes, »

revenu à Saint-Malo, car il y tint sur les fonts baptismaux, le 21 du même mois, la fille du lieutenantgouverneur de la cité, Catherine Moreau de la Féraudière (1).

Pendant ce temps, Roberval continuait à voguer vers le Canada. Il arriva bientôt à l'embouchure du Saint-Laurent, qu'il remonta. En juillet 1542, il débarquait à Charlesbourg-Royal et faisait porter à terre ses provisions, el ses munitions de guerre. Il logea une partie de son monde dans les bâtiments construits par Jacques Cartier, plaça les autres dans un petit fort bâti au pied de la hauteur, et, dès le 14 septembre, fit partir pour la France deux de ses bâtiments, qui devaient avertir le roi de l'issue du voyage et revenir chargés de vivres pour l'année suivante. Ces mesures de précaution n'élaient que trop légitimes, car, après le départ des vaisseaux, Roberval ayant ordonné de dresser l'inventaire des provisions, elles furent jugées tellement insuffisantes qu'ilse vit contraint de fixer à chacun sa ration quotidienne. Et encore les jours maigres, c'est-à-dire trois fois par semaine, les mercredis, vendredis et samedis, se p'ocurail-on sur place du poisson, des aloses, des marsouins, et même se contentait-on de morue sèche.

(1) Le retour de Jacques Cartier est encore attesté par un rè= glement de comptes à propos de blés fournis par le chanoine Jean le Gente à divers équipages. Cartier fut prié de donner son avissur le prix de ces fournitures, (1° décembre 1542). CF. Joüon des Longrais, p. 52.

fonts bapeutenantde la Fé-

à voguer chure du 42, il déeràlerre Il logea LS consdans un e 14 sepses bâti- L voyage ulvante.

p légilioberval VISiOns, ilse vit dienne, Dis fois

dis, se s, des sèche.

* un rès ‘hanoine

donner 42). Cf.

On se demande pourquoi Roberval et ses compagnons n'ont pas essayé de tirer parti de la fécondité et des inépuisables richesses du sol canadien. Que des gentilshommes n'aient pas cru devoir courber leur front sur la terre, on le comprend à la rigueur, surtout si l’on tient compte des préjugés de l'époque; mais tout le monde n'appartenait pas, à Charlesbourg-Royal, aux premiers rangs de la société. I y avait parmi les colons des ouvriers, des matelots, de simples soldats, des condamnés, et eux aussi mouraient de faim par leur faute. En quittant sa patrie pour s'établir au nouveau monde, tout Européen croyait alors pour ainsi dire monter en dignité, et, du haut de son orgueil, rougissait des travaux dont il s’honorait dans son pays. En outre, la fièvre de l'or avait grisé tout le monde. Un contemporain, Lescarbot, a naïvement décrit cette singulière erreur économique, quiamena tant de désastres au seizième siècle. « S'ils ont eu de la famine, écrit-il, il y a eu de la grande faute de leur part de n'avoir nullement cultivé la terre, laquelle ils avoient trouvée descouverte. Ge qui est au préalable de faire avant toute chose, à qui veut s'aller pescher si loin de secours. Mais les Français et presque toutes les nations du jourd'hui ont cette mauvaise nature qu'ils estiment déroger beaucoup à leur qualité de s’adonner à la culture de la terre, qui néant moins est à peu près la seule vaccation où réside l'innocence : de

là vient que chacun fuiant ce noble travail, cherche

SA'A Q CA Le 4 Ÿ É& | NN d E LE / K Le + WF,® & NZ \ 4 IMAGE EVALUATION 4 TEST TARGET (MT-3) LO “12 12 UE ne H22 nn : qe ss IL Le ILE LS - ? AN V AN N ” 4 nue : L Ÿ vs N'7 Êe ° | CY Photographic 23 WEST MAIN STREET % |

OCIENCeS "enr Corporation

à se faire gentilhomme aux dépens d'autrui; on veut apprendre tant seulement le métier de tromper les hommes, ou se gratter au soleil. » La conséquence de cette erreur fut déplorable pour les premiers colons canadiens. La maladie qui s'était déclarée six ans auparavant parmi les hommes de Cartier, le scorbut, éclata parmi ceux de Roberval et exerça de si grands ravages que cinquante d’entre eux, à peu près le quart de l'effectif, en moururent.

La colonie d’ailleurs était mal recrutée et portait dans son sein les germes d'un mal qui l’exposait à une prompte dissolution. On sait que Françoisl*", à défaut des volontaires qui ne se présentaient pas, avait permis à Roberval de faire sortir de prison tous les condamnés à mort qui voudraient bien le suivre au Canada. Il est probable que, parmi les deux cents colons qu’il menait avec lui, Roberval avait choisi surtout ceux que leur bonne santé ou leurs aptitudes au travail désignait à ses préférences. Or de pareils colons ne devaient pas, du jour au lendemain, changer brusquement de caractère, et donner l'exemple des vertus. Ils devaient surtout être bien incapables d'attirer par leur bonne conduite et leur moralité les Canadiens au christianisme. Roberval fut à diverses reprises obligé de sévir. Thevet l'accuse quelque part de s'être montré trop sévère : « Si quelqu'un défaillait, écrit-il dans un ouvrage encore manuscrit, le Grand Insulaire, soigneusement il le fesoit punir. En ung jour, il en fit pendre six, encore qu'ils fus-

veut

les »nce iers > Six

rtait Une faut wait s les e au ‘ents 1oisi udes reils hanmple ables ‘alité iverque qu'un scrit, unir.

fus-

sent de ses favoris, entre autres un nommé Galloys, puis Jehan de Nantes. Il y en eut d’autres qu'il fit exiler ayant les fers aux pieds pour avoir été trouvés en larcin d'objets qui vaudraient cinq sols tournois; d'autres furent fustigés pourle mesme fait, tant hommes que femmes, pours’estre simplement battus et injuriés. » Île peut en effet que Roberval se soit parfois montré sévère, mais il est probable que, dans cette société plus que mêlée, il était obligé de maintenir à tout prix le bon ordre, même en exagérant la diseipline. Nous ne saurions lui en faire un reproche. Aussi bien le mauvais exemple partait de haut. Son propre lieutenant, Auxhillon de Senneterre, se prit un jour de querelle, sous un futile motif, avec un matelot, un certain Nicolas Barbot, et le poignarda. Ses amis voulurent le défendre, et, dans le tumulte qui s’éleva, deux matelots furent tués. Roberval était obligé de condamner les coupables. Il ne manqua pas à son devoir : seulement, en vertu de ses pouvoirs spéciaux, « aussi eu égard que ledict suppliant a faict ce en ferveur et bon zèle du service du Roy, et pour éviter l’éminent péril auquelil se voyait pour la gression et rebellion susdictes », il lui donna des lettres de grâce, en date du neuf septembre 1542. Il est vrai que, pour éviter le retour de semblables scènes, et sans doute aussi pour se débarrasser d'un lieutenant, dontil redoutait ou l'incapacité ou le mauvais caractère, il se hâta d le renvoyer en France. Ce futen effet Auxhillon de Senneterre qui fut char-

LU TR OM ON NE TE tt

sé de conduire à la Rochelle et de désarmer les deux navires, que Roberval ne voulut pas garder au Canada. (Lettre de Roberval, en date du 11 septembre 1543.) Dans sa propre famille, Roberval était fort mal obéi. Il avait mené de France avec lui une de ses parentes, une jeune fille, sa nièce ou sa cousine, nommée Marguerite de Roberval. Un gentilhomme, amoureux de Marguerite, s'était embarqué sur le même navire, et, de connivence avec une vieille servante nommée Damienne ou Bastienne, obtint de fréquents rendez-vous. Outré de fureur quand il apprit cette coupable conduite, Roberval abandonna sa parente dans une ile déserte, non loin de Terre- Neuve, qui fut depuis désignée sous le nom d'ile de la Demoiselle et ne lui laissa que sa servante, quatre ! arquebuses et des munitions. La reine de Navarre, | Marguerite de Valois, a raconté dans son Heptaméron(1549)la romanesque histoire de cette infortunée. C’est la nouvelle LXVII : Extrême amour et austérité | de femmeen terre étrange. Thevet dans sa Cosmographie (1575), a donné comme une seconde édition

de cet étrange récit; nous préférons sa version à celle

de ?’ Heptaméron, caril connut l'héroïne de l’histoire,

qu'il écrivit pour ainsi dire sous sa dictée. On nous SE

- saura gré d'avoir reproduit ce dramatique épisode . de l’histoire des premiers colons français au Canada. ‘a

« La pauvre femme estant arrivée en France, après

avoir demeuré deux ans et cinq mois en ce lieu-là,

et venue en la ville de Nontron, pays de Perigort lors

que j'y estois, me feit le discours de toutes ses fortunes passées, et me dit entre autres que ie gentilhomme, voyant ceste cruauté, et craignant qu'il ne luy en fust fait autant en quelque autre isle, fut si transporté, que oubliant Le péril de mort auquel il se lançoïit, et Les récits espouvéntables qu’on luy avoit fait de ceste terre, prit son harquebuze et habits avec un fusil et peu d’autres commoditez, quelque muyd de biscuit, citre, linge, ferremens, et plusieurs choses nécessaires pour leur service, et se jecta en l’isle pour tenir compagnie à sa maistresse où Roberval les laissa, marry du tort que sa parente luy avoit fait et joyeux de les avoir punis sans se souiller les mains en leur sang. Commeils sont là, ils dressent leur petit ménage, bastissent une loge de fueilles, et se font des lits de mesme, jusques à ce qu'ils eurent occis des bestes en abondance, desquelles ils mangeoient la chair, et vivoient defruicts, car de pain ils n’avoient moien d'en avoir... Durantce temps, ceste femme devint grosse, et, comme elle estoit pres de son terme, le pauvre gentilhomme trespassa de tristesse et fascherie, qu'en huict mois qu'il estoit là, il n’estoit passé vaisseau quelconque, duquel ils pussent avoir secours, soulagement et liberté. Ceste mort fut fascheuse à la femme : toutefois faisant de nécessité vertu, tant la maistresse que servante, se deffendoient très vaillamment des bestes farouches avec leurs harquebusses et l'espée du deffunctetestoit si adextre à tirer de l'harquebuze que pour un jour

: 4 re RL Sr po ni LACULETE #t 0. ft Dre A Piment nee ion 2e cut 4 25 fat 41 MA ame rave most CET EN , ose Lie) Lt ane à Fe TUE D Fe AS

elle m'a asseuré avoir tué trois ours, dont l’un estoit aussi blanc qu’un œuf. Produit qu'elle eut son enfant, et baptisé à sa mode, au nom de Dieu, sans cérémonies, voicy fortune qui luy va donner un autre assault. Ce fut ane sa servante suyvit le chemin du gentil amoureux, le seize ou dix-septième mois qu'ils estoient dans l'isle, et, peu de temps après, l'enfant alla suyvant la route des deux premiers. C’est icy que la pauvre maladvisée se desconforte, n'ayant plus à qui parler, si ce n’est aux bestes, contre lesquelles elle estoit en guerre nuit et jour... A la fin, avant par l’espace de deux ans cinq mois demeuré en ce lieu, comme quelques navires de basse Bretaigne passassent par là, allans pescher des morues, elle estant sur le bord de l’eau, leur criant à l’aide, leur fit signe avec fumée et feu. A la fin ils s’approcherent, et sachant que c’estoit, la receurent au navire et ramenerent en France... de la bouche de laquelle j'ay sceu et entendu ceste pitoyable histoire de sa pénitence... Et me dit outre, que lorsqu'elle s'embarqua dans ces navires de Bretaigne pour s’en retourner en France, luy print une certaine volonté de ne passer plus avant et mourir en ce lieu solitaire comme son mary, son enfant et sa servante, et qu’elle desiroit y estre encore, agitée de tristesse comme elle estoit. »

L'inhumaine conduite de Roberval vis-à-vis de sa parente ne lui porta pas bonheur. Au reste il comprenait bien lui-même l'insuffisance de ses moyens.

stoil et faisait peu de fond sur l’avenir de la colonie. Les en- sauvages ne voulaient pas entrer en relations avec les sans Français. Ils faisaient en quelque sorte le vide autour utre de nos hommes. Aucun d’eux ne paraissait, pas même du : pour échanger les produits desa chasse ou de sa pêche uils contre les mille babioles européennes, qui plaisent fant tant aux sauvages. L'hiver avait été fort rigoureux, t'icy les vivres manquaient, etil fallait à tout prix trouver yant des ressources dans l'intérieur du pays, où la famine e les- était menaçante. Le 6 juin 1543, Roberval, laissant a fin, à Charlesbourg-Royal trente hommes, commandés euré | par son nouveau lieutenant, le sieur de Royèze, avec Bre- des vivres pour un mois, partit avec une flottille de rues; 1 huit barques et soixante-dix personnes. Son voyage aide, | ne fut pas heureux. Il réussit pourtant à ramasser s’ap- | cent vingt livres de grains, que Villeneuve, Talbot nt au et trois autres volontaires portèrent à Royèze et he de . trouva dans le pays des vivres en quantité suffisante î stoire 4 pour nourrir le reste de ses hommes. En septembre HA u’elle pie 1543, il était de retour à Charlesbourg-Royal, et y 13 r s'en ë. ù trouva deslettres de Francoisl®", qui lui prescrivaient ie plonté k de renoncer à l’entreprise et de retourner en France. litaire Roberval avait également envoyé son maître qu'elle pilote, Alfonse le Saintongeois, tenter une exploomme ration des côtes septentrionales. Jean Alfonse était un marin fort réputé par ses connaissances nautide sa ques et sa hardiesse. Il avait parcouru toutes les

| com- NU mers alors connues, et ramassé un véritable trésor oyens. 0 de renseignements, qu'il se réservait, à la fin de sa

FA + CON TS IT C TRE ET TT al

F " NAT nn late Le Peer rat SÉAENnUese Jn nur L C 4 : PAR sd, # - ge « *° .

carrière, de condenser dans un ouvrage. À défaut de Cartier, qui s'était dérobé par son retour en France à ce périlleux honneur, Alfonse fut chargé par Roberval d'examiner les côtes au nord de l’embouchure du Saint-Laurent, afin de trouver le passage, qu'on cherchait avec tant d’ardeur, vers les Indes Orientales. Voici comment le père Chrestien Leclerc, dans son Histoire de l'establissement de la foy, résume cette exploration : « Le sieur de Roberval entreprit quelques voyages considérables dans le Saguenay et plusieurs autres rivières. Ce fut lui qui envoya Alfonse, pilote très expert, Xainctongeois de nation, vers Labrador, afin de trouver un passage aux Indes-Orientales, comme il espérait. Mais Alfonse n'ayant pu réussir dans son dessein à cause des montagnes de glace qui l’'empêchèrent de passer plus oultre, fut obligé de retourner à M. de Roberval, avec ce seul avantage d’avoir découvert le passage qui estentre l'ile de Terre-Neuve et la grande terre du Nord, par les 52 degrés. » IL seble résulter de ce passage que Jean Alfonse se serait avancé assez loin dans le nord, peut-être jusqu'à l'entrée de ces mers qui portent aujourd'hui le nom d'Hudson, de Davis, de Baffin. Il aurait donc été le précurseur de ces hardis marins dans ces dangereux passages. Ce v'est il est vrai qu’une hypothèse de notre part, et nous n'avons aucun texte pour la Justifier. Jean Alfonse avait composé un journal de bord, mais nous ne le connaissons plus que par la

faut

en argé 'empass les stien le la sberdans at lui geois ssage s Alcause ASSET oberrt le rande enible serait Lsqu'à » nom été le ereux se de la jusal de par la

traduction très fautive et très incomplète du collectionneur anglais Hackluyt. (Course from Belle isle, Carpont, and the grand Bassin Newfoundland up the river of Canada fo the space of 230 leagues, observed by John Alphonse of Xaintoigne chief-pilote to monsieur Roberval. 1547.)

Jean Alfonse a également parlé de cette exploration des mers du Nord dans sa Cosmographie, dont le manuscrit original est conservé à la Bibliothèque nationale, et dans les Voyages aventureux, dont la première édition parut en 1559, mais tout est vague dans la narration qu'il fait de ses voyages. Le pays s’y fait plutôt entrevoir que reconnaitre. Ainsi, parlant de la rivière de Saguenay «j'estime, dira-t-il, que ceste mer va à la mer Pacifique ou bien à la mer du Cattay. » Il parlera également « d’un cap situé par les trente six degrez où il fut un jour et demy le cap à l'ouest sans veoir terre jusque à la hauteur de trente et cinq degrez » et des terres de Canada et d'Hochelaga, qui « tiennent à la Tartarie, et pense que ce soit le bout de l'Asie selon la rondeur du monde. Et pour ce il seroit bon avoir un navire petit de soixante et dix tonneaux pour descouvrir la coste de la Fleuride, car j'ay esté à une baye jusque à 42 degrés, entre Norembegue et la Fleuride, mais n'ay pas veu du tout le fond et ne scay pas s’il passe plus avant. » [Il est par conséquent impossible de déterminer avec précision la région entrevue par l’aventureux pilote.

Rappelons au moins que les contemporains l’avaient en haute estime. Melin de Saint-Gelays, le poète, s’est fait en quelque sorte l'interprète de l'opinion courante quand il a dit de lui:

Alfonce ayant suivi plus de vingt et vingt ans Par mille et mille mers l'un et l'autre Neptune, Et souvent défié l'une et l'autre fortune,

Mesmes dedans les fons des goufres aboyans.

Roberval n'avait donc réussi ni par lui-même, ni par ses lieutenants. Il ne lui restait plus qu’à obéir aux ordres du roi, et, ce qui dut être pour lui un { véritable crève-cœur, ces ordres lui étaient trans- | mis par Jacques Cartier. Ce dernier venait en effet d'être chargé par François I‘ de diriger un quatrième voyage au Canada, et de ramener les débris de l'expédition de Roberval.

Aucun acte authentique ne prouve ce quatrième voyage, et on n'a jamais connu que la relation des trois premières expéditions : mais un passage assez obscur de Lescarbot, l’auteur de l'Histoire de la Nouvelle-France, fait allusion à cette expédition. «Par aventure, écrit-il, ledit de Roberval fut mandé pour servir le Roy pour deca, car je trouve par le compte dudit Quartier qu'il employa huit mois à l'aller quérir après y avoir demeuré dix sept mois ». En outre un document fort curieux, re- 7 trouvé et signalé récemment, démontre la réalité d de ce quatrième voyage. Il s’agit d’un règlement de

Page 1