‹ Les découvreurs français du XIVe au XVIe siècle [microforme]Chapitre 55 sur 61 · PR ECC D REC RE · texte numérisé non relu

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veur d'un blasphémateur, François Menier, attendu « qu'il l'a vu plus d'une douzaine de foiz en fureur, mes qu'il est un enfant » (1). Le 27 juillét 1548 il indique diverses mesures de précaution à prendre contre la peste (2). Le 29 janvier 1552, il figure comme témoin dans le procès d’un voleur fameux, Pasdalot, qui l’accable d’injures (3). Ce Pasdalot avait inventé, pour se mettre à couvert, un procédé assez original. Quand il était pris en flagrant délit, il criait de loin : « n'approchez pas! J'ai vu des contagiez. » Aussitôt le témoin s'enfuyait, et Pasdalot continuait tranquillement son opération. Il fut du reste pendu haut et court. Le 16 juin 1556 Cartier déposait en faveur de Perrine Gandon, accusée injustement (4) d'avoir fait gras aux jours intr:dits. Le 27 juillet 4556 il était chargé d'établir une échelle de la valeur du blé et du prix du pain. Son travail fut même jugé si complet qu'il servit à faire les années suivantes des échelles de rapport des prix du blé et du pain : et à ce propos nous ne saurions trop admirer la simplicité avec laquelle le grand découvreur acceptait ces occupations banales (5). Le 27 novembre 1556 on recourait à son expérience nautique sur la direction des courants marins aux environs de Saint-Malo (6).

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Les derniers actes où figure Cartier sont de l’année 1557 et relatifs soit à des faits de course (1), soit à des évènements d'ordre privé (2). {eet en effet en 1557 que mourut le navigateur malouin. On ignorait jusqu à ces derniers temps la date précise de sa mort. M. Joüon des Longrais l’a retrouvée en marge d’un des registres du greffe de Saint-Malo, juxtaposée à un insignifiant narré de procédure. « Ce dict mercredy (1° septembre 1557) au matin environ cinq heures deceda Jacques Cartier. » La peste régnait alors à Saint-Malo. Elle avait même redoublé d'intensité depuis le commencement de l'été, car des règlements de voirie que l’on à conservés enjoignent diverses prescriptions sanitaires. Jacques Cartier fut peutêtre une des victimes de l'épidémie (3).

Cartier ne laissa pas d'enfant de son mariage avec Catherine Desgranches. Il ne transmit par conséquent sa noblesse, ou sa prétendue noblesse, à personne, et c’est ce qui a fait disparaître sirapidement le nom de l'illustre navigateur malouin. Au moins restera-t-il à juste titre dans nos annales nationales comme celui de l’un de nos meilleurs marins.

Ainsi que l’a écrit un de ses admirateurs, M. Léon Guérin, dans ses Navigateurs français : « On ne peut se défendre de faire remarquer avec quelle prudence, quel tact, quel jugement admirable et en (1) Joüon DES LONGRAIS, p. 99.

(2) In., p. 104.

(3) In., p. 106

ce

mème temps avec quel courage Jacques Carter pénétra sans accident dans des pays ignorés, quoique avec de très faibles moyens. En examinant sa conduite, on ne le trouve pas seulement un grand navigateur, on voit en lui un habile politique, un observateur puissant, un maitre accompli dans l’art de se préparer les voies au milieu de populations inconnues, Que l’on compare de près cette conduite avec celle des Cortez et des Pizarre, et l’on verra que, la question d'humanité même laissée de côté, ce n’est pas à ceux-ci qu'est l'avantage. » En effet, l'œuvre fondée par Cartier subsiste encore, et bien que cette nouvelle France, qu'il avait espéré rattacher à la métropole par des liens étroits, en soit aujourd'hui séparée, plusieurs centaines de mille : Canadiens se souviennent encore qu'il est le plus glorieux de leurs ancêtres.

Depuis la mort de Cartier et de Roberval jusqu’à l'époque de la fondation de Québec par Champlain, en 1608, l'histoire n’a plus à enregistrer que des tentatives isolées au Canada. La cour de France abandonne toutes ses vues sur ce lointain pays, et cette indifférence, trop absolue pour ne pas être systématique, dure jusqu'au règne de Henri IV. I! est vrai que tout l'effort de la colonisation se portait dors dans une autre direction, vers le Brésil et la Floride. On trouvait le climat canadien trop rude et la contrée trop stérile. On préférait les splendeurs de la forêt brésilienne ou le doux climat floridien.

Pourtant les Basques, les Bretons, les Normands, et tous les hardis pêcheurs qui fréquentaient depuis si longtemps les parages de Terre-Neuve continuèrent à s’y rendre pour la pêche de la morue et de la baleine (1). Quelques-uns même abordèrent sur le continent, y lièrent insensiblement commerce avec les indigènes et peu à peu la traite des peaux et fourrures procura de tels bénéfices à nos matelots qu'ils la préférèrent à la pêche, et devinrent des négociants. En général ils se rendaient au port de Tadoussac, qui devint ainsi comme le marché régulateur de cet important commerce. Ils y échangeaient nos marchandises d'Europe, fers de flèche, épées, haches, tranchets pour rompre la glace d'hiver, couteaux et chaudières contre diverses fourrures, surtout celles de castors, de renards, de loutres, de martres et de blaireaux. Les Canadiens étaient aussi fort avides de couvertures et de vêtements, et très friands de biscuits, de pruneaux et de raisins secs.

(1) Le beau-frère de Cartier, Macé Jalobert, « mestre après Dieu du navire la Marguerite Bonadventure », François Crosnier, Guillaume Sequart, Thomas Maingart, Jehan Hamon soutiennent des procès, concernant la pêche de la morue, par devant les parlements de Rouen et de Rennes en 1554 et 1555. — Cf, La Bor- DERIE. Documents inédits sur Jacques Cartier et ses compagnons (Revue de Bretagne et Vendée, 1880, t. IT, p. 377). Interdiction de la pêche des morues en 1560, 1567, 1568, 1580 etc. — Cf. Joüon pes LonGrais. Les Malouins à Terre-Neuve avant Jacques Cartier et depuis jusqu'au commencement du dixseplième siècle.

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C'était à la fin du printemps ou au commencement de l'été que les négociants francais se rendaient à Tadoussac. En 1610, plusieurs y arrivèrent le 19 mai, et Champlain, qui était présent, remarque, d'après le témoignage des sauvages les plus âgés, que, depuis soixante ans, aucun navire français n'était arrivé de si bonne heure. Donc, depuis la mort de Cartier, les relations entre la France et le Canada n'avaient

jamais été interrompues.

Fidèles à leurs traditions, les Malouins allaient assidûment à Tadoussac. C'était même dans la famille de Cartier comme un privilège et presque un monopole accepté par tous que cette exploitation des fourrures. Jacques Nouël son petit-neveu, le fils de cet Étienne Nouël, que nous avons vu accompagner Jacques Cartier dans son second et son troisième voyage, allait souvent au Canada. On a conservé de lui une lettre de l'année 1587 dans laquelle il se vante d'avoir remonté le Saint-Laurent au delà des trois sauts. Il parlait aussi, dans cette même lettre, d'une carte marine fort bien dessinée et rédisée de la propre main de Jacques Cartier (4). Il nous

(1) Lettre à Jean Groote : «.. Je ne puis vous écrire rien davantage de tout ce que j'ai pu trouver des écrits de feu mon onele le capitaine Jacques Cartier, à l'exception d'un certain livre fait en manière d'une carte marine, laquelle a été redigée de la propre main de mon oncle susdit, et qui se trouve en la possession du sieur de Cremeur. Cette carte estpassablement bien tracée et dessinée en tout ce qui regarde toute la rivière du Canada, etc. »

apprenait que ses fils, Michel et Jean Nouël, arrièrepetits-neveux de Cartier, étaient cette année-là même au Canada. « Si à leur retour, ajoutait-il, ils ont appris quelque chose qui vaille la peine d'être rapporté, je ne manquerai pas de vous le faire savoir, »

Ce même Jacques Nouël fut le premier négociant qui demanda une commission royale pour faire exécuter à ses propres frais Le dessein de Francois [°", Associé pour des entreprises commerciales au sieur de la Jannaye-Chaton, son parent, un autre arrièreneveu de Cartier, et ayant eu à supporter en 1588 des pertes considérables par la malveillance et peutètre la jalousie de certains rivaux, qui lui avaient brûlé trois ou quatre navires, il s'adressa à Henri III pour obtenir de lui une commission semblable à celle que François L°' avait accordée à leur oncle. Ils appuyèrent leur demande sur les services que Carlier avait rendus à l'État et sur ce que, dans son troisième voyage, il avait dépensé une somme, pour le service du roi, dont ni lui ni ses héritiers n'avaient jamais été remboursés. Les” réclamants faisaient en outre remarquer « qu'ils ont esté nourris dès leur jeunesse au faict de la marine, et en ensuivant les memoires, cartes et instructions que leur a laissés leur feu oncle, leur aiant sur ses derniers jours, recommandé l’execution et continuation de son entreprise. » Ils avaient eux-mêmes voyagé au Canada, y avaient découvert des mines, et en ramenaient des indigènes.

| et les continuateurs de Cartier et de Roberval. On lisait en effet dans les lettres patentes : « Avons accordé que eulx seuls et leurs facteurs et entremeteurs ayans pouvoir d'eux, ilz puissent faire tout le 4! traficq et commerce dudict païs de Canada, Conjugon LUE et terres adjaczantes, pour en faire leur profilt et en D jouir, tant de ce qu’il proviendra des dictes minieres descouvertes et à descouvrir que du traficq des dictes pelleteries et autres marchandises : et cependant les

UE per (y fl 278 4: LES DÉCOUVREURS FRANCAIS L' Î \ Après les grandes dépenses faites sans résultat V, par François [°° au Canada, par Henri II au Brésil, 4}, par Charles IX en Floride, la cour semblait peu dis- { posée à faire de nouveaux sacrifices d'hommes el J) d'argent; mais Nouël et la Jannaye-Chaton s’avi- 1} sèrent d’un expédient. Ils proposèrent à Henri II ) ‘41 de fonder à leurs frais une colonie, à condition # | que le roi leur accorderait pour douze ans le pri- »/ | vilège de trafiquer seuls avec les indigènes, d’ex- (le ploiter seuls des mines de cuivre qu'ils préten- : } daient avoir découvertes au cap de Conjugon, et 1 , 1 défendrait à ses autres sujets de les troubler dans la HU jouissance de leur monopole. Henri IT avait tout à ; 1l | à gagner et rien à perdre en accordant l'autorisation hi sollicitée. Il donna donc son consentement, et par 1 44 lettres patentes datées de Paris, le 14 janvier 1588, } | Nouël et la Jannaye devinrent les successeurs officiels |: NP dictes douze années prochaines... et par ce qu'il 1f (1 , sera besoing d'hommes et femmes à faire la peu- ! it plade audict païs, veullons, conformément aux {.

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lettres patentes de notre dict feu sieur et aïeul qu'il leur soit par noz courts de parlement, juges presidiaulx et autres nos juges délivré jusques au nombre de soixante prinsonniers par chacun an de ceulx qui seront jugez el condampnez à mort ou aultre peyne corporelle. » Le roi leur permettait en outre de construire les fort: et bâtiments qu'ils jugeraient nécessaires à la protection de leurs établissements, d'équiper tous les navires dont ils auraient besoin. Il leur accordait le droit de haute et basse justice sur tous les Français du Canada. Il les engageait à traiter avec douceur 1: indigènes afin de les attirer à la religion, et « generallement leur permettoit de faire toutes les ouvres et ouvertures de conquestes soubz nostre nom et auctorité par toutes les voies deues et licites pour rendre ledict païs en nostre

obeissance. »

Ces privilèges étaient exorbitants et furent jugés tels par les contemporains. Les négociants de Saint- Malo, intéressés eux-mêmes dans le trafic des pelleteries, n’eurent pas plutôt connaissance de cette importante concession qu'ils se réunirent pour demander sa révocation comme contraire au bien général du royaume. Ils consentaient à laisser à Nouël et la Jannaye l'exploitation des mines, mais suppliaient le roi de laisser libre le commerce des pelleteries, et telle était l’ardeur de leurs revendications que, pour mieux disposer le roi en leur faveur, ils accusèrent la Jannaye d'être un imposteur et Nouël

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un héritier très éloigné de Cartier : « d’aultant que ledit Jannaye a circonvenu ladicte Majesté en ses remonstrances tant pour l’effect cy dessus, que ce qu'il a faict accroire qu’il avoit continué la descouverture encommencée dudict Cartier et avoit faict des grandz et longs voiaiges au Canada où il ne fut jamais (1). » Il est probable que cette accusation porta, car, dès le 9 juillet 1588, le roi révoquait le privilège accordé, et déclarait bre le commerce au Canada. Il est vrai que, par la suite, le même privilège fut accordé à d'autres personnes. On cite entre autres un certain Ravaillon qui aurait succédé à Jacques Nouël en 1591. On cite également un négociant de Honfleur, Jean Chauvin, qui obünt du roi Henri [IV l'autorisation d'exploiter à son profit Le commerce du Canada à condition qu'il y habiterait et

y construirait une forteresse. Les Malouins renouve-

lèrent aussitôt leur réclamation. On à conservé leur supplique au roi (3 juin 1600) (2). Ils rappellent que le

(1) Cf. Délibérations des bourgeois de Saint-Malo afin de s'opposer à ce privilège, en date du 9 février 1588, du 27 février 1588, du 11 mars 1588. — Délibération des États de Bretagne réunis à Nantes, visant les requêtes sus énoncées des habitants de Saint- Malo (17 mars 1588) et remontrarce des États de Bretagne (mars 1588) pour obtenir l'abrogation du privilège concédé à Noüelet de la Jannaye. Les premiers documents ont été publiés par Joüon des Longrais (p. 152-154) et la dernière par Edouard ..esnet (Mélanges d'histoire et d'archéologie bretonne, t. 1, p. 126-7).

(2) Épouarp Quesner, Ouvrage cité, p. 124.

Canada a été découvert par leur compatriote Cartier

* cs | et ajoutent non sans fierté : « que depuis lesdictz ne | habitans de Sainct-Malo et aultres dudict païs de UL- | Bretaigne ont tousiours continué ceste navigation et a | te avec les sauvaiges habitans dudict païs ef | Put | gtêl en sorte que par leur industrerie, ilz ont rendu À 2 lesdictz sauvaiges traictibles, doux et familliers, de te telle fasson que par la longue congnoissance qu’ilz | Re ont de ceux avec lesquels 11z frequentent chacun an À bis par le moïen du commerce, il se peut faire quelque | te decouverture au contentement de Sa Maiesté et bien dé publieq, ce qui se peut espérer par le moïen d’un | ; homme qui a esté par les dietz de Sainct-Malo relaissé h sn avec lesdictz sauvaiges, afin d'entrer avec eux dans | le païs recongnoistre leur habitation, et ce qui se F de peut esperer à l'avenir de meilleur, pour en faire | A | le fidel rapport à Sa Majesté. » On ne sait si cette | ne réclamation fut bien accueillie, Pourtant une lettre \ e missive de Henri [V, du 28 décembre 1602, parle P

« du desseing de la descouverte ét habitation des

terres et contrées de Canada dont nous avons cv

Op- davant donné et réitéré notre pouvoir et commis-

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588 Ho as sion au Capitaine Chauvin. » D'autre part on à conint- servé une lettre du duc de Montmorency, du 3 jannars vier 1603, ordonnant à Chauvin de se rendre à t de Rouen pour s’y entendre avec les habitants de Saintüon A AR EE , ‘ s A Malo. A vrai dire il n’y avait pas à ce moment, à la CL ete D u I, cour de France, de principe arrêté en matière de Î | colonisation. Tantôt c'étaient des partisans du mo- |

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