‹ Les découvreurs français du XIVe au XVIe siècle [microforme]Chapitre 9 sur 61 · DE CE SE · texte numérisé non relu

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sur une simple conjecture. Pinçon n'eût pas autrement agi s’il eût été certain de l'existence d’un contineat, et il l'était, comme le prouva l'issue du VOyYage.

Sa conduite ultérieure, après la découverte prouva jusqu'à l'évidence qu'il agissait avec réflexion, Une première fois (4) il abandonna Colomb comme sil ne pouvait supporter la pensée de servir sous ses ordres, et, pendant quarante-cinq jours, découvrit lui seul de nombreuses iles. Quand il eut par hasard rejoint l'amiral, il essaya de l’abandonner une seconde fois (2) et de porter le premier en Europe la nouvelle de la découverte. On à prétendu que la jalousie l’excitait : sans doute ce sentiment haineux dictait en partie sa conduite, mais l’amer regret de n'être qu'en seconde ligne à profiter d'une découverte antérieure n'entra-t-11 pas pour beaucoup dans sa défection?

Le Pincon, lieutenant de Colomb, est-il bien le même, dira-t-on, que le Pinçon lieutenant de Cousin? En 1489 le Pincon de Cousin fut renvoyé de Dieppe, et deux ans et demi plus tard l’escadre de Colomb entrait dans l'Atlantique : Pinçon avait donc eu le temps de reveniren Castille, de s'entendre avec ses frères et de préparer son expédition. Sans insister sur la similitude absolue du nom, à tout le moins

(1) Journal de Colomb, 91 novembre 1492 et 6 janvier 1493. (2) Ibid., 14 février 1493.

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fort probante, nous remarquerons encore que Îles caractères présententune grande analogie : hauteur, emportement, duplicité, mais aussi fermeté et persévérance. Si done la chronologie, si les noms, si les ea actères, si tout S'accorde à prouver l'identité des Pincon, l'authenticité de la tradition dieppoise n'estelle pas par cela même confirmée?

Peut-être objectera-t-on que, si réellement Pincon avait découvert l'Amérique avant Colomb, il aurait revendiqué pour lui cet honneur lors du procès qui s'éleva à la mort de l'amiral. Mais Pincon avait été renvoyé forc ignominieusement de Dieppe, il ne voulait sans doute pas rappeler cette mauvaise affaire, el s'exposer à l'affront d'être publiquement démenti par les Dieppois, S'il réclamait pour lui la gloire d'avoir aperçu le premier la terre nouvelle, Aussi

; bien ce fut toujours comme un héritage de famille À î chez les Pincon de voyager aans la direction du À Brésil. En 1499, le neveu d'Alonzo, Vincent Yanez Pincon, entreprenait à ses frais une expédition en Amérique, et se dirigeait précisément vers le point de la côte que Cousin est censé avoir découvert en 1488, en compagnie de son lieutenant castillan, c'està-dire vers le Brésil, eutre Pernambuco et l'embouchure de l'Amazone. Était-ce pur hasard, coïncidence | lortuite ou dessein prémédité, on l'ignore, Yanez | Pincon voulait sans doute profiter pour son compte des indications de son oncle Alonzo. Son voyage

fut heureux. Le 20 janvier 1500, avant Cabral, au-

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quel on attribue d'ordinaire l'honneur de cette découverte, il découvrait une Lerre qu'il nommait Santa-Maria de la Consolacion: puis, longeant la côte à partir du cap Saint-AugusUn, il explorait les embouchures de lAmazone, le fleuve entrevu par Cousin. La même année 1499 sortait encore de Palos, c'est-à-dire de la ville des Pincon, un de leurs matelots, Diego de Lepe, qui observait le delta de l'Orénoque, et côlovait le Para, [y avait done à Palos, dans Ja famille et dans l'entourage des Pincon, une tradition véritable, dont l'origine remontait à l’ancien lieutenant de notre Cousin. La couronne de Caslle reconnut en partie les droits de cette famille à la découverte de l'Amérique, lorsque en 1519, Charles-Quint lui concéda des lettres de noblesse avec des armoiries parlantes : trois 'caravelles voguant en pleine mer, etune main étendue vers une ile pleine de sauvages. Aussi bien les Pincon étaient tellemert persuadés de la légitimité de leurs droits qu'ils s'emparèrent à cette occasion de la devise même de Colomb et substituèrent leur nom à celui de Famiral. A Castilla y a Leon Nuevo mundo dio Pinzon.

De tout ce qui précède n'avons-nous pas le droit de conclure que notre compatriote fut le précurseur immédiat de Colomb? Dès 1582, un autre Dieppois, la Popellinière (4) écrivait déjà de Cousin. « Nostre

(1) LA PoPeLuINIÈRE, Histoire des frois mondes. U'est ce que

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62 LES DÉECOUVREURS FRANUAIS

Francois, si mal advisé, n'a eu ni l'esprit ni la discrélion de prendre de justes mesures publiques pour l'asseurance de ses desseins aussi hautains et généreux que ceulx des autres. » En effet le silence s’est fait pendant deux siècles autour de son nom. I n'a été rompu que de nos jours par MM. Estancelin, Vitet et Margry. Serons-nous plus heureux que nos prédécesseurs, et réussirons-nous non pas à modifier une opinion préconeue, mas à établir que,

très probablement, c'est à un Français que revient l'honneur d'avoir, le premier dans les temps modernes, mis le pied sur le sol américain?

La meilleure preuve de la probabilité du voyage | de Cousin c'est le grand nombre des expéditions ! maritimes entreprises par les Dieppois et les Nor- ; mands, dès les premières années du seizième siecle, dans la direction du Brésil, Ces expéditions sont fréquentes et presque régulières, Elles dénotent de la part de ceux qui s'Y risquaient une connaissance réelle du pays où ils s'engageaient, Cousin avail tracé la voie : ses compatriotes la suivirent avec ardeur, De 1488 à 1555, c'est-à-dire depuis l'expédition de Cousin jusqu'à la tentative de colonisation

disait encore B£ERGERON dans son Histoire de la navigation, p. 107. «Toutes fois nos Normands et Bretons maintiennent les 1 premiers avoir trouvé ces terres-là, et que de toute ancienneté ils ont trafiqué avec les sauvages du Brésil au lieu dit depuis | x Port-Real, mais faute d’avoir gardé par écrit la mémoire de 4 cela, tout s’est mis en oubli, » Ë

ordonnée par l'amiral de Coligny, les voyages des Français au Brésil se succédérent tantôt heureux, tantôt marqués par de dramatiques péripéties. Leur souvenir s’est pourtant conservé à grand'peine, moins encore dans les relations françaises que par le témoignage des étrangers, Portugais, Italiens, Allemans même. Peut-être ne sera-t-1l pas sans intérèt d'en rechercher la trace à travers les documents contemporains, et d'essayer de reconstituer une période trop délaissée de notre histoire nationale.

Il. — VOYAGES CLANDESTINS.

IL peut sembler étrange au premier abord que nos historiens du seizième siéele se soient montrés si peu soucieux de transmettre à la postérité le souvenir de ces aventureux voyages au nouveau monde ; mais le commerce et la navigation tenaient alors une place bien secondaire dans la politique, C'était sur le continent et jamais sur mer que se décidaient tous les conflits internationaux. Nos souverains, qui luttaient avec peine et contre leurs propres sujets, et contre l'Anglais ou l'Allemand, s'étaient complètement désintéressés des questions d'outre-mer. Leur juridiction et leur protection ne s'étendaient pas au-delà des côtes. L'Océan était un domaine ouvert à tous, mais celui qui SV aventurait le faisait à ses risques et p‘rils. Dés lors on excuse l'in-

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différence systématique de nos historiens : l'écho de ces courses lointaines ne parvenait même pas à leurs oreilles. Uniquement préoccupés des faits et gestes de nos souverains, de leurs batailles ou de leurs négociations, ils se souciaient vraiment bien peu de tel voyage entrepris par un obseur négociant ou de telle découverte qui n'agrandissait pas le domaine immédiat de la couronne!

A défaut du témoignage des écrivains contemporains, nos voyageurs et nos négociants auraient au moins dû, semble-til, consigner dans des journaux de bord ou dans des relations spéciales le souvenir de leurs découvertes. Is ne Font pas fait, mais leur silence était prémédité, Le 1% mai 1494 le pape Alexandre VE Borgia avait, par une bulle célèbre, partagé Les continents nouveaux entre les deux couronnes de Portugal et d'Espagne. Au delà d'une ligne tracée d'un pôle à l'autre et passant à cent lieues à l'ouest des Acores, toutes les terres élaient concédées à la couronne d'Espagne. En decà de cette même ligne le Portugal était considéré comme le légitime possesseur des îles et des continents. [l'était interdit à tout autre peuple non seulement de s'établir mais encore d'entreprendre un voyage dans les pavs ainsi délimités sans en demander l'autorisation à l'une ou à l'autre des deux cours privilégiées (1). Le roi Francois [" demanda

(1, De nostra mera liberalitate et ex certa scientia ac de Apos-

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bien un jour, non sans malice, qu'on lui montràt l'article du testament d'Adam, qui léguait le nouveau monde à ses bons cousins d'Espagne et de Portugal, et, sans plus se soucier de la défense pontificale, envoya coup sur coup plusieurs expéditions en Amérique. Les rois d'Angleterre de leur côté ne prirent même pas la précaution de protester contre les prétentions du Saint-Siège, et dirigèrent vers les terres nouvelles de nombreux découvreurs : mais la liberté que se donnèrent les rois de France où d'Angleterre était interdite à de simples armateurs. Le fisc espagnol où portugais surveillait attentivement tous les navires, de quelque provenance qu'ils fussent, et malheur à limprudent étranger qui se laissait surprendre! était considéré comme pirate et traité sans pitié. Les Porlugais surtout soutenalent leurs prétendus droits avec une àpreté ex-

tolicæ postestatis plenitudine omnes insulas et terras firmas inventas et inveniendas , detectas ac delegendas versus occidentem et meridiem, fabricando et construendo unam lineam à polo artico scilicet septentrione ad polum antarcticum scilicet meridreim, quæ Linea distet à qualibet insularum quæ vulgariter nuncupantur de les Acoreset Cabo Verde centum leucis versus occidentem et meridem, auctoritate omnipotentis Dei nobis in beato Petro concessa ac vicariatus Jesu-Christi quo fungimur in terris, cum omnibus illorum dominiis, civitatibus, castris, locis et villis, juribusque et jurisdictionibus ac pertinentiis universis. vobis hœredibusque et successoribus vestris Castellæ et Legionis regibus in perpeluum tenore præsentiarum donamus, concedimus el assignamus, etc. Cilé par d'AvezAc, Iles de l'Afrique, p: 2.

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— LE TER SE een

(raordinaire. Mais ces prohibitions, au lieu de les comprimer, surexcitaient les convoitises; car, s'il est dans la nature humaine de résister à toute tyrannie, la tyrannie commerciale plus que toute autre inspire une profonde répugnance. Aussi une vaste contrebande s'était-elle organisée, dans laquelle nos Normands, avec leur caractère audacieux et entreprenant, rencontrèrent peu de rivaux, et, à côté des voyages officiels, commencèrent les voyages clandestins.

Le nombre de ces expéditions anonvmes fut considérable, En 1858, M. de Castelnau (1), un de nos plus éminents voyageurs, trouvait entre les mains d’un négociant de Salem, dans le Massachusetts, une carte manuscrite des terres polaires visitées depuis longues années par les navires de ce négociant, et qui n'ont été définitivementdécrites et gravéesque depuis peu, après les célèbres voyages de Kane ou de Nares. Or, si le désir de conserver un monopole commercial empêche de donner l'indication même de régions pauvres et stériles, et cela à une époque où nul ne conteste plus le principe de la liberté des mers, on comprend pourquoi nos marins du seizième siècle se sont bien gardé d'annoncer bruvamment leurs découvertes, retenus qu'ils étaient par la certitude d’être les seuls à faire des gains énormes dans des pays

1) De CASrELNAt, Voyage dans l'Amérique du Sud, t. IV, p. 259,

encore inexploités et d'une richesse merveilleuse, el arrètés par la crainte d'être poursuivis comme contrebandiers, Comme le remarque avee autant d'éloquence que de perspicacité notre grand historien Michelet (D), «une maladie terrible avait éclaté au quinzième siècle, la faim, la soif de l'or, le besoin absolu de l'or. Peuples et rois, tous pleuraient pour de l'or. n'yavait plusaucun moyen d'équilibrer les recettes et les dépenses. Fausse monnaie, cruels procès el guerres atroces, on employait tout, mais point d'or. Les alchimistes en promettaient, et on allait en faire dans peu, maisil fallaitattendre. Les peuples, maigres et sucés jusqu'à l'os, demandaient, imploraient un miracle qui ferait venir l'or du siècle, » Le miracle s’opéra : les mines américaines furent découvertes, etles imépuisables richesses d'un sol vierge se déversèrent en Europe. Aussitôt toute monde <e précipita vers les heureuses régions qui recélaient dans leurs flancs tant de trésors. Combien d'ambitions excitées et de convoitises allumées, et, par conséquent, que d'aventures tentées et de voyages entrepris dès la fin du quinzième siècle, dont nous ne savons plus rien! Dès l'année 1501, Alonzo (2) de Hojeda, nommé gouverneur d'une partie du Venezuela, constatait la

(1) Micuerer, La Mer, p. 278.

(2) Navannerre, Collecion de viajes y descubrimientos que hicieron por mar los Españoles, {. HT, p.41, Lo cierto, es que Hojeda, en su primer viage, hallo à ciertos Ingleses por immediaciones de Coquibacoa. cf. p. 86, 88,543, 545.

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