PUBLICATION
Il me reste à examiner la moins importante de mes questions, c'est-à-dire s'il était convenable, mes assertions une fois prouvées et leur importance immédiate étant démontrée, que je me rendisse responsable de leur publication? J'espère que mes lecteurs voudront bien excuser la teinte d'égoïsme qu'ils pourraient re-
procher à cette portion nécessairement secondaire de mes remarques.
Pendant trente ans, sous les circonstances les plus diverses, étant au pouvoir aussi bien qu'en ma qualité de membre indépendant du Parlement, étant en majorité aussi bien que siégeant avec la minorité, et pendant la plus grande partie de cette période % représentant TUniversité d*Oxford (principalement composée de membres du clergé anglican), j ai, de concert avec d autres, travaillé à maintenir, à défendre et à étendre les droits de mes concitoyens catholiques.
Le parti libéral anglais, avec lequel j'ai généralement agi en commun, a souffert, et plus d'une fois a souffert énormément dans l'opinion publique et dans son influence politique, par suite du préjugé répandu dans le public contre l'ardeur avec laquelle il supportait ces vues.
D'un autre côté, ce parti a toujours été l'objet de l'antipathie la plus prononcée de la Cour de Rome, en raison de son attachement inaltérable (je l'espère) à l'indépendance et à la liberté italiennes.
J'ai plus d'une fois, parlant au nom de ce parti, fait des recommandations qui ont pu avoir pour effet d'encourager l'imputation dont je viens de parler, quoiqu'elles ne la justifient point; en tous cas, il est certain qu'elle a existé.
Je crois donc que tandis que je devais à la société en
général d'avoir le courage de publier ce que je viens de démontrer, je ne le devais pas moins au parti auquel je suis loyalement attaché et que j'ai pu ainsi contribuer à endommager dans l'opinion publique.
En remplissant ce devoir, je me suis efforcé d'agir non en théologien mais en bon citoyen, en homme espérant qu'un grand nombre de ses amis et concitoyens catholiques qui sont, je le proclame hautement, aussi bons citoyens que moi-même, admettront que la question que j'ai discutée n'est ni frivole ni oiseuse, mais qu'elle est digne au contraire de toute leur attention.
Je ne dois pas non plus omettre d'expliquer pourquoi, jusqu'à une date toute récente, j'ai cru généralement devoir laisser à tout autre qui eût pu se sentir disposé à s'en faire un devoir, le soin de discuter cette question en détail.
Le grand changement qui paraît s'être opéré dans la position des catholiques comme citoyens a reçu son couronnement complet et est entré en pleine opération au mois de juillet 1870, au moyen des actes ou soi-disant décrets du concile du Vatican.
Jusqu'alors, l'opinion des catholiques sur toutes les questions affectant la liberté civile, quoique partiellement et quelquefois largement intimidée, était libre partout, et toutes les fois qu'elle était déterminée, résolue.
Au moyen âge, on étouffa souvent l'hérésie dans le sang; cependant le principe de liberté tint bon dans tous les Etats cisalpins, qui tous refusèrent de laisser détruire leur existence nationale.
Il arriva môme fréquemment que les évêques et les prêtres de ces divers Etats devinrent les champions de ces dons précieux et inestimables.
Les constitutions de Clarendon, anathématisées du haut du trône papal, furent Vœuvre des évêques catholiques anglais. Etienne Langton, nommé directement par le pape Innocent III (par un abus du pouvoir extraordinaire) au siège de Cantorbéry , se mit à la tête des barons d'Angleterre pour arracher au roi Jean, ce misérable jouet du Pape, le plus mauvais et le plus vil de tous les souverains, la « Magna Charta r> que le Pape couvrit immédiatement de ses anathèmes.
Au règne d'Henri VIII, ce fut Tunstal, évoque catholique de Durham, qui le premier écrivit contre la domination papale. Gardiner imita l'exemple de Tunstal, et ce ne fut pas même sous Cranmer, mais sous son prédécesseur Warham (que Ton n'a certes jamais soupçonné d'hérésie), que le clergé national vota la reconnaissance de la suprématie royale.
Quelque énergique, impérieux et arrogant que fut le parti papal avancé à ces différentes époques, il rencontra une résistance courageuse, invincible.
Trois fois dans l'histoire, il sembla que ce que nous pourrions appeler le parti constitutionnel dans TÉglise fut sur le point de triompher : P A l'époque du concile de Constance ; 2® quand l'épiscopat français fut en lutte avec le pape Innocent XI ; 3^ quand Clément XIV écrasa les ennemis les plus acharnés, les plus mortels que la liberté morale et mentale ait jamais eus à combattre.
Mais depuis juillet 1870, cet état de choses a disparu et larrêt de mort de ce parti constitutionnel a été signé, scellé et promulgué en due forme.
Avant cette époque, quoique je me fusse servi d expressions indiquant suffisamment la tendance des événements dans la grande Église latine, j avais néanmoins, depuis bien des années, senti que le premier et le plus absolu des devoirs du Parlement anglais consistait, quoique Rome pût faire ou dire, à accorder à l'Irlande tout ce à quoi elle avait droit, en matière de conscience et d égalité civile, et ainsi de se mettre en état d en appeler à lopinion impartiale du monde civilisé.
Loin de voir dans mes actes ce que quelques personnes crurent y voir, un esprit de soumission dénuée de dignité, il me parut que c était là la seule conduite qui convint à la dignité et à Thonneur de mon pays.
Tant que cette dette resta impayée, avant et depuis 1870, je ne crus point avoir le droit d'ouvrir publiquement une discussion qui ne pouvait manquer d'être passionnée, à propos d'une question d'importance future plutôt que présente.
Je craignais de créer des préjugés qui eussent empêché laccomplissement de notre devoir actuel et qui eussent nui, d'une manière incalculable, à la Grande- Bretagne, non moins qu a l'Irlande, aux membres de rÉglise anglicane et des religions dissidentes, non moins qu'aux adhérents de la communion papale, en retardant l'acquit par le Parlement de la dette nationale de justice envers l'Irlande.
Quand le Parlement eut passé la loi ecclésiastique de 1869 * et la loi de 1870 sur la propriété foncière en Irlande, il ne restait plus qu'une seule question à vider, au point de vue de l'équité impériale, c'était la question de l'enseignement supérieur en Irlande.
Je suis d'avis que la majorité libérale de la Chambre des Communes et le gouvernement auquel j'avais Thonneur et la satisfaction d'appartenir ont offert le paiement intégral de cette portion de la dette nationale par le projet de loi sur l'Université irlandaise, en février 1873.
Un certain nombre de personnes ont même pensé que le paiement était excessif, mais c'est là une question qu'il ne convient évidemment en aucune façon de discuter ici.
Cependant l'épiscopat catholique d'Irlande jugea à propos de faire rejeter cette mesure, au moyen de l'influence directe que les évêques exerçaient sur un certain nombre de députés irlandais, et au moyen de la tentation qu'ils offrirent ainsi, ou, pour me servir d'une expression familière, de l'amorce qu'ils tendirent pour obtenir le support de l'opposition tory.
Leurs efforts furent couronnés d*un succès complet.
Depuis lors j'ai senti que la situation n'était plus la même et qu'il était nécessaire d'entrer par des explica-
* Cette loi supprima TÉglise protestante en Irlande, comme religion de TËtat et la plaça au niveau légal de TÈglise catholique en Irlande. (Note du traducteur.)
lions convenables dans des questions importantes.
La dette envers Tlrlande a été payée, mais il en restait une envers la nation anglaise, et cette dernière devint le devoir du moment.
Il est évident que tant que je continuais à être premier ministre, je ne pouvais considérer comme convenable de ma part de commencer une grande discussion politique sur une question générale, et j'ajoute qu'aucun de mes collègues ne se fût plus que moi senti disposé à courir le risque d'agiter les passions populaires par un appel vulgaire et dénué d'explications.
Mais toutes les diflScultés produites par les limites nécessaires de ma position officielle ont maintenant disparu.
DE LA POLITIQUE NATIONALE DE l'a VENIR
Je ne puis conclure ce& observations sans répondre d'avance à une question qu'elles suggèrent : « Est-ce y> donc là, me demandera-t-on, une rétractation et un ?> regret? et quelle conduite politique recommandezn VOUS pour l'avenir? »
Ma réponse sera brève et claire :
De tout ce que le parti libéral a accompli et a défendu, en établissant l'égalité civile pleine et entière des catholiques en Angleterre, je ne regrette rien, je ne rétracte rien !
Il est certainement déplorable qu'une Eglise dont les principes de soumission à l'autorité civile sont si corrupteurs de toute patriotique loyauté, ait, depuis une trentaine dannées, étendu son influence sur les classes élevées de la société anglaise; cela constitue réellement une calamité politique quand on réfléchit à la facilité indue avec laquelle cette Eglise a changé d'attitude et de langage après l'acte d'émancipation; conduite que Ion ne peut comparer qu a celle d'un acteur ayant à jouer plusieurs rôles dans une même pièce.
Comme on pouvait s'y attendre, les conquêtes du clergé catholique ont eu lieu principalement parmi les femmes ; mais il est certain que le nombre des hommes qu'il a convertis ou plutôt qu'il a rendus captifs n'a point été sans importance.
Or, il est incontestable que chacune de ces sécessions a le caractère d'une séparation morale et sociale ; la brèche est plus ou moins large selon les variétés de mérite individuel, mais elle est ' généralement irréparable.
Trop souvent la conscience du néophyte se fait connaître par ces mots qui sont devenus notoires : « Catholiques d'abord, Anglais ensuite! » paroles qui, à vrai dire, ne contiennent rien de plus qu'une proposition dont l'exactitude peut se passer de preuve, car il est évidemment du devoir de tout chrétien de placer sa religion dans son for intérieur même avant son pays ; mais cette déclaration acquiert une tout autre portée quand on l'interprète comme le fait son auteur.
Elle signifie alors que le « converti » entend, dans le cas où une lutte s'engagerait entre la Reine et le Pape, suivre le Pape et laisser la Pleine pourvoir à sa propre sûreté, ce que, fort heureusement, elle est parfaitement capable de faire.
Il est à remarquer que généralement, lorsqu'un changement d'opinion se produit dans les classes supéi*ieures en Angleterre, il correspond à un mouvement analogue parmi les masses ; mais ici il en est tout autrement.
Le bruit s'est bien répandu que le nombre des catholiques en proportion de la population avait augmenté dans le Royaume-Uni, spécialement en Angleterre; mais ces rumeurs sont réfutées par des statistiques authentiques.
Le nombre des mariages catholiques que l'on peut accepter comme concluant et qui en 1854 était de 4.89 pour cent du nombre total des mariages dans le Royaume-Uni, ne s'élevait plus qu'à 4.62 pour cent en 1859; il tomba à 4. 09 pour cent en 1869 et à 4.02 pour cent en 1871 .
Il y a quelque chose d'au moins très-anormal dans un agrandissement partiel, limité aux riches et aux nobles, tandis que le peuple ne se laisse attirer dans le camp romain par aucun enchantement.
A l'origine, l'Evangile s'adressait spécialement aux pauvres, mais l'Evangile de Rome au XIX® siècle brigue une destination toute différente et beaucoup moins humble. Si l'autorité du Pape en Angleterre ne
s'exerce pas sur un plus grand nombre d'âmes, elle couvre certainement un plus grand nombre d'arpents.
Toutefois le pays a pu subir, sans en souffrir, la séparation d'un certain nombre de « grands seigneurs » ou de « propriétaires » ; aussi, je ne doute point qu'il ne survive également à « l'agression » nouvelle et trèsréelle des principes promulgués par l'autorité papale, qu'ils soient ou non loyalement désavoués. Chacun est en cela son propre juge et son propre guide.
Je puis parler en mon nom personnel. Il m'est devenu impossible de dire, comme je laurais fait avant 1870 : « Il n'y a rien dans les croyances obligatoires w des catholiques qui paraisse mettre obstacle à leurs « droits civils pleins et entiers, car, quelle que soit la w folie de l'autorité ecclésiastique à laquelle ils se souî9 mettent, leur Eglise n'a point exigé d'une manière » obligatoire qu'ils souscrivissent à des principes incom- 59 patibles avec leurs devoirs de citoyens, w
Quant à présent, au moins, cet argument m'échappe complètement ; quelle doit donc être à l'avenir notre conduite politique ? Je dois d'abord déclarer qu'en ce qui concerne le grand acte de la Constitution de l'empire, lentement et graduellement complété, qui a déclaré éligibles au Parlement tous les citoyens, quelle que soit leur religion, je considère ce point si parfaitement acquis et en dehors de toute discussion, que dans mon opinion il est devenu l'une des bases de la Constitution en vigueur.
Mais comme, à côté de cette grande charte de nos
libertés publiques et indépendamment de tout ce qui a été fait, il reste plusieurs questions pendantes d*une importance comparativement secondaire, qui sont, ont été, ou peuvent devenir à un moment donné, l'objet de discussions générales, et auxquelles peuvent se rattacher des intérêts considérables, j ai le droit de supposer que la question attend une réponse.
Mes vues, mes opinions et mes intentions personnelles, concernant l'avenir, n'ont aucune importance quant à présent ; mais si les arguments que je viens de soutenir me font un devoir de les faire connaître, je n'hésite point à déclarer que l'avenir répondra exac tement au passé. Dans l'exercice de mon influence, je continuerai à me guider comme je l'ai fait jusqu'ici par le maintien de l'égalité parfaite des droits civils de tous les citoyens, sans tenir aucun compte des dissidences religieuses, et je résisterai de tout mon pouvoir à toute tentative qui aurait pour but d'exclure les catholiques de l'application de cette règle.
J'ai bien le droit d'ajouter que j'ai déjà donné des preuves convaincantes de mon attachement à ces principes lorsque, en ma qualité de ministre de la Couronne, après 1870, j ai supporté et défendu dans le Parlement l'abrogation de la loi sur les titres ecclésiastiques, en donnant des raisons explicites à l'appui de mon opinion.
Ce n est pas seulement parce qu'il serait prématuré d'assumer que les mesures révolutionnaires de 1870 ont été dûment pesées, considérées et acceptées par
tous les catholiques capables de former une opinion ; ce n'est pas seulement parce qu'un si grand nombre d'entre eux sont comme je Tai fait remarquer, complètement incapables de se rendre maîtres de la question et de former un jugement personnel sur son mérite.
Je maintiens qu'en dehors de toutes ces considérations, notre progrès régulier ne doit point se laisser entraver par des folies dont, au pis-aller, la nation saura bien, le cas échéant, contrôler les conséquences.
Je suis convaincu que l'État saura toujours respecter soigneusement la liberté de la conscience religieuse, tout en maintenant intacte sa propre autorité et en ne permettant aucune invasion de son propre domaine..
Je suis convaincu que l'Etat ne souffrira jamais que le caprice individuel, et surtout l'arrogance étrangère, lui dictent la conduite qu'il doit tenir dans l'exercice de ses fonctions gouvernementales: «* L'Angleterre s'attend à ce que chacun fasse son devoir », et le parti libéral surtout a le droit d'en exiger l'accomplissement intégral sous toutes les circonstances possibles, car c'est lui qui a achevé l'œuvre de justice envers les dissidents et les catholiques et l'on ne peut nier que ses membres n'aient souvent dans ce but risqué leur influence auprès des électeurs protestants.
L'État en Angleterre a toujours été très-fort matériellement, et nous avons le droit maintenant de considérer son armure morale comme bien près d'être complète.
11 ne sera permis à aucun des myrmidons du conseil
apostolique, ni d'obstruer, ni de saper la voie dans laquelle la Couronne et la nation sont librement entrées et dont elles ne se laisseront point détourner.
Nous désirons vivement, car nous avons le droit de l'espérer, que les catholiques anglais agissent au XIX^ siècle comme leurs ancêtres (à l'exception d'une poignée d espions) agirent au XVP, quand ils se rangèrent sous le drapeau de leur pays pour combattre TArmada, bénie par le Pape et au XVII^, quand, au mépris des instructions du siège papal, ils siégèrent à la Chambre des Lords et prêtèrent le serment de fidélité.
Je répète que nous avons le droit d espérer ce que nous désirons, et, en vérité, dire que nous n'y comptons point serait, ce me semble, le véritable moyen d'insulter ceux à qui nous nous adressons.
Cependant il est possible que notre attente soit partiellement déçue ; toutefois, s'il arrivait par malheur que ceux à qui je fais appel fournissent ainsi par leur conduite la preuve de la décadence d'une vitalité pure, vraie et courageuse au sein de leur Eglise, ils y perdraient plus que nous, car, après tout, les habitants des Iles Britanniques sont constants, quoique parfois crédules et irritables ; ils sont fermes et déterminés, quoique parfois orgueilleux et vains, et une race d'hommes à la tête solide et au cœur sain, ne se laissera arrêter ni par les manœuvres secrètes ni par loppositiou ouverte d'une caste étrangère, dans l'accomplissement de sa mission dans le monde.
Nous donnons ici la traduction des textes latins cités dans le cours de notre ouvrage :
Page 39. ** Nous enseignons et déclarons comme un »' dogme divinement révélé que lorsque le Pontife romain ^' parle eœ cathedra, c'est-à-dire quand, exerçant ses fonc- ^ tions de pasteur et de docteur de tous les chrétiens en vertu de son autorité suprême apostolique, il définit qu'une doctrine de foi ou de morale doit être acceptée par l'Eglise universelle, il jouit, par l'assistance divine qui lui a été promise dans la personne de saint Pierre, de »» l'infaillibilité dont le Divin Rédempteur a voulu que son '' Église fût douée quand elle définit une doctrine de foi ou '» de morale. Et qu'en conséquence toutes définitions éma- » nant du Pontife romain sont irrévocables d'elles-mêmes " et non point en vertu du consentement de l'Église. «
(Traduit de la version donnée dans les Dogmatic contributions. Dublin, O'Toole, 1870.)
Page 43. »» Tous, pasteurs et fidèles, de quelque rite
et de quelque dignité qu'ils soient, sont obligés de se '' soumettre individuellement et collectivement au Pape, ^ en vei'tu du devoir de la subordination hiérarchique et de »' la véritable obéissance, non-seulement en matière de foi " et de morale mais aussi dans tout ce qui se rattache à la « discipline et au gouvernement de l'Église dans l'Univers " entier... C'est là la doctrine de la foi catholique, de la- »' quelle personne ne peut dévier sans faire naufrage de sa " foi et de son salut... De plus, nous enseignons et nous dê- " clarons que le Pape est le juge suprême des fidèles et que, " dans tous les cas de compétence ecclésiastique, ils peu- « vent en appeler à son jugement, et que nul ne peut rou- " vrir une question décidée par le siège apostolique ; qu'il* " n'existe aucune autorité qui lui soit supérieure, et qu'il " n'est licite pour qui que ce soit de passer jugement sur ^ ses décisions. »'
Page 22. « En conséquence, en vertu de notre autorité " apostolique, nous répudions, réprouvons, proscrivons et " condamnons toutes et chacune des opinions perverses et '' des doctrines énumérées séparément dans la présente »' lettre, et nous voulons, commandons et ordonnons que '' tous les fils de l'Eglise catholique les tiennent pour répu- " diées, réprouvées, proscrites et condamnées. «
Nous donnons maintenant le texte latin et la traduction des passages de l'Encyclique et du Syllabus contenant les propositions anathématisées par le Pape ; les numéros qui suivent correspondent à ceux des 18 propositions citées dans notre ouvrage. (Chapitre III, page 17 et suivantes.)
1. 2. 3. *. Ex quâ omnino falsâ socialis regiminis ideâ » haud timent erroneam illam fovere opinionem, Catholicae " Ecclesise, animarumque saluti maxime exitialem, a rec.
" mem. Gregorio XVI. prœdecessore Nostro deliramentum -' appellatam (eâdem Encycl. miràri), nimirum, liber ta tem " conscientiae et cultuum esse proprium cujuscunque homi- " nisjus-quodlegeproclamari, et asseri débet in omni recte " constitua societate, et jus civibus inesse ad omnimodam " libertatem nullâ vel ecclesiasticâ, vel civili auctoritate ^ coarctandam, quo suos conceptus quoscumque sive voce " sive typis, sive aliâ ratione palam publiceque manifestare " ac declarare valeant. « (Lettre Encyclique,)
1. 2. 3. En conséquence de cette idée absolument fausse de gouvernement social, on ne craint pas de soutenii' cette opinion erronée, si fatale à FEglise catholique et au salut des âmes, opinion que notre prédécesseur Grégoire XVI d'heureuse mémoire, dans son Encyclique Mirari (1832). appelait un délire ou une insanité, c est-à-dire que la liberté de conscience et des cultes est du droit naturel de chaque individu et que dans une société bien réglée, les citoyens ont le droit d'exprimer leurs opinions, quelles qu'elles soient, ouvertement et en public, soit par la parole, soit par la presse ou de toute autre manière, sans être soumis au contrôle de l'autorité civile ou ecclésiastique.
4. »» Atque silentio prœterire non possumus eorum auda- '» ciam, qui sanam non sustinentes doctrinam illis Aposto- « licaî Sedis judiciis, et decretis, quorum objectum ad bo- « num générale Ecclesise, ejusdem que jura, ac disciplinam " spectare déclarât ur, dummodo fidei morumque dogmata " non attingat, posse assensum et obedientiam detrectari '' absque peccato, et absque ullâ catholicse professionis " jacturâ. " [Ibid.)
4. Nous ne pouvons non plus passer sous silence laudace de ceux qui, se «éparant de la saine doctrine, prétendent
qu en ce qui concerne les jugements et décisions du siège apostolique et ceux de ses décrets ayant pour objet évident le bien général de TÉglise, ses droits et sa discipline, à moins qu'ils ne traitent de dogmes de foi et de morale, on peut refuser de s'y conformer et de s'y soumettre, sans pécher et sans rejeter ou démentir sa profession de foi catholique. 5. « Ecclesia non est vera perfectaque societas plane " libéra, nec poUet suis propriis et constantibus juribus " sibi a divino suo fundatore coUatis, sed civilis protestatis n est de flnire quae sint Ecclesiae jura, ac limites, intra " quos eadem jura exercere queat. » {Syllàbus v.)
5. L'Église n'est pas une société vraie, parfaite et entièrement libre ; elle ne jouit point des droits spéciaux et perpétuels qui lui ont été conférés par son divin Rédempteur, mais il appartient au pouvoir civil de définir quels sont les droits de l'Église et dans quelles limites elle peut les exercer.
6. » Romani Pontifices et concilia œcumenica a limitibus « suae potestatis recesserunt, jura principum usurpârunt, ^ atque etiam in rébus fidei et morum definiendis errârunt. ^ {Ibid. xxiii).
6. Les pontifes romains et les conciles œcuméniques ont excédé les limites de leur autorité ; ils ont usurpé les droits des princes et ils ont même erré en définissant des matières de foi et de morale.
7. '* Ecclesia vis inferendae potestatem non habet, neque ^ potestatem uUam temporalem directam vel indirectam. « {Ibid. XXIV.)
7. L'Église n'a point le droit d'employer la force; elle n'a aucun pouvoir temporel direct ou indirect.