PREUVES INCOMPLÈTES
foie et le tube digestif. — Les abcès du foie; leur stérilité : explications. — Le pus d’origine chimique. — Le foie et les diathèses. — Le foie et les infections. = Mise en évidence de l’importance, du nombre des défenses hépatiques par les accidents de l’insuffisance du foie. — Variations de la cause. — Constance des réactions tenant ;i la constance de la cellule du foie. — Modifications en rapport avec les oscillations de cette cellule. — Les échanges, les opérations de nutrition et l'intervention des ferments. — Déplacement de l'acte vital. — La qualité, la quantité des ferments.
L’action du foie sur les substances albuminoïdes est signalée nettement par Fourcroy aussi bien que par Vauquelin, etc., qui enseignent que les altérations de ce viscère provoquent des modifications dans la teneur de burine en urée. Meissner estime que cette urée dérive surtout de la destruction des hématies dans l’intimité du parenchyme hépatique; Gœthgens, Heinsius soutiennent de leur côté que les métamorphoses des composés protéiques dans ce parenchyme aboutissent à l’azoturie. On retrouve ces données, ou plutôt ces affirmations, ces conceptions, dans Murchison, dans Charcot, dans Lécorché, dans Brouardel, dans une foule d’auteurs médicaux, qui, avec Stadelmann, Hallervorden, ont remarqué que, dans les cirrhoses, l’urée fléchit plus ou moins.
La question entre dans une phase vraiment scientifique, au moment où de nombreux travaux établissent les relations qui relient à l’urée les différents produits de décomposition des albumines. C'est ainsi que Nencki, Schultzen, Knierin obtiennent une augmentation en injectant de la leucine, de l’asparagine; SalkoAvski réussit en utilisant le glycocolle, la sarcine, l’alanine; Kussner échoue en se servant de la tyrosine. D’autre part, s’il est inexact de penser, avec Lehmann, que le contenu des veines sus-hépatiques est dépourvu de fibrine, à la vérité les peptones introduites dans le foie, d’après Dastre, se chargent de fer; elles passent
218 URÉOPOIÈSE : ANAÉRÜBIOSE HÉPATIQUE FONCTIONNELLE.
plus difficilement dans l'urine; la caséine, de son côté, paraît subir, au sein de ce viscère, une série de modifications : le foie agit sur les albumines.
Naturellement, on a été conduit à se demander dans quel territoire s’opèrent les métamorphoses uréiques. — Schrœder reconnaît, de suite, que ce n’est pas dans le rein, puisque l'introduction de sels ammoniacaux, après l’ablation de ce viscère, est suivie d’une élévation allant de 0,5 à 2 p. 100. D’un autre côté, on suspecte le foie, car cet accroissement uréique se réalise, quand Stolnikow électrise un mélange de sang et de tissu hépatique, lorsque Sigrist dirige le courant sur cet organe au travers de la paroi. — Les preuves deviennent de plus en plus décisives avec de Cyon qui trouve 0,08 dans le sang de la veine porte, tandis que celui des veines sushépatiques renferme 0,13; Richet achève cette démonstration en prouvant que le foie lavé engendre de l’urée, aussi bien qu’il engendre du sucre. Phénomène intéressant! Cette genèse de l’urée se poursuit à l’abri de l’air, dans un segment de la glande enfouie dans de la vaseline; aussi Gautier estime qu'il y a là un type de fonctionnement cellulaire anaérobie.
Peu à peu on est parvenu à établir que les lésions de cette glande biliaire influencent la teneur en urée, que les dérivés des albumines augmentent cette teneur, que le foie joue un grand rôle dans cette genèse. Schrœder poursuit ces recherches; il précise le territoire où les composés ammoniacaux peuvent fournir, partiellement au moins, les éléments nécessaires à ces métamorphoses; dans ce but, il injecte du sang chargé d’AzlP dans les divers organes : seul le foie donne une augmentation. — Dans une autre série d’expériences, on fait pénétrer ces solutions ammoniacales par la voie portale, au lieu
COMPOSÉS AMMONIACAUX GÉNÉRATEURS D’URÉË.
île les introduire dans les capillaires périphériques, on enregistre alors une diminution sensible de leur toxicité.
A ces données s'ajoutent une série d’autres preuves décisives. — Minkowski enlève le foie de l’oie ; l’urée, l’acide urique sont remplacés par Azll\ par l’acide lactique; Nebelthau voit de son côté cette ablation pratiquée sur 431 grenouilles entraîner la disparition de cette urée et coïncider avec l'apparition des principes ammoniacaux. — Des anastomoses, chez des oiseaux, chez les batraciens, relient la veine porte à la veine cave; il eu résulte, quand on oblitère ce tronc portai, une survie singulièrement facilitée ; chez le chien, cette oblitération détermine au contraire une mort prompte, en quelques heures, par anémie cérébrale, suivant les uns, par processus réflexe, par auto-intoxication. d'après les autres, d’après Schiff en particulier.
On doit à Nencki, PavloAv, Eck, Ilahn, Massen, une merveilleuse expérience qui jette sur ces questions un jour décisif. Ces auteurs sont parvenus à aboucher cette veine porte dans cette veine cave ; ils n’ont pas tardé à observer des accidents, particulièrement si on donne à l’animal un régime carné ; le carbonate d’ammoniaque apparaît dans le sang, dans les urines; en même temps des convulsions intenses se manifestent.
Mille preuves proclament donc que le foie fabrique de l’urée en se servant de ces composés ammoniacaux qui, chez 1 homme, se montrent dans la sécrétion rénale, au cours de certaines affections hépatiques. Or, si on compare la toxicité de cette urée à celle de ses générateurs, on reconnaît qu il faut o à 6 grammes pour tuer un kilogramme de matière vivante, alors que 0,36 de carbonate ou 0,07 de lactato d’ammoniaque déterminent la mort.