MARCHE DE LA SCIENCE
plus elle prend un caractère impersonnel. Les progrès successifs font que les découvertes de chacun se fondent dans la masse commune; le passé s’estompe de plus enplus; les noms des auteurs disparaissent enfouis en quelque sorte au milieu des notions qui viennent s’ajouter au bagage du début.
Dans les lettres, dans les arts, il n’en est point ainsi, en tout cas au môme degré. Les temps anciens conservent parfois la prééminence; l’architecture des Grecs, la peinture d’un Rubens, d’un Rembrandt, etc., supportent aisément la comparaison avec l’architecture ou la peinture de l’heure présente ; par contre la médecine du jour, malgré des lacunes nombreuses, l’emporte sur celle de Galien. — De môme les personnalités littéraires ne se laissent pas submerger aussi facilement par le Ilot montant du progrès ; il semble plus aisé de songer sinon à la circulation du sang, du moins à certaines parties de cette circulation, sans évoquer fatalement le souvenir de Harvey, que de disjoindre l’idée du Cid de la mémoire de Corneille.
Messieurs, ainsi va la science que nous aimons ! Dans sa marche, elle est guidée par l’observation qu’ Auguste Comte, dans l’espèce, considère comme le levier le pliis puissant; elle s’appuie également sur l’expérimentation, qui n’est au fond qu’une observation voulue, commandée, qui n’attend pas le bon plaisir de la nature. Le premier procédé est surtout mis en œuvre au lit du malade, à l’hôpital ; le second à la table de vivisection, au laboratoire: le but est, d’ailleurs, unique.
Je repousse, pour ma part, cette distinction subtile que d’aucuns s’efforcent d’établir entre le médecin et l'expérimentateur. A les entendre, on dirait vraiment que la médecine est une sorte de magie, quelle dépend d’un